2o Peulhs. — Les Peulhs sont très nombreux dans le Sandougou. Ils s’y livrent avec ardeur à la culture et à l’élevage. Ils sont là aussi sales que partout ailleurs et leurs villages y sont les mêmes que dans les autres pays. Non loin d’être musulmans, ce sont, au contraire des ivrognes fieffés ; d’où sont-ils venus ? Tout porte à croire qu’ils ont suivi les premiers colons et qu’à ce petit noyau sont venues se joindre d’autres familles émigrées du Cayor, Fouta-Djallon et surtout du Fouladougou. Le Peulh est, nous le savons, une race excessivement nomade. Il vit presque partout dans une espèce de sujétion vis-à-vis des propriétaires du pays. De ce fait même qu’il est nomade, il est exposé, dans ses pérégrinations, à être, à chaque instant, pillé. Aussi cherche-t-il un coin où la terre soit bonne pour y fixer sa tente, et quand il l’a trouvé, il s’y installe avec sa famille et avec l’autorisation du chef du pays dont il est, pour ainsi dire, l’humble serf. Je ne saurais mieux comparer l’état de sujétion dans lequel vit le Peulh vis-à-vis de son protecteur. Celui-ci parfois le rançonne et le pressure à outrance, ce qui entraîne souvent de grandes émigrations. D’autres, plus intelligents, le laissent en paix dans ses lougans, comprenant qu’il est une véritable source de richesse et de bien-être pour son pays. Malgré tout cela, le Peulh jouit de sa liberté entière et dans le Sandougou plus que partout ailleurs. Il ne contribue pas peu à augmenter la richesse du pays. C’est ce qu’ont compris les maîtres du Sandougou.
3o Sarracolés. — Nous trouvons encore dans le Sandougou quelques Sarracolés. Ils y ont formé trois villages auprès de villages Malinkés sous la tutelle desquels ils semblent se trouver. Ces Sarracolés sont venus les uns du Guidioumé, lors de la conquête du Kaarta par El-Hadj Oumar, les autres du pays de Ghabou (aujourd’hui Fouladougou), lors de la conquête de ce pays par le père de Moussa-Molo, Alpha-Molo et par Moussa-Molo lui-même. Ils sont venus les uns et les autres, chassés par les conquérants, se réfugier là. Ils y vivent en paix en cultivant leurs lougans et faisant un peu de commerce, fort respectueux de l’autorité de ceux qui leur ont donné l’hospitalité et qui les ont protégés.
4o Ouolofs. — Quelques centaines de Ouolofs émigrés du Bondou sont également venu se fixer dans le Sandougou pour fuir les exactions des Almamys et surtout des membres de leur famille. Ils ont formé deux villages où ils vivent fort heureux, disent-ils, et où personne ne les tracasse et ne les empêche de cultiver leurs champs et d’élever leurs troupeaux. Ils reconnaissent l’autorité des maîtres du pays et ceux-ci ont le bon esprit de ne pas les pressurer. Ils sont, en résumé, absolument libres sur le sol du Sandougou.
5o Toucouleurs. — Ils forment, après les Peulhs, dans le Sandougou, la colonie la plus nombreuse et ont réussi à se rendre indispensables et indépendants. Ils forment un petit État. Ce sont des Torodos venus du Fouta-Toro. Ils sont grands cultivateurs de mil, arachides, etc., et leur situation toute particulière à l’embouchure du Sandougou, dans la partie la plus fertile du pays, leur permet d’avoir des cultures fort étendues et d’en retirer, chaque année, un profit certain en vendant leurs produits à Mac-Carthy qui est peu éloigné.
Situation et organisation politiques. — Il faut remonter à quelques années afin de bien comprendre quelle est la situation politique actuelle du Sandougou. Le Sandougou, tel que nous venons de le décrire et dans les limites naturelles que nous lui avons données a, de tout temps, appartenu à la famille des Malinkés musulmans des Dioulas à laquelle appartient encore aujourd’hui le chef de ce pays, Guimmé-Mahmady.
