Le chef de ce pays porte le titre de Mounelli (roi). Le chef actuel se nomme Tamba et réside à Kénieri-Sarra, qui est la capitale du pays. Le pouvoir du Mounelli est très limité. Les Bassarés forment, pour ainsi dire, une sorte de république dans laquelle le roi n’est que le président d’un conseil composé de tous les chefs de villages. Il n’y a que dans les affaires graves, telles que guerres, assassinats, révoltes, etc., etc., qu’il peut user de son autorité. Il dirige également les guerriers en campagne.

Les Bassarés, comme les Coniaguiés, du reste, ne connaissent pas l’esclavage. Chacun est libre sur leur petit territoire. Si un captif évadé d’un autre pays vient chercher un refuge chez eux, il appartient à celui qui l’a trouvé. Que celui-ci soit un homme, une femme ou un enfant, il devient, du fait de sa trouvaille, propriétaire de l’évadé qui ne tarde pas d’ailleurs à être adopté par la tribu.

Les mariages entre Bassarés se font sans aucune cérémonie, le consentement de la femme seul suffit, mais est absolument indispensable. Quand le fiancé a été agréé par celle qu’il recherche en mariage, il doit donner au père de celle-ci, ou à son défaut à son frère aîné un fusil neuf, et à sa future femme cinq chèvres. Après quoi il peut emmener sa femme chez lui.

Si, pour une cause quelconque, le divorce est prononcé, la femme doit rendre à son ex-mari les cinq chèvres qu’il lui avait données en dot et son père ou son frère aîné doit rendre le fusil qu’il avait reçu. Dans ce cas-là, les enfants restent avec leur mère ; mais si rien de ce qu’il avait donné ne lui est rendu, le père les garde avec lui jusqu’à complet remboursement.

Les Bassarés sont peut-être la seule peuplade du Soudan que nous connaissions dans laquelle la femme soit consultée sur le choix de son mari. Ce fait semblerait prouver qu’elle y est moins asservie que chez les autres.

Comme chez les Coniaguiés, on ne trouve chez les Bassarés ni tisserands, ni cordonniers, ni charpentiers, ni griots, ni marabouts. Ils n’ont que quelques forgerons qui fabriquent leurs couteaux, sabres, poignards, haches et instruments de culture.

On n’y paye aucun impôt, aucune redevance de quoi que ce soit et à qui que ce soit. Le chef du pays est cependant nourri par les jeunes gens non mariés qui composent sa garde, comme cela a également lieu au Coniaguié. Leurs cases entourent également celles de leur chef, et ils doivent cultiver ses lougans et récolter le mil, maïs, etc., etc. Ils font, en un mot, tous les travaux du chef jusqu’au jour où ils se marient. Ils quittent alors les cases qu’ils occupaient dans la demeure royale, si je puis parler ainsi, vont habiter dans le village et deviennent absolument libres de leurs actes. Ils sont de suite remplacés à la maison du roi.

La langue des Bassarés est plus harmonieuse encore que celle des Coniaguiés. Elle se rapproche beaucoup plus du Mandingue que cette dernière, mais on dirait qu’ils ont pris en plus quelque chose du rhythme, de l’intonation et de la sonorité de la langue Peulhe. Je ne serais pas éloigné de croire qu’il y a dans la langue Bassarée comme une sorte de mélange des langues Peulhe et Mandingue. C’est encore un idiôme presque uniquement formé de mots primitifs. Les mots composés y sont très rares et, chose curieuse, elle ne se rapproche en rien de la langue Coniaguiée. Je tiens à bien établir ce fait, car il me paraîtrait intéressant d’élucider ce problème. Il serait curieux de rechercher comment et pourquoi ces deux peuplades, qui ont assurément la même origine et dont les mœurs et les coutumes sont à peu de choses près les mêmes, parlent une langue toute différente. Certes, il n’est pas douteux que ces deux idiomes dérivent d’une même langue-mère, mais comment s’est-elle si différemment modifiée ? Voilà le problème à résoudre. Nous avons pu recueillir quelques mots de ce langage. Nous les reproduisons ici. L’orthographe que nous avons adoptée est absolument conforme à la prononciation :

Cheval se dit :Efanassi.Pagne se dit :Atchiandi.
AneFali.Pièce de GuinéeN’godji.
PouletEtiaré.SalutationNessouma.
CalebasseEcusop.SabreDoukouma.
TabacSirra.PoudrePiki.
Peau de boucEmatel.HommeSassané.
Grand hommeKaré-ké.FemmeIokaré.
EnfantBitakibou.BœufN’guidy.
ChèvreEmetchi.MoutonIouféi.
VenirDiokou.PartirViené.
Se leverKamily.ResterNiououali.
EauMéno.BoireNesseb.
MangerDiampolé.DormirMérassi.
ViandeEmatioré.AttendreBattili.
CouteauEtchiatchi.Donnez-moiFlil.
Comment vousappelez-vous ? Ou atchialou ?

Les Bassarés ont la numération parlée. Elle est par cinq ; à cinq on reprend cinq et un, cinq et deux, etc., etc. Ils ne connaissent aucun chiffre écrit et pour compter se servent de cailloux, de lignes qu’ils tracent sur le sable, ou de graines, comme les Coniaguiés. Voici les dix premiers nombres :