Le Détar (Detarium senegalense, Gmel) est encore une légumineuse césalpiniée que les Ouoloffs appellent Méli ; les Malinkés l’appellent Mambo, et les Bambaras Manaba. C’est un bel arbre de 5 à 8 mètres de hauteur. Il croît surtout dans les régions septentrionales du bassin de la Gambie et dans le Bondou. Feuilles alternes, fleurs axillaires disposées en grappes, calice à quatre divisions. Corolle à l’état embryonnaire, dix étamines, ovaire uniloculaire, biovulé. Le fruit est une drupe dont le sarcocarpe est abondant. La chair de ce fruit est farineuse et sa couleur verdâtre est caractéristique. Il ressemble à une pomme grise dont la peau serait rugueuse au toucher. On en trouve en grande quantité sur les marchés du Sénégal et du Soudan, et les indigènes en sont excessivement friands. Quand on le mange avant qu’il soit arrivé à maturité complète, il a un goût âpre absolument désagréable. Mais quand il est bien mûr, il est, au contraire, excessivement parfumé. Il passe pour un des fruits les plus nourrissants du Soudan. L’écorce de l’arbre serait un poison très violent.
Il existerait dans le Rio-Nuñez une variété de détar dont le fruit, absolument semblable au précédent, serait excessivement vénéneux.
L’Hojou (Argemone mexicana, L.), Papavéracées, croît spontanément dans la brousse. On la trouve en notable quantité dans les régions désertes et incultes du Tenda, du Kantora et du Damantan. C’est une plante annuelle à tige épineuse et à latex jaune citron. Feuilles alternes, fleurs terminales, calice à trois divisions, corolle à quatre pétales jaunes. Étamines en nombre variable, ovaire uniloculaire, pluriovulé. Le fruit est une capsule épineuse s’ouvrant par trois valves.
Toutes les parties de la plante sont utilisées dans la thérapeutique. Les graines sont purgatives. Elles donnent une huile dont les propriétés drastiques sont aussi énergiques que celles de l’huile de croton ; elles sont également vomitives. Les fleurs sont narcotiques. Le latex sert à panser les verrues. Il contiendrait également de la morphine. Enfin, l’écorce de la tige et de la racine est employée en décoction contre les maladies de la peau et de la vessie. Toutefois, les renseignements que j’ai recueillis sur cette plante me permettent d’affirmer que seuls les indigènes du Tenda l’emploient pour combattre cette maladie de peau particulière qui y est si commune et qui a pour conséquence de détruire complètement le pigment des parties du corps qui en sont atteintes. Ils utilisent particulièrement le latex comme substitutif.
Beaucoup d’autres plantes sont encore utilisées par les habitants de la Gambie dans leur thérapeutique. Elles sont trop connues pour que nous en fassions une histoire complète. Nous nous contenterons de citer ici les principales. Le Touloucouna (Carapa touloucouna, Guill. et Per.), Méliacées, dont l’huile est préconisée contre les rhumatismes, les dartres et les maladies du cuir chevelu. L’Anacarde (Anacardium occidentale, L.), Térébinthacées, dont les feuilles sont employées en lotions et gargarismes astringents. La racine est regardée comme purgative. Le Benailé (Moringa pterygosperma, Gærtn), Capparidacées. Les fruits sont connus sous le nom de noix de ben. L’embryon est purgatif et fébrifuge. L’écorce et la racine sont antiscorbutiques, rubéfiantes et vésicantes. Le Guiguis (Bauhinia reticulata, Guill. et Per.), Légumineuses césalpiniées, dont les feuilles sont expectorantes et l’écorce antidiarrhéique et antidysentérique. Le Cassia absus, L., Légumineuses césalpiniées, dont les graines sont employées contre les ophtalmies. Le Papayer (Carica papaya, Gærtn), Bixacées, dont les graines sont anthelminthiques. Le fruit, riche en papaïne, est digestif et stomachique. Le Dartrier (Cassia alata, L.), Légumineuses césalpiniées, antiherpétique. Ce sont ses feuilles qui sont utilisées surtout. Le Djandam (Boscia senegalensis, Lamk.), Capparidacées, est préconisé contre les maux de tête. Ce sont ses feuilles, bouillies et réduites en pâte, qui sont généralement employées. L’écorce du Connarus africanus, Cov., Connaracées, est employée en décoction pour panser les plaies et les brûlures. Les graines de Cassia tora, L., Légumineuses césalpiniées, servent à frauder le café en poudre. Le mélange (1 café, 5 cassia) est connu sous le nom de cassophy. Ce végétal est regardé comme purgatif et anthelminthique. Il est surtout employé dans la thérapeutique des enfants. L’infusion des feuilles du Dialium nitidum, Guil. et Per., Légumineuses césalpiniées, Cocito en malinké, est réputée sudorifique. Le Pterocarpus erinaceus, (Poir.), Légumineuses papilionacées, Vène en ouoloff, Kino en malinké, donne le Kino de Gambie. L’écorce du Benténier (Eriodendron anfractuosum, D. C.), Malvacées, est émétique. Ses feuilles sont émollientes. Sa gomme est employée contre certaines affections de l’intestin et surtout contre les entérites chroniques. Le Zanthoxylum senegalense (D. C.), Rutacées, est regardé comme sudorifique et stimulant. Le Quassia africana, L., Simaba africana, H. Bn., Rutacées, est fébrifuge et surtout stomachique et tonique. La Pourguère (Jatropha curcas, L.), et le Ricin (Ricinus communis, L.), Euphorbiacées, sont des purgatifs bien connus. La Brucea antidysenterica, Mill., Rutacées, est un excellent tonique réputé antidysentérique. Le Guenoudek (Celastrus senegalensis, Lamk.), Célastracées, est un purgatif léger précieux contre les diarrhées chroniques. La racine, le bois et l’écorce du Terminalia macroptera, Guill. et Per., Combrétacées, sous forme d’infusion, sont purgatifs. Les fruits sont astringents et employés contre la dysenterie. Le Guiera senegalensis, Lamk., est diurétique et purgatif. Ses feuilles sont utilisées sous forme d’infusions.
