Le terrain est, au préalable, bien débarrassé de toutes les herbes qui pourraient entraver le bon développement du végétal. Quand elles sont sèches, on les réunit en tas et on les brûle. Les cendres sont répandues sur le sol et contribuent à le fertiliser. Puis, à l’aide de la pioche, on pratique des sillons distants les uns des autres d’environ 40 centimètres. La terre en est bien relevée en dôme et, quand tout est fini, on croirait que tout ce travail a été fait à la charrue. C’est sur le point culminant de ces sillons que sont faits les semis. On pratique simplement, à l’aide d’un morceau de bois, un trou de 5 à 6 centimètres de profondeur dans lequel on introduit deux ou trois graines que l’on recouvre d’un peu de terre. Le coton lève environ deux semaines après avoir été semé. Il rapporte six ou sept mois après. Une plantation faite en juin fleurit vers la fin d’octobre, et la récolte peut être faite en janvier ou février. Ce n’est guère que lorsque la capsule s’est ouverte et que les soies s’en échappent que l’on y procède. Ce travail, peu pénible, est fait par les femmes et les enfants. La cueillette terminée, le coton est étendu sur des nattes, au soleil, afin de le bien sécher et de le faire blanchir. Puis, les graines sont enlevées et séparées de la bourre. Celle-ci, si on ne l’emploie pas immédiatement, est placée dans des vases en terre où elle est absolument à l’abri de l’humidité. A leurs moments perdus, le soir notamment, dans les dernières heures du jour, les femmes le filent à l’aide de petits fuseaux analogues à ceux dont on se sert encore dans nos campagnes, et fabriquent un fil très résistant avec lequel les tisserands tissent ces étoffes si appréciées des noirs et dont, en maintes régions, ils se servent comme monnaies.
De tout temps, les indigènes ont cultivé et utilisé le coton, et bien avant notre installation dans le pays, ils savaient en fabriquer des étoffes. Mais pour cela, comme pour tout du reste, ils font preuve de la plus grande imprévoyance et ne récoltent que ce qui leur est absolument nécessaire pour leurs besoins. La production, depuis que ces régions sont soumises à notre autorité, n’a pas augmenté d’un kilogramme. Il faut dire aussi que nous n’avons rien fait pour cela.
Le coton le plus commun en Gambie est le coton à courte soie (Gossypium Punctatum, Guill. et Perrotet). Il est loin d’être aussi beau qu’on a bien voulu le dire. Si l’on ne regarde que la couleur, il est d’une blancheur éclatante. Mais il est peu souple, difficile à filer et, surtout, le rendement est peu considérable. En résumé, un coton de cette valeur n’est pas commercial en Europe. En 1827, on a bien tenté d’acclimater, au Sénégal, les espèces les plus estimées sur nos marchés. Successivement, on y a cultivé les espèces indicum, Lk. ; hirsutum, L. ; barbadense, L. ; acuminatum, Roxb. ; mais aucune n’a donné de résultats satisfaisants. Les essais ont dû être abandonnés. Il en sera encore de même aujourd’hui. Seule, l’espèce indigène y réussira. Le climat, la nature du sol n’ont pas changé et ne permettront jamais aux cotons de qualité supérieure d’y prospérer. Bien plus, nous sommes intimement persuadé qu’ils y dégénéreront aussi bien que les autres végétaux que l’on a voulu y importer. Il serait bien plus logique d’améliorer par la culture celui qui y croît déjà que de tenter des expériences qui ne seront jamais, quoi qu’il arrive, rémunératrices.
Outre les espèces dont nous venons de parler, il en existe encore une autre dite Gossypium intermedium, Tod. Peu abondante dans le bassin de la Gambie, elle est surtout cultivée au Sénégal et dans le Grand-Bélédougou. Elle donne un coton plus grossier, de couleur jaune sale et dont les soies adhèrent fortement aux graines. Le tissu que l’on en obtient est plus grossier et de moins bonne qualité que le tissu que donne la première.
Les graines sont peu utilisées en dehors des semis. En Gambie, on en extrait parfois l’huile et l’on s’en sert dans la thérapeutique courante, surtout pour le pansement des plaies. En temps de disette, les indigènes mangent parfois les jeunes feuilles de coton sous forme de bouillie. On en fait également des cataplasmes très émollients, et elles servent à préparer des bains souverains, disent-ils, contre les douleurs rhumatismales des extrémités.
