Constitution géologique du sol. — Le Kalonkadougou peut être, au point de vue géologique, considéré comme un vaste plateau formé d’argiles alluvionnaires compactes. Il fait partie de cet ensemble d’alluvions anciennes qui comprend le Ferlo, le Bondou, la partie Nord du Niani et la plus grande partie du Fouta-Toro. Par-ci par-là, nous voyons bien émerger quelques rares îlots de latérite, mais la plus grande partie du sous-sol est uniquement formée de terrain ardoisier.
Il est facile de voir comment se modifie, d’une façon sensible, la nature du terrain à mesure que l’on s’élève dans le Nord. Sur les rives de la Gambie, nous sommes en présence de marécages et de terrains d’alluvions récentes. A mesure que l’on s’avance dans le Nord, le sol s’élève d’une façon sensible. Les alluvions récentes disparaissent pour faire place d’abord à une étroite bande de latérite à peu près au niveau de Kountata. Çà et là émergent quelques roches ferrugineuses. Enfin, aux environs de Goundiourou, la latérite disparaît complètement et on ne trouve plus que des argiles. Nous sommes là sur le plateau proprement dit du Kalonkadougou. D’après ce qui précède, on ne saurait mieux le comparer qu’à un mamelon dont le terrain est formé d’argiles alluvionnaires, mais dont les flancs sont recouverts par une couche peu épaisse de latérite.
Il résulte évidemment de cette disposition toute particulière du sol que le Kalonkadougou ne doit posséder ni marigot ni cours d’eau. Les habitants ne se servent que de l’eau des puits, qui sont excessivement profonds et qui atteignent, en certains endroits, jusqu’à cinquante mètres de profondeur. Grâce à ces puits, nous avons pu nous rendre un compte exact de la nature du sol et de la superposition des différentes couches géologiques. Nous en avons examiné attentivement un grand nombre et nous avons constaté partout une même disposition invariable. La nappe d’eau souterraine se trouve à une profondeur variant de 45 à 50 mètres. Elle est séparée de la surface du sol : 1o par une couche peu épaisse de sables produits par la désagrégation de l’argile ; 2o argiles compactes (3 ou 4 mètres d’épaisseur) ; 3o terrain ardoisier (couche très épaisse) ; 4o couche de sables non constante et enfin la masse aqueuse reposant sur un lit très épais d’argiles compactes. L’eau est très abondante et de bonne qualité. Cela n’est pas étonnant, car elle est une eau d’infiltration, et elle a filtré à travers les sables de la couche inférieure. Telle est, dans son ensemble, la constitution géologique du sol du Kalonkadougou. C’est, à peu de chose près, du reste, celle de toutes les steppes Soudaniennes.
Flore. — Productions du sol. — Cultures. — De la constitution géologique que nous venons d’esquisser, nous pouvons facilement déduire ce que doit être la flore de ce pays et quelles sont les productions du sol. Dans son ensemble, la flore est excessivement pauvre. Cela se comprendra aisément, car l’humus fait partout presque absolument défaut. A mesure que nous nous avançons dans le Nord, nous voyons disparaître les belles essences que l’on remarque dans les terrains d’alluvions récentes des bords de la Gambie. Les Sterculiacées, N’tabas et autres, les Légumineuses gigantesques disparaissent peu à peu pour faire place aux Mimosées et à une végétation maigre et pauvre. On dirait que le sol n’a pas la force de nourrir la plante. Plus de Nétés, plus de Caïl-Cédrats et, à la place, des Mimosas et des Acacias de toutes sortes aux dards acérés. La brousse elle-même est profondément modifiée. Ce ne sont plus ces excellents fourrages que l’on rencontre dans les terrains dont la latérite forme l’élément principal ; mais de gigantesques Joncées et Cypéracées qui ont poussé par touffes épaisses pendant l’hivernage et qui ont prospéré pendant tout le temps que le sol a été couvert par les eaux que les argiles n’absorbent pas. Plus de ces lianes énormes que l’on rencontre sur les bords des marigots du Sandougou et du Niani ; mais seulement quelques rares échantillons de lianes qui ont peine à vivre et à se développer dans un terrain qui, pendant sept mois de l’année, ne peut leur donner la nourriture dont elles ont besoin pour vivre.
