Parmi les végétaux de cette catégorie, nous pouvons encore citer le Baobab (Adansonia digitata, L.), Malvoïdées. Les fibres de son écorce servent à fabriquer des cordes excessivement résistantes. Celles du Bambou (Bambusa arundinacea, L.), Graminées, sont employées aux mêmes usages. Il en est de même de celles des feuilles du Rônier (Borassus flabelliformis, L.), Palmiers. Les feuilles du Bananier (Musa paradisiaca, L.), Musacées ; celles de l’Agave (Agavus americana, L.), Agavées, renferment également des fibres que le tissage pourrait utiliser. Le squelette fibreux du fruit de la Liane-Torchon (Momordica operculata ou muricata, L.), Cucurbitacées ; les fibres du Fafetone (Calotropis procera, R. Br.), Asclépiadées, et la soie qui entoure ses graines sont encore employés soit pour la couture, soit pour la fabrication de cordages et le tissage des étoffes. Enfin, on pourrait également faire servir aux mêmes usages les fibres de l’Ananas (Bromelia ananas, L.), Broméliacées, et celles de l’Aloès (Aloé, L.), Liliacées, qu’il serait facile de cultiver dans ces régions où ils prospèrent d’une façon remarquable.

VI. — Végétaux pouvant être utilisés pour la teinture.

Le plus commun, et celui qui pourrait donner lieu à l’exploitation la plus rémunératrice, est l’Indigo. Ce végétal est très commun dans toute cette région et chaque village en possède plusieurs beaux lougans aux environs des cases. Les indigènes en retirent la couleur bleue dont ils se servent pour teindre leurs étoffes. L’indigo de la Gambie est donné par l’Indigofera tinctoria, L., Légumineuses papilionacées. La culture de cette plante est très facile. Elle croît, pour ainsi dire, spontanément, et on n’a besoin absolument que de la semer. Ses feuilles sont récoltées vers la fin du mois de novembre et les ménagères leur font subir la préparation suivante : On les fait sécher au soleil et macérer ensuite dans environ trois fois leur poids d’eau pendant plusieurs heures ; on y ajoute une petite quantité de cendres, on laisse reposer et on décante. Le produit ainsi obtenu est alors pétri en pains qui ont la forme de cônes et mis à sécher au soleil. On a soin tous les soirs de les rentrer pour ne pas les exposer à l’humidité. Ces pains ont à peu près la forme conique. Leur poids varie de 500 grammes à 3 et 5 kilog. C’est sous cette forme, ou bien en petits fragments, que l’on trouve l’indigo sur tous les marchés du Soudan. Son prix varie de 4 à 6 francs le kilog. Cet indigo donne une couleur bleu violacé, qui est en grand honneur chez tous les peuples du Soudan. Mais elle passe rapidement et les étoffes qu’elle a servi à colorer déteignent au lavage. Les indigènes ignorent, en effet, les procédés les plus efficaces pour la fixer. Ils ne se servent, pour cela, que des cendres d’un arbre très commun dans toutes ces régions, le Rhatt (Combretum glutinosum, G. et Perr.), Combrétacées.

Bien que l’indigo du Soudan soit de qualité inférieure aux indigos de Java, du Bengale et d’Amérique, nous estimons qu’il pourrait être utilisé avec fruit par nos industriels. C’est pourquoi nous devrions faire tous nos efforts pour propager dans notre colonie cette plante dont le rendement considérable sera certainement rémunérateur.

Le Rocouyer (Bixa orellana, L.), Bixacées, existe à l’état sauvage dans le bassin de la Gambie. Les indigènes ne le cultivent pas. Il est de plus relativement rare. Les graines de cet arbuste, écrasées dans l’eau chaude, donnent une matière colorante rouge et résineuse que l’on désigne sous le nom de rocou. Cette matière une fois fermentée et desséchée est dure et peu odorante. Elle renferme deux principes colorants : un rouge vif que l’on désigne sous le nom de bixine, qui est résineux et soluble dans l’alcool bouillant, et un jaune appelé orelline, qui est soluble dans l’eau, l’alcool et l’éther. Le rocou du commerce exhale une odeur nauséabonde parce que, pour le maintenir mou, on l’additionne d’urine.

Le rocouyer se reproduit de lui-même et pousse très rapidement dans les terrains humides.

Le Calama, que les Ouolofs appellent Rhatt ou Rehatt, est un beau végétal de haute taille. C’est une Combrétacée, le Combretum glutinosum, Perr. Il croît, de préférence, dans les terrains pauvres en humus, sur les terrains rocheux et sur le versant des collines. On le trouve partout au Soudan, mais c’est surtout dans le Bambouck, le Birgo, le Gangaran, le Manding et le Bélédougou qu’il est le plus commun. Les Malinkés l’emploient surtout en teinture. Ce végétal est appelé Calama par les Bambaras, Rehatt ou Rhatt par les Ouolofs, Kéré par les Malinkés et Kodioli par les Sarracolés. Les cendres de son bois servent à fixer les couleurs de l’indigo ; les Bambaras et les Malinkés surtout retirent de ses feuilles une couleur qui leur sert à teindre en jaune sale et en rouge couleur de rouille leurs boubous et leurs pagnes.

Cette couleur est, pour ainsi dire, la couleur nationale des Malinkés. Ils l’affectionnent tout particulièrement. Voici comment ils procèdent : Ils récoltent les feuilles sur l’arbre quand elles sont encore très vertes, les font sécher, puis les écrasent entre leurs mains. Ceci fait, on verse dessus environ deux fois autant d’eau qu’il y a de feuilles, et on laisse infuser à froid pendant au moins vingt-quatre heures. On plonge alors l’étoffe à teindre dans cette infusion et on la laisse tremper pendant douze heures. On la retire alors et on fait sécher. La teinte plus ou moins foncée donnée à l’étoffe tient non pas au temps plus ou moins long qu’elle reste dans la liqueur, mais au degré plus ou moins grand de concentration de celle-ci. Cette couleur est aussi contenue dans les racines, mais je ne me souviens pas avoir entendu dire qu’elles soient utilisées par les indigènes.

Cette teinture est très adhérente. On la fixe à l’aide des cendres du végétal lui-même. Elle résiste même à la pluie, au lavage à l’eau chaude et au savon. Chez les Bambaras et les Malinkés, les femmes de forgerons acquièrent une véritable habileté pour la préparer. La façon de cette teinture se paie environ cinq moules de mil (8 kilog. à peu près) par pagne ou par boubou.

Les feuilles du Khoss (Nauclea inermis, H. Bn.) donnent également une belle couleur jaune que les indigènes utilisent pour teindre leurs cuirs. Il en est de même de la Morinde (Morinda citrifolia), Rubiacées. La couleur que l’on retire de ce dernier végétal est d’un beau jaune safran. Enfin, des feuilles et des tiges de certaines variétés de Mil (Sorghum vulgare, L.), Graminées, le Baciba et le Guessékélé, par exemple, les forgerons retirent, je ne sais trop par quel procédé, une belle couleur rouge vineux qui leur sert à teindre les pailles avec lesquelles ils tressent leurs corbeilles, leurs chapeaux et les paillassons destinés à couvrir les calebasses.