Cette pratique est surtout en honneur chez les Peulhs et chez les peuples qui appartiennent à cette race. Elle est plus rare chez les peuples de race Mandingue. Quelques jeunes gens adoptent aussi cette mode, mais ce fait est peu fréquent.
Le Henné est appelé Diabé par les peuples de la race Mandingue et Pouddi par les Peulhs et leurs congénères.
La Fève de Calabar est la graine du Physostigma venenosum Balf. de la famille des Légumineuses papilionacées. C’est une plante vivace, ligneuse, grimpante, atteignant jusqu’à douze mètres de long. Elle croît, de préférence, sur les bords des marigots. Relativement rare au Soudan, nous ne l’avons rencontrée que dans le Diébédougou, non loin de Mouralia, et dans le Dentilia, sur les bords du Daguiri-Kô et du Koumountourou-Kô. Ses feuilles sont larges et ses fleurs disposées en grappes pendantes sont roses ou rouges pourpre. Le fruit est une gousse de couleur brun foncé, longue de 15 à 20 centimètres et contenant environ 5 à 7 semences ovales, de couleur brun-chocolat à épisperme dur, cassant, chagriné. Les cotylédons sont volumineux, durs, friables, rétractés et laissent entre eux une sorte de cavité.
Les indigènes du Soudan n’utilisent pas la Fève de Calabar. J’ai pourtant entendu dire que dans certaines de nos rivières du Sud, ils s’en servaient comme poison d’épreuve.
Notre entrée à Médina-Dentilia fit sensation. Dès que l’on aperçut de loin ma caravane, le chef, accompagné de ses principaux notables, vint à mon avance pour me souhaiter la bienvenue. Il était précédé par un orchestre des plus bizarres composé d’une douzaine d’individus armés des instruments les plus étranges. En débouchant dans la plaine au milieu de laquelle s’élève Médina-Dentilia, la première chose qui frappa mes regards fut un beau pavillon tricolore qui flottait à l’extrémité d’un haut bambou au centre du village. J’avouerai franchement, dût-on rire de ma sensibilité, que je ressentis alors une violente émotion. C’est que depuis huit mois que je vivais dans la brousse, c’était la première fois que quelque chose venait ainsi me rappeler vivement la patrie, et ce quelque chose était le pavillon national. On ne saurait s’imaginer tout le plaisir que l’on éprouve à voir flotter les trois chères couleurs, au centre de l’Afrique, à des milliers de kilomètres de la mère-patrie. Mes hommes eux-mêmes ne cachèrent pas toute la joie qu’ils ressentaient, et Almoudo, à cette vue, crut devoir traduire ses impressions par un vigoureux « ya bon » ; exclamation qui a son prix dans la bouche d’un noir. Tous ceux qui connaissent leur caractère en conviendront avec moi.
A peine avions-nous échangé avec le chef et les notables les salutations d’usage, que nous nous remîmes en route pour le village au milieu d’un vacarme assourdissant. L’orchestre qui nous précédait s’en donnait à cœur joie. Les uns frappaient à tour de bras sur d’énormes tam-tams ; les autres soufflaient à pleins poumons dans les instruments à vent les plus étranges. Des femmes enfin chantaient à tue-tête. Je crois que tous les instruments à vent connus des Malinkés étaient représentés dans cet épouvantable charivari, depuis la simple flûte jusqu’à la corne d’antilope et à la corne de bois. Nous allons, du reste, les décrire.
D’une façon générale, on peut dire que les instruments à vent sont peu nombreux au Soudan et on ne les trouve guère que chez les peuples de race Mandingue, Bambaras et Malinkés. Les Bambaras affectionnent tout particulièrement une espèce de trompe faite avec une corne d’antilope. Nous avons vu dans le Bélédougou, à Tiésamébougou et à Déorébougou notamment, des orchestres d’une quinzaine de musiciens ainsi composés. La construction de ces sortes de trompes est bien simple : A l’extrémité effilée de la corne, on perce un trou qui, bien entendu, ne la traverse pas de part en part. L’extrémité ouverte à l’air libre est recouverte d’une peau mince de jeune chevreau ou de jeune mouton, tendue de façon à vibrer mais aussi à laisser échapper l’air. Cette sorte de trompe ne donne jamais qu’un son rauque et qui impressionne fort désagréablement l’oreille un peu civilisée. Il en est cependant qui trouvent cette musique fort agréable. Il n’y a pas à s’en étonner. Tous les goûts ne sont-ils pas dans la nature ? Chaque trompe de dimension différente donne un son différend. Nous n’osons pas appeler note le bruit étrange qui en sort. Il en résulte que chaque exécutant produisant son bruit particulier l’un après l’autre, on a comme un espèce d’air. Oh ! il suffit de ne pas être trop difficile en musique, voilà tout. Cet instrument serait excellent pour chasser les oiseaux qui, à l’époque de la maturité, viennent manger le mil dans les lougans.
Les Bambaras nomment cette sorte de trompe Bourou, de même que ces Malinkés de Médina-Dentilia, auxquels elle ne m’a pas semblé trop déplaire. Cet instrument est particulièrement animé par le souffle puissant des captifs.
Sa congénère, la trompe en bois du Bambouck, du Manding, du Konkodougou, du Dentilia et autres pays Malinkés amateurs d’harmonie, est aussi appelée Bourou. Kayes a le bonheur d’en posséder un orchestre, qui, chaque dimanche et jours de fêtes, se fait entendre de cinq à six heures sous les fenêtres du commandant supérieur, avec accompagnement de toutes sortes de tam-tams et au son duquel les négresses exécutent leurs pas les plus gracieux.
Cet instrument, qui est bien le plus désagréable que je connaisse, a la forme d’une clarinette, mais non la même disposition ni le même son. Il se compose d’un tube long d’environ 0m70 et taillé tout d’une pièce dans un morceau de bois, de caïl-cédrat en général. L’extrémité est libre et n’est pas, comme dans la trompe précédente, recouverte par une peau. A l’extrémité la plus effilée se trouve l’embouchure. Elle fait saillie sur le corps de l’instrument et est creusée en cupule, de façon à ce qu’elle s’adapte parfaitement à la bouche. La difficulté pour jouer de cet instrument est d’arriver à en tirer un son. On comprendra facilement, en effet, d’après la description que nous venons d’en faire, qu’il faut des poumons énergiques et un souffle puissant pour faire vibrer ces parois de bois. Eh bien ! nous sommes heureux de constater que nous avons rencontré des artistes qui s’en tiraient à merveille. Cette vigueur pulmonaire est peut-être ce qu’il y a de meilleur à l’actif de la race Malinkée.