Le charbon y est de même parfaitement inconnu. Quelle que soit la profondeur à laquelle on soit descendu jusqu’à ce jour, on n’en a jamais trouvé trace.
Flore, productions du sol, cultures. — La végétation est relativement pauvre dans le Bondou, du moins dans sa partie septentrionale. Dans les régions méridionales, sans être cependant remarquable, elle est plus riche. Le Ferlo et le Bondou proprement dits appartiennent tout entiers à la région des steppes soudaniennes. La flore est là d’une pauvreté remarquable. On y rencontre de vastes étendues couvertes d’acacias et de baobabs. C’est la patrie des mimosées et des graminées inférieures. Il y existe en assez grande abondance une certaine variété de gommier dont le produit ne jouit dans le commerce que d’une valeur absolument relative. C’est là encore que l’on trouve ces végétaux peu connus qui donnent la gomme de kellé, que les indigènes regardent comme un véritable porte-bonheur, et le hammout, cette résine qui présente les caractères de l’encens et qui est regardée dans tout le Soudan occidental comme une panacée universelle. Le gonakié (Acacia Adansonii) est surtout commun sur les bords de la Falémé. Si nous ajoutons à cela quelques rares ficus et quelques échantillons peu nombreux de benténier (Eriodendron anfractuosum), nous aurons cité les principales essences qui composent la flore de cette région du Bondou. Elle est bien plus riche au fur et à mesure que l’on s’avance vers le sud et dans le Tiali, le Diaka, la partie la plus extrême du Niéri et du Ferlo-Maodo, nous voyons apparaître les grandes essences qui caractérisent les pays tropicaux. Les grandes légumineuses commencent à y prendre de respectables dimensions. Les nétés (Parkia biglobosa) y sont particulièrement communs. Le vène (Pterocarpus erinaceus), le caïlcédrat (Kaya Senegalensis), le tamarinier (Tamarindus Indica), le bambou (Bambusa arundinacea), le fromager (Bombax Ceiba), le n’taba (Sterculia cordifolia), le palmier rônier (Borassus flabelliformis), les ficus de toutes variétés, etc., etc., y sont assez communs. Mais ils n’y forment nulle part des forêts assez importantes pour donner lieu à une exploitation rémunératrice. Les papayers et les dattiers croissent en abondance dans les villages du Diaka et du Niéri et donnent des fruits savoureux. Dans les forêts existent de nombreux échantillons des différentes variétés de cette fameuse vigne du Soudan, à laquelle certains auteurs ont cru devoir donner une importance qu’elle est loin d’avoir. Le karité (Bassia Parkii) n’existe que dans le Tiali, et encore en très petite quantité. Enfin, dans le Niéri, le Ferlo-Maodo, le Diaka et le Tiali lui-même, commencent à apparaître les lianes à caoutchouc et à gutta-percha : fafetone, laré ou saba, delbi et bonghi. Les plantes médicinales y sont communes, et la pharmacopée indigène trouve aisément à s’y alimenter selon les besoins. Citons au hasard : les sénés, le kinkélibah, le ricin, la casse, le bakis, etc., etc. Le Tiali et le Niéri jouissent sous ce rapport d’une réputation bien méritée. Enfin, les plaines et les plateaux sont couverts d’une brousse épaisse dont les graminées forment les éléments principaux, et qui constituent pour les bestiaux un excellent fourrage.
Le Bondou a été jusqu’au milieu du XIXe siècle un des pays les plus riches sous le rapport de la production. Grâce à la nombreuse population qu’il renfermait alors, il possédait de vastes plaines, entièrement cultivées et situées près des villages qui s’échelonnaient sur les rives de la Falémé et dans l’intérieur des terres. Depuis le passage d’El-Hadj-Oumar, ce nouvel Attila qui a porté la dévastation dans ce beau pays, emmenant à sa suite des villages entiers, trompés par de vaines promesses, il est tombé dans un profond état d’abandon et de pauvreté.
