Tigalo N’galo ou Niébé gherté. — Il existe en abondance dans toute cette région une Légumineuse qui peut être considérée comme la plante qui forme la transition entre l’arachide (Arachis hypogæa L.) et le Haricot (Phaseolus vulgaris L.), avec lesquels elle a des caractères communs. Du reste, les indigènes lui ont donné un nom composé de ceux de ces deux plantes. Les peuplades de race Mandingue la nomment : Tigalo N’galo. Arachide en Malinké se dit Tigo et Tiga suivant les régions. N’galo est le nom d’un petit haricot très commun dans tout le Soudan. Les peuplades d’origine Peulhe la nomment Niébé-gherté. En Peulh Niébé signifie haricot et gherté arachides. Elle est très cultivée dans tout le Soudan et ses graines constituent un aliment recherché des indigènes et apprécié des Européens eux-mêmes. Le port de cette Légumineuse diffère de celui de l’arachide et rappellerait plutôt celui de nos petits haricots nains. On la sème au commencement de juin dans un terrain bien préparé et souvent aussi en bordure autour des lougans de mil, maïs et arachides. Elle demande une humidité assez prononcée et donne vers le commencement de novembre un fruit sec, indéhiscent. Si on en brise la coque, il s’en échappe une graine ronde d’une blancheur nacrée de la grosseur d’une noisette, dont elle a un peu la forme. Cette graine est munie d’une enveloppe épaisse dure, coriace et qui se détache à la cuisson. De blanche qu’elle était, elle prend une couleur violacée très prononcée et qui colore fortement le bouillon dans lequel on la fait cuire. Cette enveloppe n’est pas comestible. On l’enlève dès qu’elle n’adhère plus aux cotylédons qui sont volumineux et très savoureux. Les indigènes mangent les Niébés-ghertés bouillis et, dans nos postes, on en fait de bonnes purées et d’excellents potages. Elle remplace avantageusement le haricot.

Patates douces. — La patate (Ipomœa Batatas Poir.), est très cultivée également, mais surtout dans les régions humides et bien arrosées. On en fait de beaux lougans dans le Sandougou, le Niani, le Kalonkadougou et à Mac-Carthy. Elle pousse très rapidement et ses ramifications souterraines prennent en peu de temps un développement si rapide qu’il est difficile d’en débarrasser le terrain où elle s’est implantée. Les indigènes la plantent de deux façons : ou bien par boutures ou bien encore par une méthode mixte qui consiste à faire germer en terre des tubercules sur lesquels on prend ensuite des boutures que l’on pique à environ soixante centimètres les unes des autres. En peu de temps, elles émettent en tout sens des rameaux qui rampent sur le sol où ils s’implantent par des racines adventives multiples. Au bout de deux ou trois mois, il se forme au pied de la plante des tubercules farineux qui grossissent pendant toute la saison des pluies et que l’on récolte au début de la saison sèche, quand les feuilles commencent à jaunir. La sécheresse est préjudiciable à la patate, aussi ne la cultive-t-on que pendant l’hivernage.

Il en existe un grand nombre de variétés qui ne diffèrent, du reste, entre elles, que par la forme et la couleur. Il en est de longues et de rondes ou plutôt ovoïdes. Les unes sont blanches, les autres jaunâtres, d’autres enfin légèrement rosées. Ces dernières sont d’ailleurs d’une qualité supérieure. Le goût de la patate rappelle un peu celui de la pomme de terre ; mais il est plus sucré. De plus, sa chair est parsemée de nombreux filaments désagréables quand on la mange. Les indigènes la font bouillir ou cuire sous la cendre. Les Européens en font de bonnes fritures, d’excellents potages et de succulentes purées. Cuites dans un sirop de sucre, elle sert à confectionner un entremêt dont le goût rappelle celui du marron glacé.

Les feuilles constituent un excellent fourrage pour les animaux. La patate se conserve peu de temps pendant la saison sèche. Elle est attaquée par les insectes et pourrit rapidement.


CHAPITRE IX

Le Kalonkadougou. — Limites-frontières. — Description géographique. — Aspect général. — Constitution géologique du sol. — Flore. — Productions du sol. — Cultures. — Faune. — Animaux domestiques. — Populations. — Ethnographie. — Situation et organisation politiques actuelles. — Rapports avec les autorités françaises. — Conclusions.

On désigne sous le nom de Kalonkadougou un pays vaste, peu peuplé en raison de son étendue, et dont les limites géographiques sont peu nettes et mal déterminées. Il est compris à peu près entre les 13° 40′ et 14° 50′ de latitude Nord et les 16° 20′ et 17° de longitude à l’Ouest du méridien de Paris.

Il confine au Nord au Ferlo-Fouta et au Fouta-Toro, à l’Ouest au Niani, au Sud au Niani, Sandougou et Ouli, et enfin, à l’est au Ferlo-Bondou. Il est séparé de ces différents pays, notamment du Fouta-Toro au Nord et du Ferlo-Bondou à l’Est, par d’immenses plaines désertes, inondées pendant l’hivernage et qui constituent pour lui les meilleures frontières. Il en est de même à l’Ouest et au Sud, mais là ces espaces ne dépassent pas 40 ou 50 kilomètres au plus, néanmoins ils suffisent à établir une séparation assez tranchée pour qu’il n’y ait pas de contestations avec les pays voisins.

Description géographique : Aspect général. — Le Kalonkadougou est un pays plat, par excellence. C’est à peine si le sol est vallonné en quelques rares endroits. Pas le moindre marigot, de ce fait, que le terrain y est plus élevé que le niveau des plus hautes eaux de la Gambie. A peine quelques collines peu élevées aux environs de Goundiourou et de Daouadi. Partout des plaines nues et brûlées où pousse une herbe pauvre et rabougrie. Pas de forêts. Les arbres y sont clairsemés et la haute futaie y est absolument inconnue. Par contre, des arbres aux formes contournées, bizarres, véritables rachitiques qui n’ont pu se développer normalement dans ce sol ingrat et pauvre.