Nous avons vu ce que sont les Peulhs, voleurs, pillards, brigands dans toute l’acception du mot. Il serait temps de leur couper les ailes.

Rapports du Niocolo avec les autorités françaises. — Les rapports du Niocolo avec les autorités françaises sont nuls. Cela se comprend ; nous ne pouvons avoir avec ce pays que des relations absolument indirectes. Les Malinkés, Sarracolés, Diakankés nous verraient avec plaisir intervenir d’une façon plus efficace dans les affaires de leur pays. Aussi lorsqu’ils voient un représentant quelconque de l’autorité française, le traitent-ils avec les plus grands égards.

Quant aux Peulhs, il ne faut pas l’oublier, ce sont des émigrés du Fouta-Diallon et ils reçoivent le mot d’ordre de ce pays ; le fait suivant suffira amplement pour prouver quelles sont leurs façons de penser à notre égard. Me trouvant à Gamon, le chef vint se plaindre à moi de ce que les Peulhs du Niocolo et du Tamgué venaient jusque sous les murs du village voler leurs enfants, femmes, captifs et bœufs. Je lui exprimai mon étonnement de ce fait, car, lui dis-je, ils savent parfaitement que Gamon est Français. « Ah bien oui, me répondit-il, ils s’en moquent pas mal et si on les interroge à ce sujet, ils vous répondent qu’ils ne connaissent pas ce que c’est. Il n’y a pour eux que des villages Malinkés. Aussi ne se gênent-ils pas pour venir sur notre territoire continuellement piller, voler et brigander à outrance ». Pour être convaincu de la chose, il suffit d’interroger à ce sujet les gens du Tenda, du Gamon, du Dentilia et même du Koukodougou. Tous s’en sont plaints à moi et m’ont déclaré que, depuis quelque temps surtout, la présence de ces brigands-là dans le pays leur rendait la situation absolument intolérable.

Le Niocolo au point de vue commercial.Conclusions. — Le Niocolo, par sa situation géographique, a, au point de vue commercial, une importance énorme au Soudan. C’est, en effet, par le Niocolo que passent la plupart des routes qui mènent du Bambouck, du Bondou, du Tenda, du Ouli, etc., etc., au Fouta-Diallon, routes qui, par conséquent, font communiquer nos comptoirs du Sénégal avec ce grand pays. De plus, c’est dans le Niocolo à Kédougou surtout que les dioulas du Nord viennent faire leurs achats de kolas. On peut dire, à ce point de vue, que Kédougou est l’entrepôt de tout le commerce du Nord avec le Fouta-Diallon. Les almamys l’ont bien compris, aussi celui qui règne actuellement vient-il d’établir à Sakoto une sorte de douane à l’usage des dioulas spécialement. Qu’ils aillent au Fouta-Diallon ou qu’ils en reviennent, il faut payer à l’entrée comme à la sortie, et les droits ne sont pas minimes. Ainsi c’est une pièce de guinée par charge d’âne et une demi-pièce par charge d’homme, soit environ 20 francs et 10 francs. C’est le fils lui-même de l’almamy qui dirige ce service de trésorerie. Je n’ai pas besoin de dire qu’il en profite pour pressurer le pays d’une façon épouvantable.

Comme on le voit, l’importance commerciale du Niocolo est capitale. On devrait s’occuper un peu plus de cette question que nous ne l’avons fait jusqu’à ce jour. Ce qu’il importe surtout pour favoriser le commerce, c’est de supprimer toutes ces douanes et de réprimer le brigandage. Pour arriver à ce résultat, il n’y a qu’un moyen, je le répète, mettre définitivement la main sur le Fouta-Diallon.



Dentilia

CHAPITRE XXIII