Le bois du caïlcédrat est rouge foncé et rappelle celui de l’acajou par sa couleur et sa texture. C’est pourquoi ce végétal a été souvent appelé l’acajou du Sénégal. Il est dur et très cassant, même lorsqu’il est vert. Malgré cela, on en fait à Saint-Louis et au Soudan de beaux meubles, et, en France, il pourrait servir pour les travaux d’ébénisterie les plus délicats.

Le Tamarinier (Tamarindus indica, L.), de la famille des Légumineuses césalpiniées, est un bel arbre dont le fruit est fort employé dans la thérapeutique indigène et qui rend également aux Européens de grands services. Très commun dans tout le bassin de la Gambie, il est facile à reconnaître, car il présente à un haut degré les caractères propres à la grande famille botanique à laquelle il appartient.

Son bois est dur, dense, solide, liant et bon pour le charronnage. On s’en sert beaucoup à Kayes pour faire des couples d’embarcations.

La pulpe du fruit du tamarinier est utilisée par les indigènes et les Européens dans la thérapeutique indigène. Elle a une saveur légèrement astringente et acidule. D’après Vauquelin, elle renfermerait des acides tartrique, citrique, malique, du bitartrate de potasse, du sucre, de la gomme, de la pectine. C’est un des meilleurs laxatifs et des plus inoffensifs. On trouve le tamarin sur la plupart des marchés du Sénégal et du Soudan sous forme de boules de la grosseur du poing environ. Ces boules sont de couleur rougeâtre quand elles sont fraîches, et brunes, presque noires, quand elles ont été récoltées depuis quelque temps. Elles sont formées par les graines et la pulpe, qui, réduite en pâte, les agglutine solidement. On y trouve encore des fragments d’écorce, des morceaux de la coque du fruit et surtout, en grande quantité, les fibres rouges qui, dans le fruit mûr, tapissent la face interne de la gousse.

La façon dont les noirs préparent le tamarin pour l’administrer est de beaucoup la meilleure. Elle a surtout pour résultat de donner une boisson d’un goût des plus agréables. Dans un litre et demi d’eau environ, on met à peu près à macérer à froid 50 à 60 grammes de pulpe, telle qu’on la trouve au marché, avec ses graines, ses fragments d’écorce et ses fibres rouges. En trois heures au plus, la pulpe a été complètement dissoute. On n’a plus qu’à décanter, et on obtient ainsi une liqueur d’un blanc roussâtre, à odeur et saveur acides, et légèrement astringente. Si on y ajoute un peu de sucre, on peut en faire une excellente limonade, qui nous a été souvent précieuse pendant les longues étapes. Trois ou quatre verres par jour de cette boisson suffisent pour maintenir la liberté du ventre, si précieuse sous ces climats malsains.

L’usage prolongé et en abondance du tamarin finit par fatiguer l’estomac et détermine des gastrites et des dyspepsies qui disparaissent dès qu’on cesse d’en consommer. On peut également manger la pulpe sans la faire dissoudre, en en débarrassant simplement les graines avec les dents ; mais on ne saurait trop s’en abstenir, malgré tout le plaisir que procure, pendant les grandes chaleurs, sa saveur acide, car elle détermine en peu de temps une gingivite souvent très rebelle et très douloureuse.

Sur les marchés du Soudan, la valeur du tamarin est d’environ 0 fr. 30 la boule de 250 grammes. Il est plus cher à Saint-Louis, Rufisque, Dakar et Gorée, où une boule de 150 grammes se vend couramment 0 fr. 50.

