Ce n’est, à notre avis, que par une connaissance approfondie des richesses minières, agricoles et forestières de son sol que l’on peut arriver à se faire une idée exacte de ce que vaut, pour la colonisation, une contrée quelle qu’elle soit. Aujourd’hui que le courage de nos explorateurs et la vaillance de nos soldats nous ont dotés d’un immense empire colonial, il importe d’indiquer à ceux de nos compatriotes qui seraient désireux de contribuer à sa mise en valeur quels sont les produits indigènes dont l’exploitation serait capable de leur donner des résultats rémunérateurs.

Dans un programme d’étude aussi vaste il n’est pas, à notre avis, de travaux, si petits et si insignifiants qu’ils paraissent, qui n’aient leur importance. Aussi avons-nous cru qu’il serait de quelque intérêt de faire une revue rapide de la Flore utile du bassin de la Gambie et de faire connaître les végétaux que l’on peut rencontrer dans ces régions, encore peu explorées, ainsi que le parti que l’on pourrait en retirer pour notre commerce et notre industrie.

Mais, auparavant, quelques détails géographiques et géologiques me semblent indispensables pour bien faire comprendre au lecteur toute l’importance de cette petite portion du vaste continent africain. Dans ce but, je ne crois pas mieux faire que de reproduire ici ce que j’écrivais, il y a déjà un an, dans mon mémoire La France en Gambie, auquel la revue Les Nouvelles géographiques avait bien voulu accorder l’hospitalité de ses colonnes.

La Gambie est, après le Congo, le Niger et le Sénégal, le plus grand fleuve de la côte occidentale d’Afrique. Elle prend sa source dans le pays de Labé, à 30 ou 35 kilomètres au nord de cette grande ville noire, dans les environs du petit village peulh de Orédimmah. Ses sources ont été particulièrement visitées par Hecquart, Bayol et Noirot. Ce n’est d’abord qu’un mince ruisseau, que les indigènes désignent sous le nom de Dimmah. Elle prend rapidement une importance considérable par suite de l’apport des eaux d’un grand nombre de marigots qui descendent du versant est du contrefort que le Fouta-Djallon émet au nord, dans cette région. Les habitants lui donnent alors le nom de Gambia, qui lui reste jusqu’à son embouchure. C’est aussi le nom que lui avaient attribué les premiers voyageurs qui l’ont explorée. Non loin des sources de la Gambie se trouvent celles du Rio Grande, la Comba des indigènes. Quelques kilomètres seulement les séparent l’une de l’autre.

Sur les 100 premiers kilomètres de son cours environ, la Gambie suit une direction générale ouest-est. Elle oblique alors brusquement au nord, et suit cette direction jusqu’au gué de Tomborocoto. Là, son cours s’infléchit tout à coup vers l’ouest, et elle se dirige dans ce sens jusqu’à l’embouchure.

Le régime de ses eaux est celui de tous les grands fleuves de la côte occidentale d’Afrique. Comme le Sénégal et le Niger, elle présente dans le cours de la même année des différences considérables de niveau. Dans sa partie moyenne, celui-ci varie, en quelques mois, de 12 à 15 mètres, du moment où il est le plus bas à celui où il est le plus élevé. Pendant l’hivernage, la Gambie est un fleuve majestueux aux eaux bourbeuses, et dont le courant est excessivement rapide. Sa largeur est alors quadruplée. En maintes régions, elle déborde, et, comme le Nil, fertilise les terrains avoisinants. Mais, dès que cessent les pluies, elle rentre rapidement dans son lit et, à la fin de la saison sèche, elle laisse à découvert les barrages qui obstruent son cours, et de nombreux bancs de sable qui, en maints endroits, forment son lit. Il n’y a pas alors, à proprement parler, de biefs véritables, car il est peu de régions où la profondeur soit uniforme.

La Gambie reçoit un grand nombre d’affluents, si nous pouvons appeler ainsi les marigots qui l’alimentent. Sur sa rive droite, nous ne trouvons, à proprement parler, qu’un seul cours d’eau qui mérite réellement le nom de rivière, parce qu’il a une source qui lui est propre : c’est la rivière Oundou. Vu leur importance, on pourrait également donner ce nom au Niocolo-Koba qui arrose le Badon et le pays de Gamon, au Balé qui coule dans le Tenda et au Sandougou, qui sépare le pays de ce nom du Niani. Mais ces cours d’eau n’ont pas d’origine première véritable. Ils ne sont uniquement formés que par les nombreux marigots qui leur apportent les eaux de pluies et d’infiltration des contrées à travers lesquelles ils coulent. Quant aux marigots proprement dits qui se jettent dans la Gambie, sur sa rive droite, ils sont innombrables, et il serait fastidieux d’en donner ici une énumération complète. Sur sa rive gauche, elle ne reçoit qu’une seule rivière également, c’est le Koulontou, que les Anglais désignent sous le nom de Rivière Grey. Elle descend du versant ouest du contrefort du Fouta-Djallon, dont nous avons parlé plus haut. C’est une jolie petite rivière qui, dans la dernière partie de son cours, sépare le Kantora du pays de Damantan. Beaucoup de marigots sont aussi tributaires de la Gambie de ce côté.

On ne saurait, en réalité, donner aux marigots le nom d’affluents. Le régime de leurs eaux diffère, en effet, absolument de celui des cours d’eaux que l’on a l’habitude de désigner ainsi. Pendant l’hivernage, ils reçoivent le trop-plein des eaux du fleuve. Leur courant est alors dirigé du fleuve vers l’intérieur des terres. Pendant la saison sèche, en revanche, ils se déversent dans le fleuve ou rivière au bassin duquel ils appartiennent. Leur courant est alors dirigé en sens contraire du précédent. Une petite levée de terre ou de sable, suivant les régions, se forme peu à peu à leur embouchure. C’est un véritable barrage qui ne tarde pas à devenir assez élevé pour arrêter complètement l’écoulement des eaux. Il se forme ainsi dans tout leur cours, de distance en distance, de véritables réservoirs où les eaux croupissent et finissent par disparaître complètement, par évaporation, sous l’action de la chaleur solaire, et quand les terrains environnants, complètement desséchés, ne peuvent plus les alimenter.

Dans la dernière partie de son cours, les marigots que reçoit la Gambie ne sont plus, à proprement parler, des marigots. Ce sont de véritables diverticula du fleuve que les Anglais désignent sous le nom de Creek.

Depuis sa source jusqu’à son embouchure, les pays qu’arrose la Gambie sont, sur la rive droite : le pays de Labé, le Koïn, le Gadaoundou, le Sangala, le Gounianta, le Dentilia, le Badon, le Gamon, le Tenda, l’Ouli, le Sandougou, le Niani, le Badibou et le Bar. Sur sa rive gauche, nous trouvons : le Labé, le Yambéring, le Tamgué, le Sabé, le Niocolo, le Coniaguié, le Bassaré, le Damantan, le Kantora, le Fouladougou, le Guimara, le Diara, le Kian et le Combo. La population de ces différents pays peut s’élever à un total d’environ 400,000 habitants, dont 60,000 à peine résident sur le territoire anglais. Partout, sauf dans le Gamon, le Badon, le Damantan et le Kantora, les rives du fleuve sont éminemment fertiles et peuvent être cultivées avec profit.