2o Peulhs. — Les Peulhs du Kalonkadougou présentent absolument les mêmes caractères que ceux des autres pays du Soudan. Ils sont nomades, ne font jamais de villages définitifs et sont grands cultivateurs et grands éleveurs de bestiaux. C’est la richesse du pays où ils se trouvent. On connaît le Peulh, nous n’en ferons pas une nouvelle description, nous nous contenterons de signaler ses traits distinctifs. Grand généralement, élancé, bien fait, son visage ne présente aucun des attributs de celui du nègre. Les lèvres sont minces, le nez aquilin, le visage régulier. Sa couleur est plutôt jaune que noire. La femme est réellement femme et ne présente aucun des traits masculins qui sont le propre de la négresse. Les attaches sont fines, les extrémités petites et tout, dans son individu, révèle qu’elle occupe dans l’échelle des êtres un rang plus élevé que la négresse. Elle a le même rang qu’elle, par exemple, dans la société Peulhe. Le Peulh est d’une saleté repoussante et, de loin, on le reconnaît facilement à l’odeur toute particulière qu’exhale sa dégoûtante personne. Cette odeur est due à ce qu’ils ont l’habitude de s’enduire les cheveux et le corps de beurre et beaucoup aussi à ce qu’ils ignorent que l’eau sert aussi bien pour se laver que pour se désaltérer.
Les Peulhs forment, en général, des villages de peu d’importance. Ils construisent deux ou trois cases, au plus, séparées les unes des autres par des lougans. Chaque chef de case vit séparé des autres avec sa famille. Tout est provisoire chez eux, et ils sont toujours prêts à partir. Aussi leurs habitations sont-elles des plus rudimentaires et construites uniquement et complètement en paille.
Les Peulhs du Kalonkadougou sont des émigrés du Fouladougou. Ils ont quitté leur pays depuis quelques années déjà pour fuir les exactions de Moussa-Molo et de sa famille.
A l’encontre de leurs congénères du Kaarta, du Macina et du Fouta-Djallon, les Peulhs du Kalonkadougou sont des ivrognes fieffés, et la plus grande partie de leurs récoltes sont échangées, dans les factoreries de la Gambie, contre du gin ou de l’alcool frelaté.
Le Peulh est, dans le Kalonkadougou, ce qu’il est dans les autres pays où nous le rencontrons, la bonne vache à lait des maîtres du pays. Le Malinké ne se contente pas de lui faire payer l’impôt, mais encore il le pressure à chaque instant de telle façon que ceux-ci, exaspérés, parlent d’émigrer à nouveau et de retourner dans le Fouladougou. Il faut dire toutefois que, sous ce rapport, je n’ai pas entendu, dans le Kalonkadougou, des plaintes aussi vives que dans le Ouli.
Outre ces Peulhs nomades, il en est d’autres qui sont installés depuis fort longtemps dans le pays, mais toujours d’une façon toute provisoire. Ils se sont attachés aux Malinkés du pays, qui leur ont jadis donné l’hospitalité, et ceux-ci ne les tourmentent pas. L’impôt payé (le dixième de la récolte), ils ne réclament plus rien. Ces Peulhs sont, avec les Ouolofs, les grands cultivateurs du pays. Leurs lougans sont immenses et toujours fort bien entretenus.
3o Ouolofs. — Les villages ouolofs du Kalonkadougou sont peu nombreux. On sera étonné peut-être de les voir établis si loin de leurs lieux d’origine. Parmi eux, les uns sont venus du Bondou pour fuir l’etat de guerre perpétuelle qui y régna du temps des Almamys, et surtout pour se soustraire à leurs exactions. Les autres sont venus du Saloum, chassés par l’arbitraire des chefs du pays. Ce sont des gens calmes, paisibles, qui cultivent leurs vastes lougans, élèvent leurs bestiaux et ne s’occupent nullement des affaires politiques. Ils payent l’impôt au chef Malinké dont ils dépendent et qui les a reçus sur son territoire. Ils jouissent d’une indépendance et d’une liberté absolues.
Leurs villages sont un peu comme les villages Peulhs. Tout y est provisoire. Le Ouolof, du reste, ne construit pas en terre, et ses cases sont, en général, en paille. Elles sont construites soit avec des tiges de maïs, de mil, de bambou, ou simplement en chaume de Joncées et de Cypéracées. Les tiges sont placées de façon à être absolument jointives ; mais, malgré le soin qu’ils y apportent, elles laissent filtrer le soleil de partout, et la pluie y pénètre aisément. Parfois ils appliquent à l’extérieur une sorte de revêtement en argile, mais le cas est rare. Le chapeau est en chaume et fait généralement avec grand soin. Les cases sont rondes. Autre chose est le Ouolof, suivant qu’on le voit dans un des centres civilisés de notre colonie ou dans l’intérieur. Là, il est policé, civilisé. Ici, c’est absolument le nègre de la brousse. Les villages sont mal entretenus, sales, dégoûtants et lui-même ne le cède en rien au Peulh et au Malinké en malpropreté. Malgré cela, il est de beaucoup plus intelligent que les autres peuples du Soudan, et n’est pas rebelle comme le Malinké à tout progrès. Ses lougans sont avec ceux des Peulhs les plus riches du pays et les plus étendus. De plus, il élève force bestiaux, chose que n’a jamais su faire un Malinké.
C’est un fait que j’ai remarqué depuis longtemps, à savoir que moins un village possédait de captifs, et plus il cultivait. Ainsi le Peulh et le Ouolof n’ont que peu ou pas de captifs et ce sont eux qui possèdent les plus riches cultures et les mieux faites. Cela tient uniquement à ce qu’ils font tout par eux-mêmes.
Outre les Malinkés, Peulhs et Ouolofs dont nous venons de parler, il existe encore dans le Kalonkadougou un village, Cissé-Counda, qui est habité par des Malinkés marabouts. Ils vivent là absolument indépendants, ne payant l’impôt à aucun des chefs Malinkés et ne reconnaissent en rien leur suprématie. Ils sont, du reste, en fort bonne intelligence avec leurs voisins. Marabouts fanatiques, comme le sont tous les convertis à l’Islamisme, ils se contentent de faire leurs lougans et n’ont jamais avec leurs voisins que des relations de bon voisinage.