Les collines qui la bordent sont formées de terrains identiques au sous-sol que nous venons de décrire. En maints endroits, la roche s’y montre à nu. Cela est dû à ce que les flancs sont assez abrupts pour que les grandes pluies d’hivernage entraînent dans la plaine toute la terre qui peut s’y trouver. Aussi sont-elles profondément ravinées.

Flore. Productions du sol. Cultures. — La région nord est absolument stérile. Nous n’y trouvons que la flore des terrains pauvres en humus, quelques mimosées rachitiques aux dards acérés et autres végétaux aux formes bizarres, étranges, que le sol n’a pu faire se développer d’une façon normale. Dans le fond des vallons où croupit, pendant la saison des pluies, une eau absolument impropre à n’importe quel usage domestique que ce soit, on trouve une brousse maigre formée de quelques graminées minces et ténues et de quelques cypéracées.

On comprend aisément ce que peuvent être les cultures dans un pareil terrain et ce que peut produire le sol. Hâtons-nous de dire toutefois que cette région est à peu près inhabitée, sauf en deux ou trois endroits où la terre, étant plus fertile, se sont construits les villages de Colibentan, Sandougoumana et Lamen. Le mil est la principale culture, pour ne pas dire la seule. C’est surtout la variété baciba qui y est cultivée. Si nous citons, outre cela, le tabac, et quelques lougans d’arachides, nous aurons épuisé les cultures de la région Nord.

Autant la région Nord est pauvre, autant la région Sud est riche. La végétation y est d’une rare vigueur et rappelle celle de nos Rivières du Sud. Légumineuses gigantesques, N’tabas, fromagers, caïl-cédrats, ficus énormes et de toutes natures, baobabs, etc., etc., y abondent. Le sol y produit tout ce que les indigènes y veulent bien cultiver. Le mil, le maïs y atteignent des proportions énormes et y donnent un rendement considérable. Le riz y abonde et forme la plus grande partie de l’alimentation indigène. C’est surtout sur les bords du fleuve et du marigot, à deux ou trois kilomètres de leurs cours, que se trouvent les plus belles et les plus riches rizières du Sandougou. Mais de toutes les cultures, celle qui est la plus développée et qui donne le rendement le plus considérable est assurément celle de l’arachide. Tout, du reste, concourt, dans le Sandougou, à rendre cette culture excessivement productive : la nature du terrain et le zèle des travailleurs, qui s’y livrent sur une grande échelle ; car ils savent qu’ils en tireront profit. Les arachides du Sandougou sont très belles et sont fort recherchées des commerçants de la Gambie. Elles sont de beaucoup supérieures à celles du Cayor et du pays de Galam. Si l’on parcourt le Sandougou on pourra constater que toute la bande de terrain qui, des rives du fleuve, s’étend à environ quinze kilomètres à l’intérieur, est presque uniquement occupée par cette culture et, encore, que de terrains perdus et qui pourraient être utilisés. Outre les cultures mentionnées plus haut, nous citerons encore le tabac, l’oseille, les cucurbitacées de toutes sortes, le coton, etc., etc. Cette dernière culture est excessivement développée et avec le produit on fabrique dans le pays une étoffe qui sert de monnaie.

En résumé, le Sandougou, dans sa partie Sud, peut être considéré comme le pays le plus fertile de cette région. Il suffirait de peu d’efforts pour augmenter d’une façon notable sa production. Malheureusement, la plus grande partie des terres qui seraient susceptibles de culture ont été cédées par nous aux Anglais par le traité qui détermine nos possessions et les leurs en Gambie. Par contre, dans cette région, le commerce qui s’y fait est heureusement entre les mains de la Compagnie Française de la côte occidentale d’Afrique et du Sénégal.

Faune. Animaux domestiques. — La faune est peu riche. Les grands fauves y font complètement défaut, et c’est à peine si on y trouve quelques sangliers et quelques rares biches. Pas d’antilopes. Peu d’animaux nuisibles. Nous ne citerons que les chacals, hyènes, lynx et panthères, encore sont-ils très rares. Dans la Gambie et le Sandougou foisonnent les caïmans et les hippopotames.

Les animaux domestiques y sont les mêmes que dans les autres pays. Beaucoup, beaucoup de bœufs petits, mais de bonne qualité. Le lait que donnent les vaches est absolument de qualité supérieure et les Peulhs du pays en fabriquent un beurre qui n’est pas à dédaigner, surtout quand il a été battu à nouveau et nettoyé avec soin. Le commerce des peaux de bœufs qui se fait avec Mac-Carthy est assez important et il ne ferait que s’accroître si les habitants amélioraient leurs procédés d’élevage. Peu de chevaux, ceux que l’on y trouve viennent du Ouli, du Niani et même du Cayor. Par contre, tous les villages regorgent littéralement de moutons, chèvres, poulets, canards. Mentionnons pour mémoire les chiens très nombreux et qui sont les agents les plus actifs et les seuls, du reste, de la voirie. Peu de chats.

Population. Ethnologie. — Relativement à son étendue, le Sandougou est peu peuplé. Cela tient à ce que la région Sud est seule habitée. Il n’y a guère plus d’une douzaine de mille habitants, ce qui nous donne à peu près 4,5 habitants par kilomètre carré, ce qui est cependant au Soudan une proportion relativement élevée. On y trouve des peuples de plusieurs races différentes : Malinkés musulmans, Peulhs, Toucouleurs, Sarracolés, Ouolofs.

1o Malinkés musulmans. — Ce sont les maîtres du pays, les propriétaires du sol. Ce sont eux qui, venus les premiers dans le Sandougou après les migrations du Manding, le colonisèrent. Une seule famille occupa d’abord ce pays relativement étendu : celle des Dioulas. Ce sont encore les chefs du Sandougou. Quand, comment et à la suite de quels événements se convertirent-ils à l’Islamisme, nous ne saurions le dire. Tout ce que nous pourrions affirmer, c’est que, dans le Sandougou, tous les Malinkés, à quelque famille qu’ils appartiennent, sont musulmans et musulmans fanatiques. Aussi la plus grande partie de la population prit-elle fait et cause pour le marabout Mahmadou-Lamine.

Le Malinké du Sandougou est loin de présenter le type du parfait abruti que possède à un si haut degré le Malinké non musulman du Ouli et du Kalonkadougou, par exemple. Il est intelligent, a l’esprit fort éveillé et ses traits présentent une finesse que n’ont pas ceux des autres Malinkés. Il est travailleur (autant, bien entendu, qu’un nègre peut l’être) et propre. Les villages sont mieux construits, mieux entretenus. Dans chaque village se trouvent une ou plusieurs mosquées, bien faites, bien disposées et couvertes en paille. Les abords en sont toujours excessivement propres, et ce ne sont pas les endroits les moins fréquentés du village. Les usages, coutumes, etc., sont chez eux les mêmes que chez les autres peuples musulmans.