Bambou (Bambusa arundinacea, Retz.), Graminées. Le bambou, par ses usages multiples, est un des végétaux les plus précieux des régions équatoriales et intertropicales. En Cochinchine, où il n’en existe pas moins de huit espèces auxquelles les Annamites donnent les noms de Tre-lang-nga, Tre-xiem, Tam-vong, Tre-lau, Tre-mo, Tre-gai, Tre-bong, Tre-buong ; ils s’en servent pour faire des poteaux, des poutres, des manches de lances, d’outils, des pieux, des bancs, des sièges, des objets de vannerie, etc., etc. A la Martinique, où il est très commun et où il acquiert des dimensions considérables, il constitue l’espèce végétale la plus utile par sa force de résistance, la dureté de son épiderme siliceux et la légèreté que lui communique la cavité centrale de ses tiges sans nuire à sa résistance. On l’y utilise particulièrement pour faire des tuyaux pour le drainage, des gouttières, des charpentes, etc. A la Nouvelle-Calédonie, le bambou est surtout employé par les Canaques pour confectionner des cannes, des piques. Ses éclats tiennent lieu d’instruments de chirurgie, de couteaux, etc., etc. A Tahiti, où les Maoris lui donnent le nom de Ohe, il sert aux usages les plus nombreux et les plus variés. A Nossi-Bé, il prospère à merveille, et les Malgaches en tirent le plus grand parti. Dans tout l’Extrême-Orient, outre les usages que nous venons de mentionner plus haut, on se sert de ses fibres pour fabriquer des nattes, des paniers, de la pâte à papier, etc., etc. Sa sève sucrée sert à faire une boisson qui jouit d’une certaine faveur. L’emploi que l’on fait en Europe du bambou pour la menuiserie, l’ébénisterie, la bimbeloterie, etc., etc., est trop connu pour que nous insistions davantage. C’est un végétal dont la tige solide, creuse, résistante, présente des nœuds nombreux au niveau desquels se trouvent les rameaux. L’inflorescence est un épillet en panicules à fleurs nombreuses, imbriquées, distiques. Glumes mutiques, concaves. Deux glumelles coriaces. Six étamines. Ovaire sessile uniloculaire, uniovulé. Le fruit est un caryopse libre dans les glumelles.
Le bambou est assez commun au Soudan et dans tout le bassin de la Gambie ; mais il est loin d’y avoir les proportions énormes auxquelles il atteint à la Guyane, en Extrême-Orient et à la Martinique. Malgré cela, tel qu’on l’y trouve, il présente déjà des dimensions fort respectables. Il y en existe deux variétés dont l’une a la tige creuse, tandis que, chez la seconde, elle est pleine. On le rencontre un peu partout, mais surtout dans le Bambouck, le Bafing, le Konkodougou, le Gamon, le Tenda, le Damantan, le Badon, le Niocolo, etc., etc. Il croît dans presque tous les terrains ; mais c’est surtout sur les bords des marigots et dans certaines plaines à fond d’argiles, inondées pendant la saison des pluies, qu’il est le plus commun et qu’il acquiert ses plus grandes dimensions. Toutefois, sa tige n’atteint pas au Soudan, dans les terrains qui lui sont le plus propices, un diamètre de plus de 6 à 8 centimètres et sa hauteur 4 ou 5 mètres. Sur les plateaux rocheux, il ne dépasse pas 2 mètres d’élévation et 3 centimètres au plus de diamètre. Il est là toujours très peu vigoureux.
Ce végétal, si abondant autrefois dans le Gamon, le Badon, le Dentilia, y est devenu, depuis cinq ou six années, plus rare et finira par y disparaître complètement. Il est atteint depuis ce temps d’une maladie que les indigènes désignent sous le nom de diambarala. Je n’ai pas besoin de dire qu’elle est attribuée à des pratiques de sorcellerie et que les génies malfaisants (les Mamma-Diombos) sont accusés de l’en avoir frappé. Cette maladie, cependant, est causée par un cryptogame parasite qui croît à l’aisselle des jeunes rameaux et qui, en un an, deux au plus, finit par tuer le végétal. La tige se flétrit, les feuilles tombent, le bambou sèche sur pied, et il suffit d’un vent léger pour en abattre des bouquets entiers. Les tiges ainsi couchées ne peuvent plus servir à rien, car elles ont perdu toute leur souplesse et sont devenues excessivement cassantes. C’est dans ces seules régions que nous avons trouvé cette maladie. Nous ne l’avons constatée nulle part ailleurs. Les indigènes du Gamon, du Badon et du Dentilia sont très affectés de voir ainsi disparaître cette graminée qui leur est si précieuse. Dans tout le Soudan, en effet, on s’en sert pour construire les charpentes des toits des cases, on l’utilise pour fabriquer des nattes, des corbeilles, des cordes, des ruches pour les abeilles et pour construire les clôtures des petits jardinets que l’on trouve aux environs des jardins. Les bambous pleins sont préférés pour les constructions et les bambous creux pour les autres usages. Les Bambaras de la boucle du Niger utilisent aussi les jeunes tiges de bambous pleins pour fabriquer leurs flèches, et la corde de leurs arcs est presque toujours faite avec ce végétal.
