Les Coniaguiés se nourrissent absolument comme les autres peuples du Soudan. C’est le couscouss, farine de mil, de maïs ou de fonio et le riz qui constituent la base de leur alimentation. Ils les mangent cuits simplement à l’étuvée ou mélangés avec de la viande de bœuf, de mouton, de chèvre ou de poulet ou bien encore de gibier quelconque : antilope, biche, gazelle, sanglier, etc., etc. Ce sont les femmes qui préparent les repas, et, contrairement à ce qui se passe dans le reste du Soudan, elles mangent souvent avec leurs enfants à la même calebasse que les hommes. Chez eux, comme chez les peuples que nous avons déjà visités au Soudan, le quartier de devant d’un animal abattu est toujours le morceau réservé aux chefs. Ce sont des buveurs effrénés, et ils ont un penchant tout particulier pour les liqueurs alcooliques, le genièvre surtout, que les dioulas leur procurent ou qu’ils vont chercher à Yabouteguenda et parfois jusqu’à Mac-Carthy. Ils ne fabriquent pas de dolo, cette sorte de bière de mil dont les Bambaras et les Malinkés sont si friands. Par contre, ils affectionnent tout particulièrement le sel et les substances excitantes : piments, poivre, gingembre. Ils vont souvent à Yabouteguenda échanger leur beurre de Karité contre quelques sacs de cet excellent sel qu’importe en si grande quantité en Gambie la Compagnie Française de la côte occidentale d’Afrique. Quant aux piments, poivre et gingembre, ils les trouvent sur place.
Le Coniaguié n’est pas tatoué. Cette coloration bleue des lèvres et des gencives, si estimée des élégantes des pays Malinkés et Toucouleurs, y est absolument inconnue. On se contente d’enduire les cheveux de beurre de Karité. Par exemple, tous ont un faible tout particulier pour les odeurs quelles qu’elles soient. Les hommes ont pour les parures un goût bien plus prononcé que les femmes. Ils se perforent les oreilles, et y portent des boucles soit en fer soit en cuivre. Ils se procurent ce dernier métal surtout à Mac-Carthy. Ces boucles d’oreilles droites et rigides sont surtout portées par les jeunes gens. Ou bien elles sont simples, ou bien, elles sont doubles. Dans ce dernier cas, elles sont très longues et tombent presque sur les épaules. On peut y remarquer en plus un détail curieux. L’anneau qui entre dans le pertuis pratiqué au lobule de l’oreille porte un appendice dirigé en dehors, lequel se termine par une petite boule supportant un gland fait de laine rouge. Le rouge, est, du reste, la couleur la plus appréciée par cette peuplade primitive. La longueur de la boucle d’oreille simple ne dépasse pas quatre à cinq centimètres. Presque tous les hommes ont les bras couverts de bracelets soit en fer, soit en cuivre. Ils portent, de plus, une ceinture faite, en général, de cuir sur lequel sont cousus en grande quantité des perles en verroterie et en corail. A cette ceinture, et tout le tour du corps sont attachés de petits bouts de cordes d’environ vingt centimètres de longueur, à l’extrémité desquels sont attachées des sortes de lames de fer très minces recourbées sur elles-mêmes. En s’entrechoquant pendant la marche, elles produisent un bruit de ferraille qui les remplit d’aise.
La circoncision se pratique sur l’homme et sur la femme. Cette opération donne partout lieu à des fêtes comme dans les autres pays Soudaniens, du reste. Elle se pratique sur les enfants vers l’âge de quinze ans. De même que les Kroumens et certaines familles Malinkées du Ouassoulou, les Coniaguiés se liment en pointe les incisives de la mâchoire supérieure. Cette opération se fait parfois aussi sur celles de la mâchoire inférieure ; mais elle est généralement assez rare.
