Quand on part en guerre et que l’on a fait un butin quelconque, chacun a pour sa part uniquement ce dont il a pu s’emparer dans le pillage. Le chef n’a point de part particulière et il n’a nullement le droit de prélever quoi que ce soit sur ce que chaque guerrier peut rapporter.

Les Coniaguiés sont surtout un peuple agriculteur et chasseur. Leurs lougans sont bien cultivés et ils récoltent en abondance, mil, maïs, arachides, riz, fonio, etc., etc. Ils produiraient bien plus s’ils n’étaient sans cesse exposés aux attaques de leurs voisins. Pour pouvoir cultiver en sécurité, ils sont obligés de placer des sentinelles autour des lougans afin de protéger les travailleurs. Leurs procédés de culture ne diffèrent en rien de ceux des autres peuples du Soudan. Les fumures, cultures alternantes, irrigations y sont inconnues et tous les travaux des champs se font à la main à l’aide de pioches absolument rudimentaires. — Les animaux n’y sont dressés à aucune espèce de travail.

Les jeunes gens surtout sont des chasseurs émérites. Ils ne poursuivent guère que la grosse bête, antilope, bœuf sauvage, éléphants, et quand ils ont tué quelque chose, chaque famille a sa part des dépouilles de l’animal. Le chasseur qui a tué la bête tient surtout à avoir la queue qu’il porte à la ceinture en guise de trophée. La chasse ne fournit pas uniquement les moyens d’existence ; mais on peut dire toutefois qu’au Coniaguié, c’est à la vénerie surtout que l’on a recours quand on veut manger de la viande. On n’y chasse absolument qu’au fusil, et parfois on se sert de chiens dressés dans ce but à la chasse à courre. De bonne heure, les enfants s’habituent à tirer de l’arc, et ils acquièrent en peu de temps une telle habileté à cet exercice, qu’ils atteignent aisément, à des distances relativement grandes, avec des flèches en bambous dont la pointe a été durcie au feu, de belles pièces de gibier, telles que perdrix, pintades, rats palmistes, etc., etc.

On chasse généralement en troupe, huit ou dix au plus, et l’on ne rentre jamais au village qu’après avoir tué un bel animal. Pendant leur séjour dans la brousse, les chasseurs vivent de gibier qu’ils font griller sur des charbons ardents. On peut dire enfin que la chasse n’entraîne jamais de longues migrations à la suite du gibier. Un groupe de chasseurs ne reste jamais plus de dix ou douze jours dehors.

La pêche est absolument inconnue.

En fait de céramique, on ne connaît absolument que les quelques poteries grossières que fabriquent les femmes et qu’elles font cuire au feu à l’air libre. Tout cela est très primitif.

De tous les métaux, le fer et le cuivre sont les seuls, à peu près, qui soient connus et utilisés. Le fer est extrait sur place par la méthode dite Catalane, et le cuivre leur vient de Mac-Carthy ou de Yabouteguenda, en tiges d’environ un mètre de longueur. Ces deux métaux leur servent uniquement à fabriquer des bijoux et quelques sabres et couteaux. La trempe est inconnue. Les Coniaguiés ont un goût tout particulier pour l’or et l’argent. On ne saurait s’imaginer combien ils sont fiers et heureux quand ils possèdent une bague ou un bracelet en l’un ou l’autre de ces métaux. Je me souviens que pendant mon séjour à Yffané, Tounkané, le chef du pays, vint un jour me voir au moment où j’achevais mon repas du matin. Le couvert en ruolz dont je me servais attira de suite son attention. Naturellement il me le demanda pour s’en faire des bracelets, me dit-il ; je refusai d’abord. Mais il insista tellement et je vis que je lui ferais un si grand plaisir que je fus forcé de le lui donner. Je me gardai bien de lui montrer dans la suite ce que j’avais encore, car il n’aurait pas manqué de m’importuner de nouveau jusqu’à ce que je m’en sois départi en sa faveur. Tant que je restai à Yffané, je fus obligé de ne plus me servir que de couverts en fer. L’or y est absolument rare et je ne me souviens pas d’avoir entendu dire qu’il y en eut un gisement quelconque de ce précieux métal.

Les armes sont en fer et se composent uniquement de mauvais fusils de traite à pierre que leur apportent les dioulas ou qu’ils vont acheter à Mac-Carthy ou à Yabouteguenda, de poignards et de sabres qu’ils fabriquent eux-mêmes. Ils fabriquent également les haches dont ils se servent pour défricher.

Il n’y existe aucune arme défensive, pas de casques, ni de boucliers, ni de cuirasses. Il n’y a pas non plus d’armes empoisonnées.

En campagne, les femmes accompagnent les guerriers ; mais ne se battent pas. Elles ne font uniquement que porter les munitions et les provisions.