On comprendra aisément que les productions du sol et les cultures soient peu variées. Ce sont des productions de terrains pauvres en humus. Pas de riz. Il n’y a pas d’eau. Le mil est la principale culture et encore sont-ce surtout les variétés désignées sous les noms de Baciba, Guessékélé, Sanio qui sont particulièrement cultivées ; sans doute, parce qu’elles n’ont pas besoin pour prospérer de terres fortes. Avec le mil, du maïs, des haricots, oseille, arachides, patates, calebasses, courges, tomates et tabac. Voilà à peu près tout. Quant aux procédés de culture, ils ne diffèrent pas de ceux employés dans tout le Soudan.
Faune. — Animaux domestiques. — La faune est la même que dans les autres pays du Soudan. Les animaux sauvages y sont rares cependant. Citons : biches, antilopes, gazelles, girafes dans la partie Nord. Quelques sangliers dans le Sud. Parmi les animaux nuisibles : hyènes, chacals, panthères, guépards. Peu ou point de serpents. Enfin, une grande variété d’oiseaux de toutes sortes : perdrix, cailles de Barbarie, outardes, pigeons, tourterelles, oiseaux aux plumages variés et aux brillantes couleurs qui sont chassés pendant l’hivernage, par des chasseurs spéciaux et sont l’objet d’un petit commerce dont Bathurst surtout a le monopole.
Parmi les animaux domestiques, nous citerons, en première ligne, le bœuf. Il est élevé par les Peulhs surtout. Les Malinkés n’en élèvent pas. La taille est petite ; mais sa chair est savoureuse et les vaches donnent un lait très riche en matières grasses et d’excellente qualité. Par contre, si le Malinké n’élève pas de bœufs, il élève en quantité poulets, chèvres et moutons. Tout cela ne vaut pas cher comme viande de boucherie. Les chats sont peu nombreux ; les chiens, au contraire, pullulent. Ils sont chargés de la voirie, dans les villages.
Populations. — Ethnographie. — On trouve trois races dans le Kalonkadougou : 1o Malinkés, 2o Peulhs, 3o Ouolofs.
1o Malinkés. — Les Malinkés sont maîtres du pays par le droit de premiers occupants. D’après les renseignements que nous avons pu recueillir, tout porte à croire qu’ils sont venus des bords de la Falémé, chassés par la guerre continuelle que leur faisaient les Almamys du Bondou. Nous les avons trouvés là tels que nous les avons vus partout, dans le Bambouck, le Manding, le Ouli, etc., etc... Voleurs, menteurs, ivrognes, ils sont d’une saleté repoussante et couverts de vermine. Là, comme ailleurs, le Malinké ne rêve qu’une seule chose, avoir assez de captifs pour faire ses lougans et ne pas travailler lui-même. Aussi, je ne crois pas exagérer en disant que, dans ce pays, la moitié de la population est captive de l’autre moitié et réciproquement. Leurs villages sont d’une malpropreté révoltante. Ils tombent littéralement en ruines, et cela, par défaut de soins et d’entretien. Une case menace-t-elle ruines, son chapeau est-il en mauvais état, on se gardera bien de les réparer. On construira plutôt une case neuve à côté de la première. Presque tous les villages Malinkés du Kalonkadougou sont entourés par les ruines de leurs anciens tatas. Les villages n’ayant plus, depuis notre protectorat, à redouter les attaques du voisin, on n’a plus entretenu le tata, devenu inutile. Celui qui entoure à l’intérieur les cases du chef est encore en assez bon état. Dans quelques villages, les parties écroulées du tata sont remplacées par un sagné. Mais tout cela est bien mal fait et bien insuffisant. On accède, en général, au village par une route étroite bordée de pieux de chaque côté formant une palissade derrière laquelle se trouvent les jardins du village. Toutes ces routes forment autour des habitations une sorte d’enchevêtrement qui peut en rendre l’attaque difficile pour des Noirs.
Le plus grand bonheur du Malinké du Kalonkadougou est de s’enivrer et de rester des journées entières sous l’arbre à palabres à causer et à priser, ou plutôt à chiquer des prises de tabac qu’ils se placent sur la langue à l’aide d’une sorte de petite cuiller en cuivre. Les femmes les placent entre la lèvre et l’arcade dentaire inférieures. Quant à la femme, comme dans tous les pays nègres, elle ne compte pas. C’est la bête de somme de la case.