La coiffure des hommes et celle des femmes est la même. Elle ressemble à s’y méprendre à celle des femmes Toucouleures du Bondou, des Khassonkées et des Peulhes du Fouladougou. C’est absolument le même cimier de casque dont l’arète est souvent agrémentée de petits glands faits en laine rouge. Certains jeunes gens, pour en rehausser l’éclat, fixent sur le sommet du cimier un ornement fait d’étoffes rouges et bleues et qui peut avoir environ trente centimètres de hauteur. Il ressemble à une véritable crête de coq. Ses deux faces sont ornées de verroterie et de cauris, et son bord supérieur est couvert de petits glands en laine rouge. Son bord inférieur concave a absolument la forme du cimier de la coiffure auquel il est solidement fixé à l’aide de liens. Quand cette coiffure est en place, son extrémité antérieure s’avance jusque sur le front et son extrémité postérieure descend jusqu’à la nuque. On ne peut certes s’empêcher de reconnaître que tout cela est élégant au premier chef, mais, ce doit être bien gênant et bien incommode surtout pour dormir. Impossible de se coucher sur le dos. La coiffure des femmes est absolument la même que celle des hommes ; mais elle est bien moins ornée. En général tout le monde est tête nue.
Le vêtement est des plus simples et des plus primitifs. Le costume des femmes n’a rien à envier en simplicité à celui de notre mère Eve. La plupart sont absolument nues ; d’autres portent entre les jambes une petite bande d’étoffes qui est retenue en avant et en arrière par une corde passée autour des reins. D’autres enfin portent un pagne qui ne descend guère qu’à mi-cuisses. En général, ce sont les femmes mariées qui seules s’affublent de ces simples atours. Les jeunes filles sont toujours absolument et complètement nues.
Le costume des hommes est un peu plus compliqué. Outre les vêtements que nous appellerions volontiers de luxe et que nous avons décrits plus haut, ils portent encore autour du cou un collier en cuir ornementé de verroteries et qui, large d’environ cinq centimètres, forme un véritable carcan. Son diamètre est de trente centimètres à peu près et il repose gracieusement sur les épaules. Parfois, mais c’est très rare, ils portent aussi un petit boubou qui, jamais, du reste, ne descend au-dessous du nombril. Les fesses sont garanties par un morceau de peau de bœuf ou d’antilope, sur lequel ils s’asseaient et qui est attaché en avant et au niveau du pubis par des lanières de cuir destinées à le maintenir en place. Son extrémité inférieure descend jusqu’à l’union du quart supérieur de la cuisse avec les trois quarts inférieurs.
Le vêtement antérieur, si je puis m’exprimer ainsi, consiste simplement en un étui fait de feuilles de rôniers tressées entre elles et est désigné sous le nom de Sibo, du nom du rônier (Borassus flabelliformis) en Malinké. Ils y introduisent la verge. C’est, en un mot, le manou des Canaques de la Nouvelle-Calédonie. Je me suis souvent demandé quelle pouvait être l’utilité d’une semblable gaîne. Ce n’est certes point un vêtement visant spécialement à l’ornementation. Je serais plutôt porté à croire qu’il est destiné à la protection, et j’estime que les peuples qui s’en servent le portent surtout pour protéger le pénis des piqûres de moustiques. Ce qui me le ferait supposer, c’est qu’on ne trouve cet étui que chez les peuplades qui ne connaissent pas d’autres vêtements et qui habitent dans des régions où l’on rencontre le moustique en grande quantité. Il est généralement tressé grossièrement. Il est finement travaillé. Son extrémité antérieure effilée porte parfois un petit gland fait en laine rouge. Ce sont surtout les jeunes gens qui recherchent ce dernier ornement.
Quand un Coniaguié se rend à Damentan ou à Yabouteguenda, il met généralement un mauvais pantalon que lui prête un habitant d’une de ces deux localités. C’est, du reste, pour eux, une mauvaise recommandation que de porter un boubou quelconque ou un pantalon. Je me rappelle encore ce que me disait au sujet d’un chef de village des environs, le vieux Tounkané, le chef du Coniaguié, à Yffané. « C’est un brave et bon homme, mais pourquoi porte-t-il un boubou, cela n’est pas bon ». Le chef est absolument vêtu comme le plus humble de ses sujets. Il ne porte aucun ornement, aucun signe particulier qui permette de le distinguer des autres.
Le Coniaguié, habitué de bonne heure à vivre dans la brousse, est excessivement brave. Il est absolument incapable de pitié, et, contrairement aux autres peuples du Soudan, peu hospitalier. Ainsi, pendant les quelques jours que nous sommes restés à Yffané, c’est avec les plus grandes difficultés que j’ai pu me procurer ce qui m’était nécessaire pour nourrir mes hommes et mes animaux.
Dans tout le pays, les bestiaux sont attentivement surveillés, mais ils ne sont pas domestiqués au sens exact du mot ; ils ne sont qu’apprivoisés.