Malgré l’heure matinale, le chef du village et ses notables viennent m’accompagner jusqu’à la sortie du village et, après m’avoir mis dans la route, ils me demandent à rentrer dans leurs cases. Je les remercie de nouveau de leur cordiale réception et monte à cheval après leur avoir serré la main et fait un cadeau peu en rapport, je l’avoue franchement, avec l’accueil que j’avais reçu.

Il n’y avait pas un quart d’heure que nous avions quitté Médina, que je vis accourir vers moi un homme chargé d’un gros paquet de ces petites bandes d’étoffes de coton que fabriquent les tisserands Malinkés et qui, dans toutes ces régions, servent de monnaie courante. Je m’arrêtai aussitôt. Après m’avoir salué, il me dit que son maître, le chef de Dioulafoundou, ayant appris mon arrivée dans le pays, l’avait envoyé à Médina pour me saluer et pour m’offrir des étoffes comme don de bienvenue. Mais il faisait nuit noire quand il était entré dans le village, et comme on lui avait dit que je dormais, il n’avait pas voulu me réveiller, car il savait que j’étais très fatigué. Je le remerciai, le chargeai de faire tous nos compliments à son chef et le priai de lui donner l’assurance que son cadeau m’avait fait le plus grand plaisir. Je lui remis en même temps un petit présent pour son maître et continuai ma route, après lui avoir serré la main. Avec ces bandes d’étoffes, je me fis faire, à Saraia, une couverture qui me fut précieuse pendant le reste de mon voyage, par les nuits fraîches de janvier et de février.

La route se fit rapidement et sans aucun incident. Les porteurs marchent bien. Ils veulent se réchauffer. A un kilomètre environ de Médina, nous franchissons le marigot de Bancoroti, dont les bords à pic offrent pour les animaux une réelle difficulté. A quatre heures quarante-cinq minutes, au jour levant, nous passons, sans nous y arrêter, devant le village de Bembou.

Bembou est un énorme village, très étendu, dont la population peu s’élever à environ mille habitants. Il n’est pas circulaire comme la plupart des autres villages Malinkés. Son tata a plutôt la forme d’un double rectangle. Il est composé de deux rectangles, un grand et un petit, accolés l’un à l’autre. C’est le premier village que je vois ainsi construit. Ce tata est peu élevé, trois mètres au plus et peu épais. Mais il est excessivement bien entretenu. Il est flanqué de tours dont les murs sont percés de trous par lesquels, en cas de siège, les défenseurs peuvent passer le canon du fusil et tirer sur l’ennemi sans s’exposer à ses balles. Quatre portes permettent de pénétrer dans l’intérieur du village. La première, située à l’angle Nord-Est, fait face à la seconde située à l’angle Nord-Ouest. La troisième est percée au milieu de la face Sud du tata et la dernière est située dans l’angle rentrant que forment en se rejoignant deux des côtés des deux rectangles. Nous faisons au clair de la lune le tour du village. Toutes les portes sont fermées. Personne ne se montre sur la muraille, seuls, quelques chiens font entendre de furieux aboiements. Ce tata a environ un développement de deux kilomètres. A l’intérieur, les cases du chef sont défendues par une enceinte qui nous a paru bien plus sérieuse que l’enceinte extérieure. Ce tata peut avoir environ quatre mètres cinquante centimètres de hauteur. Il domine de beaucoup les cases qui l’entourent et il est également flanqué de tours. De la route, au clair de la lune, il m’a apparu comme un véritable donjon féodal.

Bembou est situé au milieu d’une vaste plaine bien cultivée, sur un petit plateau qui la domine de quelques mètres à peine. Tout autour se voient à l’horizon de petites élévations de terrain. Sa population est uniquement formée de Malinkés, dont quelques familles seulement ne pratiquent pas la religion du prophète.

En quittant Bembou, la route traverse de beaux lougans, puis un vaste plateau formé de roches et de conglomérats ferrugineux, puis de nouveau des lougans.

A 6 h. 45 nous passons, sans nous arrêter, devant le petit village de Badioula. Quelques habitants nous regardent par-dessus les murs, tout étonnés de ce que nous ne nous arrêtions pas dans leur village. Peu avant d’y arriver et à quelques centaines de mètres du village, nous laissons sur notre gauche un joli petit jardinet bien cultivé et où sont plantés de nombreux pieds de tabac que des femmes et des enfants sont occupés à arroser.

Badioula est un village malinké musulman dont la population peut s’élever à 350 habitants environ. Il est entouré d’un petit tata circulaire, flanqué de tours, et qui nous a paru en bon état, de même que le tata du chef que l’on aperçoit de la route et qui domine de beaucoup les cases du village. Les habitations de loin ne nous ont pas cependant parues être aussi bien entretenues que celles de Médina. Badioula est construit sur un petit monticule qui domine de vastes et beaux lougans.

Jusqu’à Saraia, où nous arrivons à huit heures vingt-cinq minutes, rien de bien particulier à signaler.

De Médina à Saraia, la route suit une direction générale Est et la distance qui sépare ces deux villages est d’environ vingt kilomètres cinq cents. Elle n’offre qu’une seule difficulté, encore facilement surmontable ; c’est le passage du marigot de Bancoroti-Kô. A partir de ce point, on traverse un pays absolument plat, où on ne trouve aucun marigot, et la route est très belle.