Les graines de l’Amomum melegueta, Rosc., en ouoloff Enoué, sont employées dans la médecine vétérinaire. Le Guieb-Golo ou Riz de Singe (Vitis quadrangularis, L.), Ampelidées, est utilisé comme topique dans les brûlures. Ce sont les tiges qu’on emploie de préférence, pilées et réduites en pâte bien homogène. Le beurre de karité, que donne le Butyrospermum Parkii, Kotsch, Sapotacées, sert à panser les plaies et ulcères de mauvaise nature. Il est aussi utilisé contre les douleurs rhumatismales. L’écorce du Calotropis procera, R. Bn., Asclépiadées, connue sous le nom d’écorce de Mudar, est réputée tonique et diaphorétique. Celle du Garigari (Avicennia africana, P. Beauv.), Verbénacées, est employée par les indigènes pour combattre la gale. Le Calebassier (Crescentia cujete, L.), Solanacées, jouit également de propriétés thérapeutiques précieuses. On utilise son fruit dans les bronchites rebelles, et il est également employé sous forme de cataplasme contre les inflammations. Le Perianthopodus globosus, H. Bn., Cucurbitacées, est employé comme purgatif. Le Canthium afzelianum, Hiern, Rubiacées, est employé comme astringent. Ses feuilles sont utilisées pour combattre l’enflure des jambes (?). On les applique comme cataplasmes sur les parties malades, après les avoir fait bouillir au préalable. L’écorce de l’Eugenia guineensis, H. Bn., (Sizygium guineensis, D. C.), Myrtacées, employée sous forme de décoction et d’infusion, est regardée comme stimulante, antirhumatismale et antisyphilitique. Le fruit du N’taba (Sterculia cordifolia, Rob. Brown), Sterculiacées, est employé contre certaines diarrhées rebelles par les indigènes de la Haute-Gambie.
Nous mentionnerons enfin, en terminant, le Kola (Kola acuminata, R. Br. ; Sterculia acuminata, Pal. Beauv. ; Sterculia verticellata, Shum. et Thoun.), Sterculiacées, que les indigènes désignent, suivant les régions, sous le nom de Ouoro, Gourou, etc. Bien que ce végétal ne croisse absolument nulle part dans aucune région du bassin de la Gambie, nous ne croyons pas devoir le passer sous silence, car les indigènes en font une abondante consommation. Ses graines, connues sous le nom de noix de kola, leur viennent par Bathurst et Mac-Carthy. Après les remarquables travaux de M. le professeur Heckel, de Marseille, nous n’avons rien à dire au sujet des propriétés thérapeutiques de ce précieux végétal, qui est passé aujourd’hui dans la pratique courante. Nous prions donc le lecteur que cette question pourrait intéresser, de vouloir bien consulter le livre de notre savant maître et ami : Les Kolas africains (Société d’éditions scientifiques, Paris, 1893), et notre mémoire : La Noix de Kola (Bulletin de la Société de géographie commerciale de Bordeaux, mars 1893, no 5).
V. — Végétaux produisant des matières textiles.
Les végétaux de cette catégorie sont particulièrement communs dans le bassin de la Gambie. Nous nous contenterons de parler ici des principaux, de ceux seulement que notre industrie pourrait utiliser.
Le Cotonnier (Gossypium punctatum, Guill. et Perrotet), de la famille des Malvacées, croît d’une façon remarquable dans tout le bassin de la Gambie. Les indigènes en font de superbes lougans (champs cultivés) auxquels ils apportent un soin relativement attentif. Ces lougans sont généralement situés aux alentours du village afin que les femmes et les enfants, auxquels incombe le soin de la cueillette, ne s’écartent et ne s’éloignent pas trop au moment de la récolte.