Le minerai de fer est excessivement commun au Soudan. On peut dire d’une façon générale qu’il n’y existe pas de roche qui n’en contienne en plus ou moins grande quantité. Mais ce sont surtout les quartz et les grès qui sont les plus riches. Le fer magnétique est assez rare. On ne le trouve guère que dans le pays de Ségou. Ce métal existe plutôt à l’état d’oxydes unis à de la silice et à de l’argile. Les quartz et les grès ferrugineux forment des conglomérats parfois énormes qui sont agglutinés entre eux par de l’argile. Enfin on trouve encore parfois de petits cailloux roulés qui contiennent une si grande quantité de ce métal que les indigènes s’en servent parfois comme balles de fusil. Certains minerais des environs de Dioulafoundou dans le Bambouck contiennent à peu près 35 % de fer absolument pur. Malgré leurs richesses, il sera de longtemps impossible de les exploiter, vu le bas prix de ce métal en Europe. Il ne sera jamais l’objet d’un commerce d’importation et, pour l’utiliser, il faudrait l’extraire sur place et l’écouler dans le pays. Encore l’exploitation ne sera-t-elle jamais rémunératrice, vu le prix élevé de la main d’œuvre. Il sera toujours moins onéreux de faire venir d’Europe la quantité de métal dont nous pourrons avoir besoin dans nos ateliers.
Les indigènes extraient eux-mêmes le métal dont ils ont besoin pour fabriquer leurs couteaux, sabres et leurs instruments de culture. Toutefois depuis notre installation au Soudan, ils préfèrent de beaucoup s’approvisionner sur nos marchés et il faut aller assez loin dans l’intérieur pour y voir encore fonctionner leurs hauts-fourneaux. Nous avons pu en voir de nombreux échantillons dans les différents voyages que nous avons faits au Soudan dans le Bélédougou, le Niocolo, le Bambouck, le Konkodougou, etc., etc.
Les fourneaux sont généralement construits non loin de la mine d’où on extrait le minerai. Ce minerai est cassé en petits fragments d’environ quatre à cinq centimètres cubes et amoncelé en tas auprès des fours.
Ces fours sont construits en argiles compactes. Leur hauteur est environ de trois mètres et leur circonférence d’un mètre cinquante. Leur forme est à peu près cylindrique ; à fleur de terre trois ou quatre ouvertures ou évents sont ménagées avec soin et sont munies de tuyaux auxquels s’adaptent des soufflets que les ouvriers manœuvrent à la main. Une ouverture plus grande que les autres, et fermée pendant que dure la fonte, communique par un conduit en argile à une sorte de réservoir en pisé destiné à recevoir le fer quand l’opération est terminée. Pour l’obtenir on empile dans le fourneau par couches superposées le minerai et le charbon. Ce dernier est excellent et donne une chaleur suffisante. On le fabrique surtout avec le bois du caïl-cédrat, du vène et du gonakié. Quand le four est chargé, on l’allume par la base et on souffle vigoureusement de façon à accélérer le plus possible la combustion. La cheminée est, de plus, construite pour donner un vigoureux tirage. Aussi l’opération se fait-elle en peu de temps quand le feu est bien allumé. Lorsqu’on juge que la fusion est complète, on débouche l’ouverture dont nous avons parlé plus haut et le métal coule dans le réservoir ménagé à cet effet, et où on le laisse refroidir. Le fer ainsi obtenu n’est pas de la fonte et il a toutes les qualités du fer absolument pur. Les forgerons seuls pratiquent ce métier avec leur famille, et c’est à eux qu’incombe le soin de fabriquer tous les objets dont les noirs se servent pour leurs travaux agricoles. Couteaux, haches, pioches, ainsi que sabres et poignards sont fabriqués avec ce fer qu’ils travaillent au marteau et à l’enclume après l’avoir fait rougir au charbon de bois dont ils entretiennent la combustion avec des soufflets en peaux de boucs et qui sont manœuvrés par leurs aides. Chaque habitant du village qui a besoin de leurs services leur paye une certaine redevance proportionnée à l’importance des commandes.
A dix heures vingt minutes, nous arrivâmes enfin à Médina-Dentilia, par une chaleur très supportable tempérée par une bonne brise de Nord-Est.
De Laminia à Médina-Dentilia, la route suit à peu près une direction générale Est, et la distance parcourue est environ de 32 kil. 500 m. Elle ne présente, pour ainsi dire, pas de grandes difficultés. Seul, le passage du Daguiri-Kô et du Koumountourou-Kô nous a un peu retardé.
Au point de vue géologique, nous avons toujours les mêmes terrains. En quittant Laminia, nous traversons le monticule de latérite sur lequel est construit le village. Il s’étend environ jusqu’au marigot de Daguiri. A partir de là, la route traverse une vaste plaine de trois kilomètres de largeur environ et uniquement formée d’argiles compactes. Elle est bornée, à l’Est, par de petites collines que l’on franchit, et où abondent les quartz et les roches et conglomérats ferrugineux. A l’Est de ces collines, nous retrouvons les argiles, et nous les avons jusqu’aux ruines de Tasiliman où apparaît la latérite, sur une étendue d’environ trois kilomètres, puis nouvelles argiles et de nouveau la latérite jusqu’à Médina. La petite élévation de terrain sur laquelle s’élève le village est formée de ce terrain. A peu de distance de Médina, on peut remarquer, de chaque côté de la route, d’énormes blocs de beau granit gris. Nous reviendrons plus loin sur ce sujet et tâcherons de donner une explication plausible de la présence de ces roches au milieu de terrains où on n’est pas habitué à les rencontrer.
Au point de vue botanique, rien de bien particulier à signaler. Les lianes Saba ont complètement disparu. Les Karités, peu nombreux dans les plaines argileuses, sont plus abondants dans les terrains à latérite. C’est la variété Shée que l’on trouve particulièrement. Les Manas font complètement défaut. Ce végétal est très commun aux environs des ruines de Tasiliman et dans la plaine, au centre de laquelle s’élève Médina-Dentilia. Nous en avons vu dont les dimensions étaient absolument énormes. Deux autres végétaux ont surtout attiré notre attention pendant cette étape, le Diabé et la Fève de Calabar.
Le Diabé n’est autre chose que le Henné (Lawsonia inermis L.) de la famille des Lythrariées. Ce végétal est assez commun au Soudan ; mais on le trouve surtout dans le Bambouck, le Dentilia et le Manding. Les indigènes en utilisent les feuilles pour teindre, en jaune très foncé, leurs cuirs ; mais elles sont surtout estimées des femmes qui s’en servent pour se colorer, en rouge acajou, les ongles et souvent aussi la paume des mains. Voici comment on procède pour obtenir cette coloration si appréciée des élégantes. On récolte les plus jeunes feuilles de Diabé. On les pile de façon à en faire une pâte bien homogène. Puis, on enduit de cette pâte chaque ongle. La main tout entière est ensuite enveloppée de feuilles et on a soin de maintenir très humide ce pansement pendant trois ou quatre jours. Puis on l’enlève, et, les mains lavées, on trouve les ongles teints en jaune rougeâtre acajou. Cette coloration persiste pendant trois ou quatre mois ; après ce temps il faut recommencer l’opération.
Cette teinture des ongles est considérée par les négresses comme un attribut essentiel de l’élégance. Filles, femmes de chefs et de notables ne manquent pas de la faire avec soin. Les griotes s’offrent parfois aussi ce luxe.