Les cendres données par les tiges de mil sont remarquablement blanches et fines. Elles renferment une notable quantité de nitrate de potasse.
Des feuilles et des tiges de certaines variétés, le baciba et le guessékélé par exemple, les forgerons retirent, je ne sais trop par quel procédé, une belle couleur rouge vineux qui leur sert à teindre les pailles avec lesquelles ils tressent leurs corbeilles, leurs chapeaux et les paillassons destinés à couvrir les calebasses. Avec la farine, on fait d’excellents barbottages pour les chevaux. Quand nous aurons dit enfin que les tiges servent dans la construction des cases et des palissades qui les entourent, on comprendra aisément que le mil, vu ses usages multiples, soit regardé, à juste titre, par les indigènes comme la plante la plus précieuse.
On retire du mil une proportion relativement forte d’alcool de bonne nature, sans aucun goût désagréable. C’est cette branche de notre industrie qui pourrait l’utiliser avec le plus de profit. Mais il faudrait pour cela que nos usines puissent en avoir toujours à leur disposition en quantité suffisante. Or, la production, même dans les pays d’origine, n’arrive que difficilement à satisfaire la consommation. De plus, le prix d’achat sur place trop élevé, le transport et les droits de douane viennent augmenter le prix de revient dans de telles proportions qu’on ne peut songer, du moins en France, à en faire une exploitation suivie. Ajoutons enfin que le bas prix des alcools ne saurait permettre à nos fabricants de lutter contre la concurrence étrangère et de réaliser des bénéfices appréciables.
Voici, d’après E. Raoul, les résultats que donne l’analyse des grains du Sorghum vulgare. Pour 100 parties, on trouve : matières azotées, 9,18 ; amidon, 74,53 ; matières grasses, 1,93 ; matières minérales, 1,69 ; eau, 12,70.
Le Maïs (Zea maïs, L.) est cultivé dans le bassin de la Gambie, comme dans les autres parties du Soudan français. Il en existe deux variétés : le maïs jaune à grains moyens et le maïs blanc. Elles sont toutes les deux aussi estimées, mais les champs de maïs sont loin d’avoir l’étendue et l’importance des champs de mil. Le mil est l’aliment indispensable ; c’est la manne quotidienne. Le maïs est, au contraire, un aliment de luxe, bien moins estimé que le mil et le riz. Il n’en est pas moins précieux, car de toutes les céréales c’est celle qui arrive la première à maturité et qui, vers la fin de la saison des pluies, permet au noir imprévoyant d’attendre la récolte du mil.
Le maïs demande une terre bien plus riche que le mil. C’est pourquoi on ne le trouve qu’en quantité relativement peu considérable, et on peut dire que la production de cette céréale est à celle du mil comme 1 est à 50. Les indigènes le sèment, de préférence, dans l’intérieur même des villages et aux alentours, surtout dans les ruines, et partout où le terreau est assez abondant.
Les indigènes utilisent les jeunes tiges de maïs pour la nourriture des animaux : bœufs, chevaux, moutons, chèvres. C’est un des meilleurs fourrages du Soudan ; mais il serait mauvais, je crois, d’en faire la nourriture exclusive des bestiaux, car il peut parfois, surtout quand on en fait un usage trop copieux, déterminer des coliques funestes.
Le grain est également employé pour les animaux et dans l’alimentation des indigènes. A peine mûr, et lorsqu’il vient d’être cueilli, il constitue un excellent aliment d’une très facile digestion. Mais, lorsqu’il a été récolté depuis plusieurs semaines déjà, il durcit très rapidement et devient excessivement coriace. Aussi les animaux, les chevaux et les mulets particulièrement, le broient-ils très difficilement et, par ce fait même, le digèrent-ils mal. Le mieux, pour remédier à cet inconvénient, est de le concasser avant de le leur donner. Ainsi préparé, il constitue un aliment précieux et rapidement assimilable.
Les indigènes consomment le maïs sous plusieurs formes. Quand il est à peine mûr, ils en font griller légèrement au feu les épis et en mangent les grains tels quels, en les détachant simplement avec les dents. C’est, dans les villages, un véritable régal pour les petits enfants, et, dans les longs voyages, un élément précieux de ravitaillement par ce fait même que la préparation en est facile et rapide. Secs, les grains sont concassés dans le mortier à couscouss à l’aide du pilon, et mangés bouillis avec de la viande ou du poisson et assaisonnés d’une sauce très relevée. Réduits en farine, ils sont consommés sous forme de bouillie cuite à la vapeur. Les propriétés rafraîchissantes de la farine de maïs la font rechercher pour l’alimentation des malades. Mélangée avec du lait, elle constitue la nourriture des convalescents et des jeunes enfants.
Cette farine ne se conserve que peu de jours. Elle fermente rapidement et doit être immédiatement consommée. Il en est de même du maïs en grains, quand il est enfermé dans les greniers avant d’être parfaitement sec.