Le feuillage du bambou constitue un excellent fourrage dont les animaux, les chevaux surtout, sont excessivement friands. Le meilleur et le plus tendre est fourni par les rameaux les plus jeunes. Ce fourrage doit probablement ses qualités nutritives à la quantité relativement considérable de sucre que contiennent les jeunes pousses et les jeunes feuilles de cette plante. Cependant, d’après certains indigènes auxquels je l’ai entendu dire, il pourrait à la longue devenir nuisible et il faut bien se garder d’en faire la nourriture absolument exclusive des bestiaux.
Les entre-nœuds des tiges de bambou renferment souvent des concrétions siliceuses, analogues à l’opale. Elles sont désignées sous le nom de tabaschirs. Elles ont été préconisées contre un grand nombre de maladies, mais sans avoir en réalité aucune efficacité.
Palétuvier (Rhizophora Mangle, L.), Rhizophoracées. — Le palétuvier, que l’on désigne encore sous le nom de manglier, est très commun à l’embouchure de la Gambie et dans tous les marigots qui en sont tributaires et dont les eaux sont saumâtres.
Il existe plusieurs variétés de palétuviers : le palétuvier blanc (Avicennia nitida, Jacq.), Verbénacées, très commun à la Guyane, surtout dans les vases salées à l’embouchure des fleuves, et dont le bois droit et élevé est utilisé pour la mâture des petits bâtiments. Le duramen est excellent pour les constructions dans l’eau salée. Il est remarquable par l’entre-croisement en tous sens de ses fibres. Le palétuvier jaune, originaire de la Guadeloupe, donne un bon bois pour le charronnage et les charpentes. Enfin le palétuvier rouge se rencontre particulièrement à la Martinique, à la Guyane et à la côte occidentale d’Afrique. C’est celui que l’on trouve uniquement en Gambie. On le rencontre également en grande quantité dans le Saloum, la Casamance, etc., etc., et en général dans tous les fleuves de la côte de Guinée, à Joal et à Portudal. Ce végétal présente les caractères suivants : racines adventives qui le maintiennent solidement au bord de l’eau et auxquelles viennent s’attacher en grande quantité ces petites huîtres si précieuses dans les pays chauds que l’on désigne sous le nom d’huîtres de palétuviers. Tige épaisse à feuilles opposées, entières, elliptiques, coriaces, glabres, stipulées. Inflorescence en forme de cimes. Fleurs axillaires, régulières, hermaphrodites. Calice à quatre sépales persistants. Corolle à quatre pétales. Huit étamines. Ovaire infère à deux loges biovulées. Fruit coriace, indéhiscent, monosperme. La graine germe sur l’arbre.
Le bois du palétuvier est de petites dimensions, serré, dur et d’une couleur rougeâtre qui permet de le reconnaître aisément. Il peut être employé pour confectionner les couples des petites embarcations. Inattaquable par l’eau de mer, il sert aussi à faire des palissades sur le rivage. Son écorce laisse exsuder un suc qui, concentré au soleil, donne le kino de Colombie. Voici ce que dit Cauvet de cette substance : « Le kino de Colombie est en pains de 1,000 à 1,500 grammes, aplatis, offrant l’empreinte d’une feuille de palmier et couverts d’une poussière rouge. Ces pains se divisent aisément en fragments irréguliers, transparents sur les bords et d’un rouge un peu jaunâtre ; leur cassure est inégale, brune, brillante, leur saveur amère et très astringente, leur odeur faible, particulière.
Ce kino fournit une poudre rouge orangé ; il se dissout assez bien dans l’eau froide, davantage dans l’eau bouillante et presque complètement dans l’alcool ; ces solutés ont une belle couleur rouge. Si on le dissout dans l’eau froide et qu’on évapore la solution avec soin, on obtient un extrait rouge foncé brillant, fragile, qui ne diffère du kino d’Amboine que par l’absence de cannelures. » Ce kino s’emploie contre les mêmes affections que le cachou ; mais il a moins d’énergie.
Le végétal désigné vulgairement sous le nom d’Yeux-Crabes appartient à la famille des Sapindacées. C’est le Cupania sapida, D. C. Il est particulièrement commun dans le Ouli, le Sandougou, le Niani, le Fouladougou et le Kantora. C’est un arbre à feuilles alternes, imparipennées. Fleurs blanches, régulières, polygames, dioïques. Inflorescence en grappes de cimes simples. Corolle et calice à cinq divisions. Huit étamines. Ovaire triloculaire. Loges uniovulées. Le fruit est déhiscent. C’est une capsule loculicide, rouge, charnue. Ce fruit est comestible et, d’après de Lanessan, sert à préparer avec du sucre et de la cannelle une conserve employée contre les diarrhées. Cuit sous la cendre, il est appliqué comme maturatif sur les abcès. Les fleurs, dont l’odeur est suave, servent à préparer par distillation une eau parfumée. L’infusion de l’écorce et des feuilles passe pour être stomachique.