De Damentan à Bady, la route suit une direction générale Nord-Est et la distance qui sépare ces deux villages est d’environ vingt-neuf kilomètres.

Les fatigues que nous avions éprouvées pendant la journée me décidèrent à rester un jour de plus à Bady. En outre, Sandia devant me quitter là pour retourner à Nétéboulou, je n’étais pas fâché de rester un jour encore avec lui pour lui faire toutes mes recommandations et pour lui confier un volumineux courrier à destination de France.

30 décembre. — La nuit, bien que très fraîche, a cependant été moins froide que les précédentes. Le ciel a été couvert pendant la plus grande partie de la nuit et il a soufflé une forte brise de Nord-Est. Au réveil, le ciel est encore couvert et le soleil voilé. Une buée épaisse obscurcit l’horizon. Pas de rosée. La brise vient toujours du Nord-Est.

Tout mon monde a bien dormi jusqu’à sept heures du matin. On s’est remis des fatigues d’hier.

Vers dix heures du matin, le ciel s’est complètement éclairci. Le soleil est brillant et il souffle un vent d’Est brûlant. Il fait une chaleur étouffante.

Le chef m’envoie dans la matinée un superbe bœuf pour mon déjeuner. On le tue aussitôt et la viande en est distribuée pour deux jours aux hommes. J’en fais donner pour trois jours à Sandia ainsi qu’aux différents chefs qui nous accompagnent, et qui doivent me quitter demain pour se rendre à Nétéboulou. Je n’ai pas besoin de dire que j’ai envoyé au chef du village, selon la coutume, un quartier de devant et que tout le village en a eu sa part.

Dans la soirée, tous les chefs des villages environnants vinrent me voir avec le chef du pays. Bien malgré moi il fallut organiser un grand palabre qui ne dura pas moins de deux heures. Le Massa ou chef du pays se plaignit à moi de ce que son autorité était méconnue des villages qui dépendaient de Bady, et que, particulièrement le chef de Bamaki était l’organisateur de tout ce qui se faisait contre lui dans le pays. Je crus devoir lui faire de sévères remontrances et l’avertis que j’allais causer au commandant de Bakel pour lui demander de le punir d’une façon exemplaire. Le Massa se retira enchanté du résultat du palabre. Quel ne fut pas mon étonnement quand une heure après, il vint me demander de ne pas mettre ma menace à exécution. Je lui déclarai que je n’en maintenais pas moins ma décision et profitai de la circonstance pour le blâmer vertement d’être aussi faible. D’après cela, il ne devrait s’en prendre qu’à lui si les sujets ne lui obéissaient pas mieux. Il en est de même, du reste, dans tous les pays Malinkés, et, il ne faut attribuer le désordre politique qui y règne sans cesse, qu’à la faiblesse unique dont les chefs font preuve dans l’exercice du commandement.

Avant de me coucher, je fis à Sandia toutes mes recommandations ; je lui donnai toutes mes instructions et lui confiai un courrier volumineux qu’il se chargeait de faire parvenir à Bakel.

31 décembre. — La nuit a été très fraîche. Le ciel clair et étoilé. Brise de Nord. Au réveil, ciel clair, rosée abondante. Brise de Nord. Température froide. Le soleil se lève brillant.

Les porteurs sont réunis à l’heure dite. Aussi pouvons-nous nous mettre en route dès le point du jour. Je fais, avant de monter à cheval, mes adieux à Sandia. Ce brave homme est tout ému, et, je puis bien le dire, c’est avec grand regret que je me sépare de lui. Vivant dans son intimité depuis cinq mois, j’avais pu apprécier ses qualités rares chez un noir. Je serre également la main à tous les chefs qui m’ont accompagné et, attristés par cette séparation, nous nous mettons en route pour Iéninialla, où j’ai décidé de faire étape ce jour-là.