Le Palmier-nain (Chamærops humilis, L.), Palmiers, possède une tige peu élevée ; feuilles palmatifides ; inflorescence en spadice ; fleurs dioïques, polygames ; le fruit est une baie.

Les tiges du palmier-nain sont employées comme crin, sous le nom de crin végétal. On les fait rouir dans l’eau, puis on les expose au soleil, et quand elles sont parfaitement sèches, on détache l’écorce ainsi que les feuilles ; on met ainsi à nu les fibres de la tige. Ce crin remplace le crin animal pour la confection des matelas. Ce palmier est relativement rare dans le bassin de la Gambie ; mais il y prospère parfaitement et il serait d’autant plus facile de l’y multiplier qu’il ne demande que peu de soins pour se développer.

Les graines du Gombo (Hibiscus esculentus, L.), Malvacées, appelées graines d’ambrette, contiennent une oléo-résine jaune et ont une odeur musquée très prononcée. Elles sont utilisées dans la parfumerie. De plus, les racines de ce végétal peuvent remplacer la guimauve et des fibres pourraient être employées pour fabriquer le papier. La tige du Bananier (Musa ensete, L.), Musacées, donne une fibre textile de bonne qualité. Enfin, nous citerons en dernier lieu parmi les végétaux de cette catégorie le Nymphæa lotus, L., Nymphéacées. Nous l’avons particulièrement trouvé dans le haut cours du Sandougou, aux environs de Koussanar (Ouli) et dans les marigots du Tenda, du Kantora et du Damantan. C’est une plante herbacée, vivace, habitant les eaux douces. La tige est un rhizome. Feuilles alternes, longuement pétiolées ; limbe pelté et flottant à la surface de l’eau. Fleurs grandes, longuement pédonculées. Calice à quatre divisions. Pétales en nombre indéfini. Étamines nombreuses, en nombre variable. Ovaires nombreux ; loges multiovulées. Le fruit est une baie spongieuse s’ouvrant irrégulièrement ; graines nombreuses, plongées dans une substance gommeuse. Il existe deux variétés de nymphæa lotus : l’une à fleurs blanches, l’autre à fleurs rouges. Le rhizome féculent est comestible, de même que les graines. Les fleurs sont astringentes et se prescrivent contre les diarrhées et les affections du foie.

Nous venons, dans cette longue énumération, de passer en revue la plus grande partie des végétaux utiles que l’on rencontre dans le bassin de la Gambie. Il y a là, comme on a pu s’en rendre compte, de véritables richesses botaniques. Malheureusement, le manque absolu de voies de communication en rendra de longtemps l’exploitation difficile, et pourtant on ne peut s’empêcher de reconnaître qu’il y aurait, dans toute cette région, de puissantes ressources pour notre commerce et notre industrie. Cette flore si intéressante et si belle, étant donnée surtout la situation géographique et climatérique de ces régions littéralement à cheval sur les deux zones qui se partagent le Soudan français, la zone aride des steppes et la zone fertile des tropiques, est absolument typique. Ce qui précède pourrait s’appliquer parfaitement à toute notre vaste colonie soudanienne et notre Mémoire aurait aussi bien pu s’intituler la Flore utile du Soudan français. Mais, comme il est des parties de ce vaste territoire que nous n’avons pas visitées, nous avons cru, de crainte d’erreurs ou d’omissions, devoir lui donner simplement le titre sous lequel nous le présentons au lecteur et n’y parler que de régions que nous connaissons bien.

Après avoir traité des végétaux qui croissent naturellement dans le bassin de la Gambie, il y aurait assurément grand intérêt à parler de ceux qui y pourraient être introduits. Peut-être un jour ou l’autre le ferons-nous, car cette étude est, à notre avis, la seconde et logique partie de notre travail.

NOTES :

[1]L’expression période secondaire dont nous nous sommes fréquemment servi dans nos différentes études sur la constitution du sol du Soudan français ne caractérise pas pour nous l’époque géologique que l’on est aujourd’hui convenu d’appeler ainsi. Nous l’employons pour désigner cette seconde partie de la période primaire dans laquelle sont classés les terrains de sédiment et dont les grès, les quartz et les schistes sont les roches fondamentales. (Note de l’auteur.)

[2]Les M’Pongués du Gabon désignent, en effet, le Dioscorea bulbifera sous le nom de pembarogué ogolli, et appellent le Tacca involucrata, pembarogué iba. Ogolli, en langue m’pongué, signifie grimpant.

[3]Nous avons le regret de ne pas partager, à ce sujet, l’opinion du vaillant explorateur et d’être d’un avis contraire à celui de notre regretté collègue et ami le Dr Crozat. L’expression korté, du moins dans le Bambouck et le Konkodougou, ne signifie pas poison en général. Elle sert pour désigner un poison tout spécial, qui a pour base le téli (Erythrophlæum guineense, Rich). Le poison dans la composition duquel entre le strophantus porte en bambara le nom de kouna et en malinké celui de kouno.