Le Diabé n’est autre chose que le Henné (Lawsonia inermis, L.), de la famille des Lythrariées. Ce végétal est assez commun dans toute cette région, mais on le trouve surtout dans le Bambouck, le Dentilia et le Manding. Les indigènes en utilisent les feuilles pour teindre en jaune très foncé leurs cuirs ; mais elles sont surtout estimées des femmes qui s’en servent pour se colorer en rouge acajou les ongles et souvent aussi la paume des mains. Voici comment on procède pour obtenir cette coloration si appréciée des élégantes : On récolte les plus jeunes feuilles de diabé ; on les pile de façon à en faire une pâte bien homogène. Puis, on enduit de cette pâte chaque ongle. La main tout entière est ensuite enveloppée de feuilles quelconques et on a soin de maintenir très humide ce pansement pendant trois ou quatre jours. Puis, on l’enlève, et, les mains lavées, on trouve les ongles teints en jaune rougeâtre acajou. Cette coloration persiste pendant trois ou quatre mois ; après ce temps, il faut recommencer l’opération. Cette teinture des ongles est considérée par les négresses comme un attribut essentiel de l’élégance. Filles, femmes de chefs et de notables, ne manquent pas de la faire avec soin. Les griotes s’offrent parfois aussi ce luxe.
Cette pratique est surtout en honneur chez les Peulhs et chez les peuples qui appartiennent à cette race. Elle est plus rare chez les peuples de race mandingue. Quelques jeunes gens adoptent aussi cette mode, mais ce fait est peu fréquent.
Le henné est appelé Diabé par les peuples de race mandingue, et Pouddi par les Peulhs et leurs congénères.
VII. — Végétaux produisant du caoutchouc et de la gutta-percha.
Ils existent en quantité considérable dans tout le bassin de la Gambie et leur exploitation pourrait donner des résultats importants et des bénéfices certains.
Les Ficus sont très communs dans toute cette région. Ils donnent tous des caoutchoucs plus ou moins estimés. On y trouve les variétés les plus nombreuses de ce beau végétal. Les plus fréquentes sont : le Ficus sycomorus, L., le Ficus Afzelii, L., le Ficus rugosa, L., le Ficus macrophylla, Desf. Ce dernier est très commun, surtout dans le Bondou. C’est, pour ainsi dire, le seul arbre de toute cette région qui donne un beau feuillage. Le Ficus elastica, Roxb., est malheureusement assez rare ; on ne le trouve guère que dans la Haute-Gambie, la Haute-Falémé et dans le haut cours du Bakhoy et du Bafing. Nous en avons trouvé quelques rares échantillons dans le Dentilia, le Konkodougou et le Bambouck. Quant au Banyan (Ficus religiosa, W.), il est très commun dans tout le bassin de la Haute-Gambie où il atteint des proportions gigantesques. Le Niocolo, le Badon, le Dentilia et le Gounianta notamment en possèdent de superbes échantillons. A l’incision, il donne également du caoutchouc ; mais il paraîtrait qu’il est de plus mauvaise qualité que celui qui est extrait du Ficus elastica.
Les caoutchoucs qui nous viennent de la côte occidentale d’Afrique sont, en majeure partie, donnés par diverses grandes lianes de la famille des Apocynées. Il en existe dans tout le bassin de la Gambie un grand nombre de variétés. Nous ne parlerons ici que de celles dont l’exploitation pourrait donner des résultats satisfaisants. « Le caoutchouc qu’on en extrait est très inférieur aux caoutchoucs d’Amérique et d’Asie. Néanmoins, quand il a été travaillé tout frais, on parvient à en obtenir d’assez bons produits, tandis que si on le laisse d’abord s’égoutter et sécher à l’air, il éprouve à la surface une oxydation particulière à la suite de laquelle il se décompose et coule comme de la mélasse. Il exhale une odeur désagréable qui lui est propre et qu’il conserve même après la vulcanisation. » (Roret.)
Le Fafetone n’est autre chose que le Calotropis procera, R., Br., de la famille des Asclépiadées ; il donne par incision du caoutchouc. Fafetone est le nom ouolof de cette plante. Les Malinkés l’appellent N’goyo, les Bambaras N’gei et les Peulhs Poré. C’est une liane qui atteint parfois des dimensions considérables. Elle croît partout dans les Rivières du Sud, au Gabon, au Fouta-Djallon, sur les bords du Tankisso et dans la majeure partie des régions situées dans la boucle du Niger. Elle aime un terrain humide ; aussi est-elle très commune dans les pays où l’hivernage se prolonge. Au Soudan, au contraire, où la saison des pluies ne dure guère plus de quatre mois au maximum, on ne la trouve que sur les bords des marigots. Elle fait absolument défaut dans le Bondou, le Ferlo, le Kaméra, le Fouladougou, le Bambouck et le Manding. Elle est, par contre, très abondante dans les bassins de la Gambie et de la Haute-Falémé. Elle sécrète un suc laiteux qui, par évaporation, donne du caoutchouc d’excellente qualité.
Les noirs du Soudan ignorent absolument tout procédé pour recueillir le caoutchouc. Ce n’est guère qu’à partir de la Gambie qu’on commence à le récolter, et la production augmente sensiblement au fur et à mesure qu’on s’avance dans le sud. Mac-Carthy est le point le plus septentrional où l’on commence à voir apparaître ce précieux produit. Les indigènes du sud de la Gambie en apportent chaque année davantage aux comptoirs de la Compagnie française de la côte occidentale d’Afrique et de la Bathurst trading Company, limited. En 1890, il en a été acheté environ 4,500 kilog. et, d’après les renseignements qui m’ont été donnés, cette quantité n’était qu’un minimum comparé aux achats faits depuis. Le caoutchouc que les indigènes apportent aux factoreries de la Gambie est en boules, de la grosseur du poing environ. Sa couleur est brun foncé à la surface ; mais, à l’intérieur, il est d’un blanc grisâtre. Quand on les fend par le milieu, on constate à l’intérieur des lacunes assez grandes remplies d’un liquide parfois abondant, surtout quand la récolte a été faite récemment. Ce liquide est absolument nauséabond. Aussi les commerçants, avant d’acheter, ont-ils l’habitude de fendre les boules pour le faire écouler et aussi pour s’assurer que le caoutchouc n’est pas fraudé ; car les indigènes ont l’habitude, dans certaines contrées, d’introduire des cailloux à l’intérieur des boules. A Mac-Carthy, le caoutchouc se vend à peu près 1 fr. 25 le kilog. Les noirs mélangent parfois à leur stock de boules, des boules de gutta. Les traitants les refusaient toujours comme du caoutchouc de mauvaise qualité ; il n’en est plus de même aujourd’hui.
Les Dioulas emploient, paraît-il, l’écorce du fafetone comme stimulant. Ils lui attribuent des vertus aphrodisiaques. L’écorce de la racine est connue depuis longtemps en matière médicale sous le nom d’écorce de Mudar ; elle est réputée tonique et diaphorétique. Les feuilles de ce végétal ont de plus, pour les Malinkés du Ghabou et les Peulhs du Fouladougou, la propriété de clarifier l’eau. Les Pahouins du Gabon, les Soussous et les Balantes fabriquent avec ses fibres des fils très résistants. Enfin, les graines sont entourées d’une courte soie qui sert à faire des fils qui, colorés en jaune ou en rouge, servent à coudre les boubous des élégants du Fouta-Djallon. On dit que cette soie serait dangereuse à manier et à travailler, car elle est très cassante et les petits fragments que l’on en peut absorber par la voie respiratoire détermineraient de graves affections pulmonaires.