D’Allahina, Lamine envoya deux hommes à Ousman-Gassy qui habitait alors Diamwéli. Celui-ci refusa de les recevoir, mais garda, dit-on, les chevaux qu’il trouva de bonne prise. Le lendemain, le marabout partait d’Allahina au son de ses tams-tams de guerre et marcha vers Sénoudébou devant les murs duquel il défila sans l’attaquer et alla camper à quelques kilomètres au sud, près des ruines de Débou.
Le lendemain, de bonne heure, il quitta Débou pour se rendre à Diamwéli, disait-il, dans le but d’avoir avec Oumar-Penda une entrevue et pour faire auprès de lui une dernière démarche afin d’obtenir l’autorisation que l’almamy lui avait refusée.
Tout cela n’était que mensonges. Son plan véritable était d’appeler les Sissibés dans un grand palabre et, pendant qu’on discuterait, de les faire cerner par ses hommes et de les faire massacrer au moment où ils s’y attendraient le moins.
Oumar-Penda, informé de la marche du marabout, se transporta aussitôt avec ses hommes de Boulébané à Diamwéli-Taracorouabé.
Arrivé en vue de ce village, Lamine expédia trois cavaliers à Oumar pour le prévenir de son arrivée et fit immédiatement déployer ses guerriers en trois colonnes. La première était destinée à sa garde, la seconde et la troisième devaient cerner le village.
Oumar-Penda, en voyant le mouvement, congédia les envoyés du marabout et à la tête de ses hommes se dirigea vers le marigot qui entoure en partie le village. Il en descendit la berge et s’y embusqua. Un coup de fusil parti de la troupe de l’almamy du Bondou engagea l’action. Pendant deux heures, on se fusilla avec furie, mais sans se causer de part et d’autres de pertes sérieuses. Accablé par le nombre, Oumar-Penda ne put résister plus longtemps. Il fut obligé de s’enfuir et de regagner Boulébané sa résidence habituelle, abandonnant son fils Boubakar-Oumar qui se trouvait cerné dans le marigot avec une trentaine d’hommes. Vingt environ furent tués, les autres grièvement blessés et Boubakar-Oumar fait prisonnier avec les survivants. Il fut immédiatement conduit au marabout, qui le fit garder à vue. Diamwéli fut pris et brûlé.
Oumar-Penda avait pu gagner Boulébané et y rallier quelques débris de ses troupes. Il leur confia la garde du village et se rendit en toute hâte à Bakel pour y demander des secours. Malheureusement il n’y avait dans ce poste qu’une garnison absolument réduite. La plus grande partie des troupes disponibles se trouvant alors aux prises avec Samory sur les bords du Niger, le commandant ne put donner à l’almamy que de la poudre et des balles. Oumar se rendit alors dans le Damga et tenta d’intéresser le fils d’Abdoul-Boubakar à la cause du Bondou. Celui-ci lui refusa net les secours qu’il lui demandait.
Pendant ces quelques jours, de graves événements se passaient dans le Bondou. Peu après le départ d’Oumar-Penda de Boulébané, le marabout apparaissait devant le village à la tête de ses hommes déployés toujours en trois colonnes. Il arrivait par la face est du village et, lorsqu’il fut à 150 ou 200 mètres du tata, il fit commencer le feu et se disposa à donner l’assaut. Abdoul-Ahmady-Gaye, prince sissibé de la branche de Boulébané qui commandait, n’avait guère avec lui que trente-cinq fusils. Les autres hommes enfermés dans le tata n’avaient aucune arme sérieuse et ne pouvaient que charger les fusils et les faire passer aux défenseurs embusqués derrière les créneaux. Du haut du tata, Abdoul-Ahmady-Gaye dirigeait la défense et excitait ses hommes. Les femmes et les filles d’Oumar-Penda apportaient la poudre aux guerriers et de l’eau pour se désaltérer. Sur le bastion qui faisait face à la garde d’honneur du marabout se trouvait un des griots d’Oumar-Penda nommé Bilali-Mody et excellent tireur. Il fit à lui seul subir de grandes pertes à l’ennemi. De même également qu’un chasseur émérite qui se nommait Tierno-Mahmadou et qui s’était embusqué sur un bastion voisin.
Les Sarracolés, furieux de voir ainsi tomber leurs hommes sous les coups d’une troupe si peu nombreuse se ruaient à chaque instant sur le tata avec acharnement et voulurent même y pratiquer une brèche. D’autres firent le tour des murailles et tentèrent vainement d’enfoncer une des portes. Une décharge générale les avait arrêtés et les avait forcés à se retirer en laissant bon nombre des leurs sur le terrain. De leur côté, les habitants de Boulébané avaient perdu 25 hommes et parmi eux plusieurs Sissibés dont voici les noms : Sega-Demba, Ahmady-Oumar, Bokkar-Oumar-Ahmady-Gaye, cousin de Boubakar-Saada et frère aîné d’Abdoul-Ahmady-Gaye.
Un groupe de 100 à 160 guerriers environ s’étaient cependant portés du côté de la poudrière d’Oumar-Penda, bien par hasard, car ils ignoraient qu’elle se trouvait dans ce quartier de la ville. Ils avaient commencé à y pratiquer une brèche et, entassés pêle-mêle, s’acharnaient à ce travail, lorsque une épouvantable détonation retentit de ce côté et un pan du tata, d’environ trente mètres de longueur, s’écroula tout à coup ensevelissant sous ses décombres la plus grande partie des assiégeants qui se trouvaient là. C’étaient deux filles d’Oumar-Penda qui, voyant tomber leurs frères et le feu pénétrer dans l’intérieur du tata de l’almamy, avaient fait sauter la poudrière et causé cet épouvantable désastre. Par miracle, elles échappèrent à la mort et ne furent même pas blessées. Abdoul-Ahmady-Gaye et ceux qui étaient avec lui sur le tata aux environs de la poudrière furent projetés violemment en dehors des murailles et n’eurent que de légères contusions. Ils furent faits prisonniers par les gens du marabout. Boulébané, privé de ses chefs, tomba aux mains de l’ennemi vers six heures et demie ou sept heures du soir. La plupart de ses habitants profitèrent de l’obscurité pour se frayer un passage à travers les rangs ennemis et se sauvèrent vers le Fouta dans l’espoir d’y rejoindre Oumar-Penda.