Le marigot de Maka-Doua, qui forme la limite du Ouli à l’Ouest et le sépare du Sandougou, se jette dans la Gambie à la hauteur de Fatatenda. Il est formé par deux branches dont l’une, le Maka-Doua, proprement dit, passe entre les deux villages de Toubacouta l’ancien et le nouveau, et l’autre, le Douga-Kô, passe à Dalésilamé. Ses bords sont couverts de magnifiques rizières et de beaux lougans de mil et d’arachides.

De Sini à Toubacouta, la nature du sol change progressivement au fur et à mesure que nous descendons vers le Sud et que nous approchons des rives de la Gambie. Nous trouvons bien encore les argiles compactes aux environs de Sini et de Canapé. Elles apparaissent encore aux environs de Toubacouta et de Barocounda ; mais d’une façon générale, c’est la latérite qui domine dans toute cette région, et aux environs de la Gambie, les marais et les alluvions récentes. Aussi le terrain est-il là d’une richesse et d’une fertilité étonnantes. Les collines elles-mêmes que nous avons traversées sont excessivement boisées et le sol en est encore recouvert par une épaisse couche d’humus qui les rendent supérieurement fertiles. Les plateaux ferrugineux et rocheux ont presque complètement disparu. Parfaitement arrosés par de nombreux marigots qui débordent, chaque année, les environs des villages sont couverts de belles rizières. Le mil, arachides, maïs et toutes les autres plantes cultivées par les indigènes y prospèrent à merveille.

La flore y est plus belle que dans les régions plus septentrionales et les grandes espèces botaniques s’y développent d’une façon remarquable. N’tabas, Fromagers, Baobabs, Rôniers, grandes Légumineuses, etc., etc., y atteignent des proportions énormes. La brousse elle-même y est si vivace et y acquiert une hauteur telle, que, dans les sentiers, qui, dans ces régions, servent de route, cavaliers et chevaux disparaissent complètement sous la verdure.

Le Dougoura. — C’est dans cette région que j’ai vu les derniers spécimens d’un beau végétal que j’avais rencontré en abondance dans le Bondou, le Tiali, le Niéri et la région Nord-Ouest du Ouli. Les indigènes lui donnent le nom de « Dougoura ». C’est un bel arbre qui atteint des proportions énormes, et, qu’à la forme de sa graine, j’ai cru reconnaître appartenir à la famille des Térébinthacées. Son tronc volumineux, droit, élancé, s’élève parfois à six ou huit mètres de hauteur. Il émet à ce niveau des branches maîtresses énormes qui donnent elles-mêmes un grand nombre de rameaux. Son écorce est épaisse, profondément fendillée, et si on y pratique une incision intéressant toute son épaisseur, il en découle un suc blanc laiteux, épais et poissant les doigts et exhalant une odeur prononcée de térébenthine. Son bois est blanc, dur, et parfois les indigènes s’en servent pour fabriquer des mortiers à couscouss. Ses feuilles peu épaisses et peu touffues sont d’un vert tendre, luisantes, et leur forme rappelle un peu celle de l’Acacia de nos jardins. Je n’en ai jamais vu la fleur. Le fruit est des plus caractéristiques et permet de reconnaître de loin l’arbre qui le porte. Il croît à l’extrémité des jeunes rameaux. Sa forme et sa couleur rappellent celles du citron. Sa grosseur est celle du poing à peu près. Quand il est vert, il adhère fortement à la tige qui le porte. Il tombe à maturité complète et, sous les arbres, le sol en est parfois couvert, car il est excessivement abondant. Son épicarpe relativement épais laisse couler à l’incision une notable quantité de suc blanc semblable à celui que l’on obtient en incisant le tronc, mais plus fluide. La membrane qui le recouvre est mince, luisante et de la couleur d’une peau de citron arrivé à maturité. Le sarcocarpe est formé par une pulpe abondante d’un jaune clair dans laquelle sont noyées les graines qu’entoure un spermoderme membraneux peu résistant. Cette pulpe, très savoureuse, est fort appréciée des indigènes et nous nous en sommes fréquemment régalés. Les graines sont volumineuses. Chaque fruit en contient dix ou douze au maximum. Elles ont la forme d’une grosse fève dont les cotylédons énormes se séparent aisément. Elles sont entourées d’une enveloppe brune qui se détache aisément lorsqu’elles sont restées quelques heures à l’air et au soleil. L’embryon volumineux est très apparent par les deux cotylédons. C’est une Burséracée dont il n’a pas été possible de faire la détermination exacte à cause de l’absence des fleurs.

Ce fruit est très rafraîchissant et constitue une précieuse ressource pour les indigènes de ces régions qui, dans les temps de disette, en font une abondante consommation.


Ruisseau de Koromadji, frontière commune du Ouli et du Ferlo-Bondou (route de Naoudé à Tamba-Counda)


CHAPITRE III