Dion-Mousso-Dion-Soulo. — Les indigènes du bassin de la Gambie emploient contre la blennorragie la racine d’une plante qu’ils désignent sous le nom de « dion-mousso-dion-soulo », ce qui signifie, en malinké du sud, Herbe de la femme captive. Elle est ainsi nommée parce que, dans les pays mandingues, la captive est, en général, la seule qui se livre ouvertement à la prostitution. Cette plante se trouverait, d’après les indigènes, en grande quantité particulièrement dans le sud de nos possessions soudaniennes. Il m’a été impossible de la déterminer, car, malgré tout ce que j’ai pu faire, je n’ai jamais eu un échantillon entier à ma disposition, mes confrères indigènes conservant avec un soin jaloux leurs secrets thérapeutiques. Cette racine, charnue, ayant à peu près la consistance du manioc, est rougeâtre à l’extérieur. Si on la casse, on la trouve blanche à l’intérieur et très aqueuse. Elle n’a pas de goût particulier, mais son odeur est légèrement vireuse. Voici comment cette racine est employée : On en sectionne environ 100 grammes par petits fragments, quand elle est fraîche, et on les fait bouillir dans un litre et demi d’eau environ. Quand le liquide est devenu d’un blanc laiteux, on le laisse refroidir, et on boit après l’avoir légèrement salé au préalable. La dose est d’environ deux à trois litres par vingt-quatre heures. Si, au contraire, on se sert de la racine sèche, on la pile et on prend pour une dose environ 60 à 80 grammes de la poudre ainsi obtenue. Elle est enveloppée dans un morceau d’étoffe et mise à bouillir dans deux litres environ d’eau. Quand la liqueur, comme plus haut, est devenue d’un blanc laiteux, on la sale légèrement, et on la laisse refroidir. La dose est la même que précédemment. Je crois que c’est un excellent diurétique, qui agit en même temps sur l’élément douleur, et cela d’une façon absolument efficace. J’en ai eu une preuve évidente à Nétéboulou, où un de mes hommes, atteint d’une violente et douloureuse blennorragie, se traita avec du dion-mousso-dion-soulo.

Barambara. — Le barambara est un petit arbuste qui croît de préférence sur les plateaux rocheux, dans les terrains pauvres et dans l’interstice des roches. Il nous a semblé être un Combretum, mais nous ne saurions dire lequel. Ses feuilles sont peltées, de petites dimensions. Leur face supérieure est d’un vert pâle, et leur face inférieure, blanchâtre, est couverte de poils qui donnent au toucher la sensation du velours. Cette couleur caractéristique du feuillage permet de reconnaître la plante de loin. Son port est celui d’un petit arbuste de 1m60 au plus. Si on écrase les feuilles dans la main, elles dégagent une odeur vireuse très prononcée. Les fleurs sont jaunâtres, toujours peu nombreuses, et les fruits ont l’apparence d’une drupe très coriace. La tige est cylindrique, généralement courte, et les rameaux sont polyédriques, à côtes très prononcées. Leur écorce est vert pâle, tandis que celle des rameaux principaux et de la tige est plutôt blanchâtre. Cet arbuste est très commun dans tout le Soudan. Ses rameaux servent partout aux indigènes pour se nettoyer les dents. Voici comment : on coupe un fragment d’environ 0m15 de longueur (son diamètre ne doit pas avoir plus d’un centimètre au grand maximum) ; on mâche une des extrémités, de façon à en faire une véritable brosse, avec laquelle on se frotte ensuite les dents. Ce procédé est excellent. Je crois que c’est à son fréquent usage que les noirs doivent de conserver si longtemps à leurs dents leur éclatante blancheur. De plus, le tannin qui s’y trouve en grande quantité contribue beaucoup à donner aux gencives une remarquable tonicité. Sur tous les marchés, on trouve ces petites tiges de bois. Elles se vendent couramment 5 centimes les cinq. Les Ouoloffs leur donnent le nom de sottio.

Les Malinkés de la Haute-Gambie vantent les propriétés fébrifuges de ses racines. Ils les emploient, fraîches ou sèches, en décoction et en macération. Dans le premier cas, si on se sert de racines fraîches, on en prend environ 200 grammes de petits fragments munis de leur écorce. On fait macérer pendant vingt-quatre heures dans environ un litre d’eau. D’autre part, on fabrique avec la même quantité, que l’on fait bouillir dans deux litres et demi d’eau, une légère tisane. La macération est administrée au début de l’accès de fièvre, et la tisane entre les accès. Cette macération donnerait, paraît-il, de bons résultats. Nous n’avons jamais été à même de les constater.