Il y a environ vingt ou vingt-cinq ans, le pouvoir était entre les mains du frère du chef actuel. De son vivant, quelques Toucouleurs Torodos, établis dans le Niani à Koussalan, vinrent, sous la conduite de leur chef Maka-Cissé, demander au chef du Sandougou l’autorisation de s’établir à Niankoui, non loin de l’embouchure du Sandougou. Non seulement l’autorisation leur fut accordée, mais encore on leur donna le terrain en nu-propriété. Les Toucouleurs s’établirent là, y construisirent le village de Niankoui qu’ils appelèrent Dinguiray et s’y retranchèrent fortement derrière un solide sagné qui leur permit de repousser les attaques incessantes de leurs voisins, les Malinkés musulmans de County (Niani). Mais là, comme partout ailleurs, du reste, les Toucouleurs firent la tache d’huile et continuèrent à agrandir leur territoire. Des Torodos vinrent du Fouta se ranger auprès de Maka-Cissé. D’où nouvelles demandes de terrains au chef du Sandougou qui accordait toujours, heureux de voir se peupler son pays et ne comprenant pas qu’un jour viendrait où les Toucouleurs seraient plus maîtres que lui. C’est ainsi que se fondèrent une demi douzaine de villages Torodos qui reconnurent Maka-Cissé pour chef.
Vers la même époque, un autre Toucouleur, Ousman-Celli, émigré lui-même du Fouta-Toro, vint s’établir avec sa famille et quelques amis non loin du Sandougou, à Oualia. Il y fonda un gros village et à quelques centaines de mètres du marigot établit son frère à Saré-Demboubé.
Je passe sous silence les faits antérieurs qui intéressent Maka-Cissé et Ousman-Celli et la vie toute d’aventures qu’ils menèrent jusqu’au jour où ils vinrent se fixer définitivement dans le Sandougou, avec l’assentiment du chef de ce pays, qui leur prodigua tous les terrains dont ils pouvaient avoir besoin.
Tant qu’il vécut, tout alla bien et les deux fractions s’entendirent à merveille, les Toucouleurs reconnaissant son autorité ; mais, à sa mort, le pouvoir devait échoir à son frère Guimmé-Mahmady, encore enfant. Profitant de cela, un ancien captif de la famille régnante, Mody-Fatouma, prit en main l’autorité, et, sans la guerre contre le marabout Mahmadou-Lamine, il règnerait peut-être encore dans le Sandougou. Je n’ai pas besoin de dire que dans tout le désordre qui accompagna cette transmission des pouvoirs, les Toucouleurs surent tirer parti de la situation et firent reconnaître leur indépendance absolue vis-à-vis du Sandougou. Mais la guerre contre Mahmadou-Lamine venait d’éclater, et, bien entendu, Mody-Fatouma, en sa qualité de musulman, alla se ranger sous la bannière du faux prophète avec tous ses guerriers. Les Toucouleurs, plus rusés et sentant quelle serait l’issue de la lutte, vinrent, sous la conduite de leurs chefs Maka-Cissé et Ousman-Celli, grossir la troupe des auxiliaires de la colonne qui opéra contre Toubacouta. Ce village pris, le marabout mort, le capitaine Fortin, pour remettre les choses en état dans le Sandougou, lança notre allié, Moussa-Molo et ses Peulhs, contre Mody-Fatouma, qui, fait prisonnier, eut la tête tranchée. Guimmé-Mahmady, le véritable chef du Sandougou, fut rétabli dans son autorité. L’indépendance des Toucouleurs fut de nouveau reconnue et, en 1889, le capitaine Briquelot fut chargé d’établir les limites des deux pays.
Il existe donc, à proprement parler, dans le Sandougou, deux parties, l’une, la véritable, celle de Guimmé-Mahmady, que nous désignerons sous le nom de Sandougou oriental, et l’autre commandée par Maka-Cissé, et que nous désignerons sous le nom de Sandougou occidental.