D’après l’énumération qui précède, il est facile de se rendre un compte exact de l’immense superficie du bassin de ce grand fleuve africain. Qu’il nous suffise de dire que ses limites extrêmes sont : au nord, le 13° 50′ ; au sud, le 11° 30′ de latitude nord ; à l’est, le 13° 55′ ; à l’ouest, le 19° 12′ de longitude ouest.
A l’époque des basses eaux, le fleuve est navigable pour les grands vapeurs jusqu’à l’île de Mac-Carthy. De ce point, les navires de faible tirant d’eau peuvent remonter en toutes saisons jusqu’au barrage de Kokonko-Taloto ; au-dessus, on ne peut guère, du moins pendant la saison sèche, y faire circuler que des chalands en bois et à fond plat et des pirogues indigènes. L’entrée de son estuaire est beaucoup moins dangereuse que celle du Sénégal. La mer y est meilleure et surtout plus profonde. Les navires calant 3 mètres, par exemple, peuvent, en toutes saisons, venir mouiller devant Bathurst, et là on ne trouve pas moins de 20 mètres de fond au pied même des appontements des maisons de commerce.
La constitution géologique du sol du bassin de la Gambie diffère peu de celle des autres parties du Soudan français. D’une façon générale, on peut dire qu’il appartient tout entier à la période secondaire[1]. Certes, en maints endroits, on pourra signaler l’existence d’épaisses couches d’alluvions, mais le squelette, l’ossature elle-même de tout le pays se rattache absolument à cet âge géologique. Du reste, les roches qui la forment ne peuvent laisser aucun doute à ce sujet. On n’y rencontre guère, en effet, que des grès, des quartz simples ou ferrugineux et des schistes de toutes variétés, ardoisiers, lamelleux et micacés. Dans les vallées, la croûte terrestre est formée d’argiles compactes résultant de la désagrégation des roches qui composent le terrain ardoisier et, sur les plateaux, c’est la latérite qui domine. Partout où l’on rencontre ce dernier terrain, le sol est d’une surprenante fertilité, et les indigènes en connaissent si bien la richesse que c’est là, de préférence, qu’ils cultivent les arachides, le mil, le maïs, etc., etc., qui forment la base de leur nourriture. Les bords du fleuve et des marigots, sont, en général, couverts d’alluvions récentes qui sont transformées en belles rizières pendant la saison des pluies. En fait, la masse d’eau souterraine se trouve, suivant les régions, à des profondeurs variables. Sur ces plateaux, il faut parfois descendre jusqu’à 30 et 40 mètres pour la trouver, et dans ces plaines il n’est pas rare de la rencontrer à 1m50 au maximum. L’eau du fleuve et de la plupart des marigots est d’excellente qualité, ne contient aucun principe nuisible et est propre à tous les usages domestiques. Celle des puits présente souvent un aspect laiteux et contient en abondance des matières terreuses en suspension. Il suffit de la laisser reposer et de décanter ensuite pour avoir une eau absolument claire, limpide et potable.
L’orographie du bassin de la Gambie est des plus simples. L’aspect général de cette région est plat à l’ouest et montagneux au sud-est. Sauf en ce qui concerne le contrefort nord du Fouta-Djallon, il n’y a pas, pour ainsi dire, de système orographique bien déterminé. Les marigots et le fleuve lui-même, à partir du gué de Tomborocoto, coulent généralement entre deux rangées de collines parallèles dont la hauteur ne dépasse pas 60 à 70 mètres. Les collines qui forment les lignes de partage des eaux qui le séparent des bassins de la Falémé à l’est, du Saloum et du Sénégal au nord, et de la Casamance et du Rio-Grande au sud, sont à peine marquées et, en maints endroits, ces différentes régions se confondent et empiètent l’une sur l’autre. Enfin, on y rencontre fréquemment de ces petites collines isolées qui ne se rattachent à aucune chaîne, à aucun système et qui, selon toute apparence, ont été formées par les dépôts que les eaux ont laissés en se retirant à l’époque où cette contrée a dû émerger. Leur longueur ne dépasse pas 8 à 10 kilomètres, leur hauteur 40 à 50 mètres, et leur forme rappelle celle des buttes de nos champs de tir.
Le bassin de la Gambie appartient tout entier aux climats tropicaux par excellence. Sauf, toutefois, dans les régions qui avoisinent les massifs montagneux du contrefort nord du Fouta-Djallon, il est d’une remarquable insalubrité. La température y est naturellement élevée, surtout pendant la saison chaude. Pendant l’hivernage, au contraire, le thermomètre ne monte jamais bien haut. Il ne dépasse guère 30 à 32 degrés centigrades. Mais l’atmosphère y est absolument saturée d’humidité et d’électricité. Aussi cette saison y est-elle des plus pénibles à supporter, et c’est à cette époque de l’année que les Européens y sont le plus éprouvés. L’hivernage y est précoce et les premières pluies apparaissent au commencement de mai. Elles sont toujours très abondantes et durent jusqu’au mois de novembre. Les vents du sud-ouest règnent pendant toute cette saison. Durant la période sèche, au contraire, de novembre à mai, soufflent les vents brûlants d’est et de nord-est. A cette époque, le rayonnement nocturne est tel que, pendant les mois de novembre, décembre et janvier, il n’est pas rare de voir le thermomètre descendre parfois jusqu’à 10 degrés au-dessus de zéro et même plus bas. On comprend combien de semblables variations sont pernicieuses à la santé. De plus, la constitution géologique du sol contribue puissamment à augmenter l’insalubrité. Enfin, les nombreux marais et l’imperméabilité du sous-sol qui ne permet pas aux eaux de s’écouler en font un des pays les plus malsains du globe.
A l’exception de sa partie la plus septentrionale, qui est absolument stérile, aride, inculte et inhabitée, le bassin de la Gambie peut être, au point de vue botanique, rangé tout entier dans cette zone intermédiaire qui sépare les steppes soudaniennes et sénégalaises des régions tropicales et à végétation luxuriante qui forment notre colonie des Rivières du Sud. On peut aisément, d’après ce que nous venons de dire, se faire une idée générale de ce que peut être la flore de ces vastes contrées. A peu de différence près, nous trouvons dans les terrains limitrophes de la rive droite du fleuve les essences qui caractérisent le Sénégal et le Soudan français, et, dans les pays qui avoisinent la rive gauche, les végétaux propres aux climats chauds et humides des tropiques. Là, l’exploitation des richesses botaniques ne donnera jamais que de piètres résultats. Ici, au contraire, elle peut être éminemment rémunératrice.
Afin d’apporter plus de clarté à cette exposition, nous avons cru devoir adopter une classification basée surtout sur l’emploi que font les indigènes de ces végétaux, tout en ayant soin d’indiquer à quoi ils pourraient également nous être utiles.
I. — Plantes alimentaires.
Les végétaux qui entrent dans l’alimentation des indigènes qui habitent le bassin de la Gambie sont excessivement nombreux, et beaucoup d’entre eux ne sont pas à dédaigner même pour des palais européens. Nous citerons en première ligne le Mil.
Le Mil (Sorghum vulgare, Pers) forme au Sénégal, au Soudan, en un mot dans la plupart des régions de l’Afrique tropicale, la base de l’alimentation des indigènes et de leurs bestiaux. C’est une graminée de haute stature dont la tige atteint parfois en certaines régions 3 et 4 mètres de hauteur. Il croît, de préférence, dans les climats chauds, là où les deux saisons sèche et pluvieuse sont parfaitement tranchées. Il demande un sol assez fertile et riche surtout en nitrate de potasse.