Le Fromager (Bombax ceiba, L.) est une malvoïdée de la famille des Bombacées. Sa tige est très volumineuse et atteint parfois jusqu’à 8 et 10 mètres de hauteur. On montre, à Goniokori, les deux fromagers sous lesquels campa Mungo-Park lorsqu’il passa dans le village, et tous les Européens les connaissent sous le nom de : « Fromagers de Mungo-Park. » Ils ont des dimensions réellement gigantesques.
L’écorce du fromager ordinaire est d’une belle couleur vert lézard. Elle est couverte d’épines volumineuses très acérées et qui se détachent difficilement. Le bois, très tendre, est peu employé. Les feuilles sont alternes, stipulées et généralement peu abondantes. L’arbre en porte toute l’année. Il fleurit en janvier ou en février et ses fruits arrivent à maturité en juin ou juillet. Ces fruits secs ont l’endocarpe chargé de poils à l’intérieur, et ils renferment une trentaine de graines qu’entoure une sorte de bourre laineuse caractéristique qui permet aisément de reconnaître ce végétal.
Le fromager proprement dit croît dans les terrains légèrement humides et a besoin d’une forte terre pour bien prospérer. Nous en avons vu à Mac-Carthy de beaux spécimens.
Il existe au Soudan deux sortes de fromagers : le fromager proprement dit et le Dondol. Ce dernier présente des particularités qui méritent d’être signalées. A l’encontre de son frère, il croît, de préférence, dans les terrains pauvres en humus, surtout sur les plateaux ferrugineux, si communs dans ces régions arides et désolées. Il n’acquiert jamais les énormes proportions du fromager proprement dit. Le diamètre de sa tige ne dépasse guère 40 ou 50 centimètres au maximum. Son écorce, au lieu d’être verte, a une couleur brun noirâtre prononcée. Elle est profondément fendillée et il n’y a que les jeunes rameaux qui présentent des épines peu adhérentes et qui tombent au bout de deux ou trois ans. Ses rameaux sont peu nombreux et de petites dimensions si on les compare au tronc. Ils ne portent que de rares feuilles alternes et stipulées, peu persistantes, et qui tombent dès les premières chaleurs. Les feuilles ne se montrent que longtemps après la floraison. Celle-ci a lieu vers la fin de décembre. A cette époque, l’arbre se couvre de belles fleurs d’un rouge vif qui sont absolument caractéristiques de ce végétal. Elles ne durent guère que trois à cinq jours au plus et tombent naturellement. Au pied de l’arbre, le sol en est littéralement jonché. Rien de curieux à voir comme le dondol en fleur : on dirait un superbe pied de flamboyant, mais absolument dépourvu de feuilles. Du rouge, rien que du rouge, les rameaux disparaissent entièrement sous cette avalanche de couleurs vives et chatoyantes. A ces fleurs succèdent, en quantité relativement considérable, les fruits. Ces fruits sont secs, déhiscents, à coque de couleur marron foncé, et s’ouvrant aisément au choc. La grande chaleur suffit pour les faire éclater quand ils sont arrivés à maturité. L’endocarpe est chargée de poils doux et soyeux à l’intérieur. La cavité de ce fruit (tous ceux qui ont vécu au Soudan le connaissent bien) est remplie par une bourre épaisse, laineuse, douce au toucher, et ayant à la lumière le reflet de la soie. A l’époque de la maturité, c’est-à-dire en mai, juin et juillet, le sol en est couvert au pied des arbres. Elle est excessivement légère, très riche en nitrate de potasse, et, même sous un gros volume, s’enflamme rapidement et brûle comme le coton-poudre en ne laissant qu’un résidu absolument insignifiant. Cette bourre est très difficile à tisser et à filer. J’ai, cependant, entendu dire que les indigènes du Canadougou, pays situé à l’est du Niger, dans la partie la plus méridionale de sa boucle, s’en servaient parfois pour fabriquer des étoffes de prix et pour exécuter de fines broderies. Elle est, par contre, très bonne pour confectionner des matelas et des oreillers ; nous l’avons souvent employée à cet usage.
Cette bourre enveloppe une trentaine de graines noirâtres qui diffèrent de celles du fromager ordinaire, d’après M. le professeur Cornu, du Muséum d’histoire naturelle de Paris, en ce qu’elles ne sont pas bosselées. Je dédie cette espèce nouvelle à M. le professeur Cornu, en l’appelant Bombax Cornui.