Lamine-Coto. — Lamine-Coto est un village de Malinkés musulmans de 250 habitants environ. Le chef en est jeune, intelligent et il me reçoit à merveille. Grâce à son obligeance mes hommes et mes chevaux n’y ont manqué de rien. Il a eu, en un mot, pour moi, toutes les prévenances qu’un noir peut avoir.

La route de Calen-Ouolof à Lamine et à Mac-Carthy ne présente rien de bien particulier. De Calen à Yola le terrain s’abaisse sensiblement, et à peu de distance de Calen nous traversons une vaste plaine marécageuse qui s’étend au-delà de Yola. A peine sommes-nous sortis des lougans de ce village que nous entrons en plein dans le marais. Nous ne le quittons guère qu’en arrivant à Couiaou. Là, le terrain s’élève un peu, nous traversons une petite colline ferrugineuse aux environs de Medina, et, de chaque côté de la route jusqu’à Lamine-Coto, nous remarquons de petites collines de même composition. De Lamine-Coto à la Gambie, ce ne sont plus que des argiles alluvionnaires entrecoupées de marécages non encore desséchés.

La flore est peu variée, Légumineuses gigantesques, N’tabas, Nétés resplendissants de verdure, etc., etc. Les rives de la Gambie sont couvertes de beaux arbres. On voit que nous avons quitté la région des steppes Soudaniennes pour la région des tropiques, proprement dite. Aussi la végétation devient-elle de plus en plus puissante et luxuriante.

Le riz et les rizières. — Le riz, dans toutes les régions que nous venons de parcourir de Nétéboulou à Mac-Carthy, est l’objet de grandes cultures et de soins attentifs. Les rives du fleuve, les bords des marigots et les marécages que laissent les eaux en se retirant sont, aux environs des villages, transformés en rizières de bon rapport. La production, déjà très considérable, pourrait encore être augmentée dans de notables proportions si les habitants voulaient utiliser tous les terrains propres à cette culture. Mais pour le riz ils procèdent absolument comme pour les autres céréales et ne sèment que ce qui leur est strictement nécessaire pour leur consommation. C’est toujours la même imprévoyance. Que la récolte, pour une cause quelconque, vienne à manquer, et c’est la famine.

Le riz ne demande que peu de soins, et le terrain ainsi que le climat sont si favorables à sa culture que le rendement qu’il donne est toujours considérable. Pour préparer le sol destiné aux semailles, on se contente simplement de le débroussailler. On choisit de préférence un terrain humide sur les bords du fleuve, des marais, et même dans le lit de certains marigots. A l’aide d’un bâton, on sème le riz en faisant un trou dans lequel on place trois ou quatre graines. Ces trous sont environ situés à 15 centimètres l’un de l’autre. Dans certaines régions on le sème simplement à la volée, et on recouvre les grains en piochant peu profondément le sol. Tout ce travail est peu pénible, aussi est-il généralement exécuté par les femmes et les enfants.

Les semis se font au commencement des pluies, quand il est tombé une certaine quantité d’eau, vers la fin de juillet. L’inondation qui survient en août fertilise la rizière et permet aux graines de bien se développer. La récolte se fait en octobre et en novembre. Un mois avant d’y procéder, on a bien soin d’enlever toutes les mauvaises herbes afin de lui permettre de bien mûrir. La cueillette est faite brin par brin et, de ce fait, demande un temps assez long et une grande patience. On sait que cette qualité ne manque pas aux Noirs. Coupés à dix centimètres au-dessus du sol, les épis, dont le chaume a une longueur d’environ vingt-cinq centimètres, sont réunis en paquets assez volumineux, liés fortement, et mis à sécher sur le toit des cases. Ils sont rentrés tous les soirs, afin de ne pas les exposer à la rosée de la nuit qui les altérerait sûrement et les ferait pourrir. Quand ils sont bien secs, ils sont battus, vannés, et le grain destiné à la consommation est enfermé dans des sortes de récipients en terre placés dans les cases elles-mêmes. Ces récipients qui servent également à renfermer les haricots, le coton, le fonio, etc., etc., ont à peu près la forme d’un grand tube. Ils sont faits en terre séchée au soleil tout simplement. Pour cela, on fabrique de véritables cylindres que l’on fait sécher, puis on les superpose les uns sur les autres et on les lute avec de l’argile. Cette sorte d’outre repose sur trois pieds également en terre qui sont, en général, fixés au sol. Il y en a de toutes les dimensions. Ils sont généralement placés dans les cases, aux pieds et à la tête du petit tertre qui sert de lit à l’habitant. L’ouverture en est fermée à l’aide d’un gâteau rond en terre, discoïde et fabriqué de la même façon que le récipient lui-même, c’est-à-dire en argile séchée au soleil. Les parois sont si épaisses qu’il est rare que ces sortes de barriques en terre s’effondrent. Sur les parties qui font face au lit sont généralement modelés des seins de femmes, ou bien encore des phallus de dimensions normales.

Les épis destinés aux semailles sont conservés avec leur chaume réunis et liés en paquets comme précédemment et suspendus aux bambous qui forment la charpente du toit de la case.

Le riz du Soudan, que l’on désigne généralement sur les marchés sous le nom de « riz Malinké », pour ne pas le confondre avec le riz Caroline ou de Chine que nous importons, est d’un blanc légèrement grisâtre. Il présente de petites stries brunes qui sont évidemment dues à ce qu’il est mal décortiqué. Il est plus dur que les autres riz, et son goût est moins fade. Quand il a été bouilli, ses grains sont poisseux et s’agglutinent aisément. Cela est vraisemblablement dû au mucilage abondant qu’ils contiennent. On le mange bouilli ou cuit à l’étuvée et mélangé avec de la viande ou du poisson. Les indigènes lui préfèrent cependant le couscouss de mil, car ils prétendent que le riz ne les nourrit pas autant.

La valeur commerciale du riz en Gambie est environ de 0 f. 15 le kilo, et le rendement moyen à peu près de 4,550 kilogrammes à l’hectare.

Sur les marchés on se sert pour mesurer le mil, le riz, les haricots, le sel, d’une mesure toute spéciale que l’on désigne sous le nom de « moule. » Sa contenance varie suivant les pays. Ainsi le moule Bambara vaut 2 kil. environ, le moule Malinké en Gambie 1 k. 800, et le moule Toucouleur dans le Bondou, 1 k. 500.