Les terrains argileux sont propices à la culture du mil (Sorghum vulgare). On y trouve, suivant les régions, toutes les variétés de sorgho cultivables au Soudan. Dans les terrains dont la latérite forme la base, le maïs, les arachides, les haricots, que l’on y appelle « niébés », croissent à merveille et donnent un rendement considérable. Il serait bien plus grand encore si les habitants amélioraient leurs procédés de culture. Ils se contentent, en effet, de gratter légèrement la terre après l’avoir débroussaillée, et d’y enfouir peu profondément les graines. Les fumures et les irrigations leur sont absolument inconnues. Sur les bords des marigots et dans les marais, surtout dans le sud, le riz prospère d’une façon remarquable et y est d’une excellente qualité. Autour des villages se trouvent de beaux lougans (champs cultivés) de coton et d’indigo. Enfin, dans les cours mêmes des habitations, les femmes et les enfants cultivent avec succès : courges, calebasses, oseille, oignons et ce tabac vulgaire (Nicotiana rustica) dont les indigènes sont si friands. Le manioc, la patate douce et le diabéré, cette sorte d’aroïdée qui donne des turions qui rappellent le chou caraïbe, prospèrent surtout dans les régions les plus méridionales.
Quant aux cultures européennes, il n’y faut pas songer, à mon avis. La nature du sol et surtout le climat ne leur permettront jamais d’y prospérer et d’y produire. On ne peut guère songer qu’à y cultiver, et encore avec de grands soins et une vigilance de tous les instants, les quelques légumes nécessaires à notre alimentation.
Faune, animaux domestiques. — On trouve dans le Bondou presque tous les animaux de l’Afrique occidentale. Le lion y devient assez rare. La panthère, le chat-tigre, le lynx y sont plus communs. La girafe se rencontre encore assez fréquemment dans les régions qui avoisinent le désert du Ferlo. Les antilopes y sont moins communes que dans certaines autres régions. Toutes les variétés connues y sont cependant représentées, et parmi elles nous citerons particulièrement les kobas, dumsas et diguidiankas. Par contre, les biches, gazelles et sangliers y foisonnent littéralement. Il n’est guère possible d’y chevaucher sans en faire fuir devant soi un grand nombre. Ce dernier animal s’y multiplie surtout beaucoup, car la population étant presque complètement musulmane, n’en mange pas la chair et, par conséquent, ne le chasse pas. Le bœuf sauvage, que l’on désigne sous le nom de lour, ou de vache brune, tend chaque jour à y disparaître. On n’en trouve plus que quelques rares individus. Sa chair est littéralement succulente.
L’hippopotame y habite principalement les grands bassins de la Falémé et les grands marigots, le Niéri-kô et le Sandougou. Le caïman y atteint des proportions extraordinaires, et pendant la saison sèche on peut faire dans la rivière et les grands marigots des pêches absolument merveilleuses. Le poisson y est très abondant, et il en existe une espèce, que l’on désigne sous le nom de capitaine, qui est supérieure à nos meilleures carpes.
L’éléphant se trouve surtout dans l’ouest et dans le sud. Il y devient de plus en plus rare.
Le gibier à plume y est très commun. La pintade se voit par vols nombreux. La perdrix, la tourterelle, l’outarde, la poule de rochers, la caille de Barbarie y sont en très grand nombre.
On trouve dans les bois de beaux oiseaux de parure ; le merle métallique, le colibri, le guépier, le geai bleu, le martin-pêcheur y ont un plumage aux couleurs les plus vives et les plus variées. Les échassiers vivent sur les bords de la Falémé par nombreuses bandes. L’oiseau-trompette, dont la peau est très estimée ; le marabout, qui fournit une très belle fourrure ; l’ibis, l’aigrette blanche, etc., fréquentent les îlots de la rivière et les bancs de sable quand elle est à sec. La sarcelle et le gros canard sauvage l’habitent aussi. Par contre, les oiseaux de proie y sont aussi relativement nombreux, et autour des villages on voit rôder en grand nombre des milans et des aiglons qui viennent jusque dans les cours enlever les jeunes poulets.