La route se fit rapidement et à 4 h. 30 nous étions à Diaka-Médina. Dès notre arrivée, les hommes de Dalafi vinrent me demander l’autorisation de retourner chez eux afin d’y arriver avant la nuit. N’en ayant nullement besoin, je les congédiai en leur recommandant bien de remercier encore leur chef de ma part pour toute sa complaisance.

La route de Dalafi à Diaka-Médina ne présente absolument aucune difficulté. Elle traverse un pays absolument plat et qui n’offre aucun relief de terrain appréciable. Sa direction générale est Sud, et la distance qui sépare ces deux villages est environ de dix kilomètres. Elle traverse plusieurs petits marigots de peu d’importance, qui sont tous affluents du Séniébouli-Kô qui, lui-même, se jette dans la Falémé. C’est d’abord à trois kilomètres de Dalafi le Fao-Fao-Kô où coule une eau claire et limpide, puis, à quatre kilomètres de Diaka-Médina, le Badanbali-Kô, et enfin, un kilomètre environ avant d’arriver au village, la branche principale du Séniébouli-Kô, qui est peu important en cet endroit, et dont les bords sont couverts d’une riche végétation. Tous ces marigots sont très faciles à franchir.

Au point de vue géologique : aussitôt après avoir quitté Dalafi, nous entrons dans une vaste plaine argileuse interrompue, à mi-chemin environ, par un plateau de roches ferrugineuses de peu d’étendue. La latérite a complètement disparu. Elle ne reparaît qu’à deux kilomètres environ avant d’arriver au village de Diaka-Médina. La plaine qui entoure ce village est formée de ce terrain.

La végétation est excessivement pauvre de Dalafi à Diaka-Médina. Ce n’est que peu avant d’arriver à ce village que nous voyons réapparaître les grands végétaux. Les karités, qui ont manqué tout le long de la route, se montrent de nouveau ; la plaine au milieu de laquelle est construit le village en possède de nombreux spécimens. Peu de lianes à caoutchouc et à gutta ; quelques strophanthus sur les bords du Badanbali-Kô et, enfin, quelques rares pieds d’anacarde aux environs du Fao-Fao-Kô. Ce végétal est, du reste, très rare dans toute cette région.

L’anacarde ou acajou à pommes (Anacardium occidentale L.), famille des Térébinthacées, est relativement rare au Soudan. Pendant les différentes campagnes que nous avons faites dans cette colonie, nous n’en avons guère rencontré que quelques échantillons sur les bords du Baoulé, dans le Konkodougou et dans le Niocolo. C’est un arbre de taille moyenne, qui croît généralement dans les terrains humides. Ses feuilles sont simples, ovales, obtuses au sommet. Ses fleurs sont disposées en panicules terminales ; leur corolle, plus longue que le calice, est à cinq divisions. Le fruit, qui est connu sous le nom de Noix d’acajou, est réniforme, à péricarpe coriace, creusé d’alvéoles remplies d’une huile visqueuse, noirâtre et caustique. Amande blanche, réniforme, huileuse, de saveur douce et agréable. La noix d’acajou est suspendue, par sa base plus renflée, à l’extrémité supérieure d’un corps charnu, piriforme, dû au développement anormal du réceptacle. Ce corps, nommé pomme d’acajou, est sucré, acidulé, un peu âcre.

L’écorce de l’anacarde donne à l’incision une résine jaune et dure que l’on désigne sous le nom de « gomme d’anacarde ». Les feuilles de ce végétal sont riches en tannin et pourraient être utilisées avec avantage pour préparer les peaux d’animaux.

Diaka-Médina est un village Diakanké d’environ 450 habitants. La population est entièrement musulmane. Il est absolument ouvert et ne possède aucun moyen de défense, ni tata, ni sagné : on voit encore les ruines d’un ancien tata qui devait être assez sérieux. Ce village m’a paru assez propre et assez bien entretenu. Il est construit au milieu d’une vaste plaine où se trouve tous les lougans. Comme tous les villages Diakankés, il est relativement riche. Les habitants possèdent de nombreux greniers de mil, riz, fonio, arachides, etc., etc., et un beau troupeau d’une cinquantaine de bœufs et d’une centaine de chèvres et moutons.

J’y reçus l’accueil le plus franc et le plus cordial, comme cela m’est arrivé dans tous les villages Diakankés où je suis passé : on me donne à profusion tout ce dont j’ai besoin, et cela, sans que j’aie la peine de demander quoique ce soit. Le chef est un homme jeune encore et qui sait se faire obéir. Très intelligent, il est souvent consulté pour leurs affaires par les villages environnants. Dès que je fus installé dans une jolie case il vint me saluer avec les principaux habitants du village. Je ne manquai pas de lui demander si réellement il n’y avait pas de route de Dalafi à Faraba, il me répondit qu’il y en avait une fort belle, pas plus longue que celle de Diaka-Médina et que si les hommes de ce village m’avaient aussi mal renseigné c’est uniquement parce qu’ils ne voulaient pas se donner la peine de me conduire. Du reste, ils agissaient toujours ainsi et quant il y avait une caravane à héberger ou à guider c’était toujours à Diaka-Médina qu’ils l’envoyaient. Dans la circonstance présente il en était enchanté : car cela lui permettait de connaître un blanc et de causer avec un officier français. Je m’expliquai alors pourquoi les hommes de Dalafi, à peine arrivés à Diaka-Médina, s’étaient tant hâtés de retourner chez eux. Le fait est que si un seul m’était tombé sous la main, il aurait payé pour tous.

Je conversai avec le chef jusqu’à la nuit tombante ; il ne me quitta que lorsqu’il vit que j’allais dîner. Je le remerciai de sa cordiale réception et lui recommandai de faire en sorte que les hommes qu’il devait me donner pour me conduire à la Falémé, fussent prêts au premier signal ; car l’étape étant fort longue, j’avais l’intention de me mettre en route vers deux heures du matin, dès que la lune serait levée. Il me donna l’assurance que tout serait prêt à l’heure dite et qu’il viendrait lui-même me mettre dans la bonne route. Il insista longuement pour me faire rester un jour de plus dans son village. Malgré tout le désir que j’avais d’être agréable à ce brave homme, et bien que ma santé fût toujours chancelante, je ne me rendis pas à sa généreuse invitation, j’avais hâte d’arriver au plus tôt dans un centre Européen où je pourrais me soigner plus efficacement et me reposer un peu.

Diaka-Médina est le dernier village du Dentilia à l’Est. C’est un lieu de passage très fréquenté par les caravanes qui se rendent du Bambouck au Niocolo et au Fouta-Djallon ou qui en reviennent. Il ne se passe pas de jours, me disait le chef, qu’il n’en arrive deux ou trois, surtout pendant la saison sèche. Elles traversent de préférence ce village, parce que les dioulas savent très bien qu’ils seront bien reçus et qu’ils ne courront aucun risque d’être pillés. Les Diakankés sont, en effet, très hospitaliers et, contrairement aux Malinkés, ne dévalisent jamais ceux qu’ils hébergent dans leurs villages.