Telle est la population du Kalonkadougou. Les Malinkés et les Peulhs ne sont pas musulmans. Les Ouolofs pratiquent, au contraire, la religion du prophète, mais ils sont, en général, assez tièdes. Ouolofs, Malinkés, Peulhs et Marabouts de Cissé-Counda forment une population dont le total peut être estimé à environ 8.000 individus.

Situation et organisation politiques actuelles.Rapports du Kalonkadougou avec les autorités françaises. — Comme nous l’avons dit plus haut, le pouvoir territorial et politique est, dans le Kalonkadougou, entre les mains des Malinkés. Il y est partagé entre deux familles également puissantes, les Camara et les N’Dao. Leur autorité est à peu près égale, et ils se partagent également le territoire. Les Camara sont à l’Ouest et les N’Dao à l’Est. Les chefs de ces pays portent le nom de Massa, auquel on ajoute celui du village où ils résident. Ainsi on dit : Massa-Diambour, pour le chef des Camara et Massa-Coutia pour le chef des N’Dao. Ces chefs ne sont chefs que de nom car ils n’ont jamais été obéis par aucun de leurs sujets. Ce sont plutôt des juges : ils tranchent les différends qui peuvent survenir entre les particuliers et même entre les villages. A ce sujet le chef de Diambour aurait sur celui de Coutia une certaine suprématie, à telles enseignes, que si Massa-Coutia avait un différend, ce serait à Massa-Diambour qu’il devrait en appeler. Quoiqu’il en soit, ces deux chefs vivent absolument indépendants l’un de l’autre et on peut dire qu’il règne entre les deux familles une sorte d’hostilité jalouse.

Nous pouvons donc dire que, dans le Kalonkadougou, il n’y a aucune autorité réellement constituée. Chaque village est, pour ainsi dire, indépendant, et même dans les villages, les chefs eux-mêmes ne sont pas obéis. De plus, les captifs y tendent chaque jour davantage à s’affranchir de la domination de leurs maîtres.

Le nombre des villages qui appartiennent à chaque famille est à peu près le même des deux côtés ; mais, si l’on considère la surface en terrains cultivés, les N’Dao l’emportent de beaucoup et cela grâce à ce qu’ils ont dans leur sphère plus de villages Ouolofs et Peulhs que les Camaras. Nous donnons ci-dessous la liste des villages qui appartiennent à chaque famille.

1o VillagesCamara :
Villages MalinkésVillages Ouolofs
Diambour (résidence du chef).Barsafé
Dougousini.
Couppantou.Villages Peulhs
Kissan.
Lampori.Guidéré.
Kountata.Tierno.
Massime.Kissandi.
Calden.Ouro-Dianga-Samba.
Goundiourou.
2o Villages N’Dao :
Villages MalinkésVillages OuolofsVillages Peulhs
Velingara.Guiriméo.Sarabouia.
Daouadi.Passi.Kissandi.
Coutia-Coto.Diabaké.Kamidala.
Boulou.Mansa-Bakari-Counda.Saré-Dadi.
Coutia.Moussa-Botoré.
Kalibiron.
Malé.

Ce n’est que depuis 1886 que le Kalonkadougou a été placé sous notre protectorat par Monsieur le colonel Galliéni, commandant supérieur du Soudan français. Il fut alors visité une première fois par M. Liotard, pharmacien de deuxième classe de la Marine. Mais, en réalité, ce n’est que depuis 1889 que notre protectorat se fait sentir efficacement dans ce pays. Jusqu’à cette époque le Kalonkadougou n’était qu’un véritable repaire de bandits et de voleurs. Le vol et le pillage sont, on le sait, deux penchants favoris des Malinkés. Un dioula ne pouvait s’aventurer dans le pays sans être au moins mis à rançon, souvent complètement dépouillé et bien heureux lorsqu’il s’en tirait sans recevoir des coups. Les Peulhs eux-mêmes se mettaient de la partie et allaient en expéditions régulières enlever les bœufs des villages des pays voisins. Un semblable état de choses ne pouvait durer. Aussi en 1889, M. le capitaine Briquelot de l’infanterie de marine fut-il chargé de mettre tout ce monde-là à la raison. Des exemples furent faits, on désarma le pays. Tous les fusils furent brisés, on prit des otages et on infligea de justes amendes aux pillards. Une action aussi énergique ne devait pas tarder à porter ses fruits. En effet, le calme et la sécurité sont revenus dans le pays et les transactions commerciales peuvent s’y faire maintenant en toute liberté pour les marchands qui s’aventurent dans ces tristes régions.

Au point de vue administratif, politique et judiciaire, le Kalonkadougou relevait autrefois du commandant du cercle de Bakel, auquel devaient être soumises toutes les questions qui pouvaient intéresser le pays et ses habitants. Mais depuis les dernières dispositions prises par le gouvernement, le Kalonkadougou fait partie de la zone de terrain qui a été placée sous l’autorité du gouverneur du Sénégal.

Conclusions. — De tout ce que nous venons de dire, nous pouvons conclure que le Kalonkadougou n’est certes pas un pays d’avenir, mais qu’il serait facile d’augmenter sa production dans une notable mesure. Il suffirait pour cela d’y attirer le plus possible de Peulhs et de Ouolofs ; ce sont les grands producteurs du pays. De plus, il nous faut rendre aux chefs leur autorité et favoriser autant que possible l’émancipation des captifs. Réduits à leurs propres ressources, les Malinkés se mettront au travail et la production en sera augmentée d’autant. Il est urgent surtout d’y régler, d’une façon définitive, les questions de redevances et impôts à payer aux chefs, afin que ceux-ci, n’ayant plus une trop grande latitude, ne soient plus tentés de pressurer leurs sujets ; tenir enfin la main à ce que bonne et prompte justice y soit toujours rendue. Il serait bon enfin que, chaque année, un fonctionnaire quelconque, muni des pouvoirs nécessaires, visitât le pays et réglât sur place les affaires en litige. En agissant ainsi, nous croyons que notre protectorat sera réellement effectif et que le pays pourra se développer plus qu’il ne l’a fait jusqu’à ce jour. Nous ne parlerons pas ici des améliorations qu’il y aurait à apporter au mode de culture employé ; cela nous entraînerait trop loin et nous ferait dépasser le but que nous nous sommes proposé.