Pendant ce temps, Mahmadou-Fatouma, de son côté, était parti de Dianna avec une forte colonne pour tâcher de surprendre l’almamy ; mais il ne put l’atteindre. Il se contenta alors de piller Goulongo et Dalafine (Tiali). Il détruisit le tata de ce dernier village, sous prétexte qu’il s’entendait avec l’almamy du Bondou. De là, il se rendit à Nionsonko, qu’il brûla, puis à Sansandig, sur la Falémé, qu’il détruisit et dont il fit mettre à mort le chef Fodé-Dibaya et cinq des principaux notables, qui étaient pourtant de chauds partisans du marabout. Ces hauts faits d’armes accomplis, il rentra à Dianna avec quelques captifs et quelques bœufs.
Oumar-Penda était rentré à Sénoudébou, dont le colonel, avant son départ pour la France, avait fait occuper militairement les ruines du poste par un détachement de 70 tirailleurs sénégalais et une pièce de canon. Cette petite garnison était commandée par le lieutenant indigène Yoro-Coumba, auquel était adjoint comme second l’adjudant Fougasse, de l’artillerie de marine.
Oumar ne resta que peu de temps à Sénoudébou et en repartit à la tête de quelques centaines d’hommes pour le Diaka. Le marabout ayant appris sa marche envoya contre lui Mahmadou-Fatouma qui, au lieu de se porter à la rencontre de l’almamy, alla brûler le village de Talibadji, dans le Ferlo-Niéri, alléguant comme prétexte que les habitants de ce village n’avaient pas prévenu le marabout de la marche de l’almamy. Pendant ce temps, Oumar, de son côté, s’emparait de Talicoyel, sur les bord du Niéri-Kô, et accordait la vie sauve au chef de village dans le but de s’attirer des partisans.
Dans le courant de juillet, Ousman-Gassy partit de Sénoudébou à la tête de 6 à 700 hommes venant du Bondou, du Fouta et du Niani, et auxquels vinrent se joindre les guerriers des villages bambaras du Kaméra, au nombre de 150 environ. Cette colonne passa par Ououndou-Aly (Ferlo) et alla attaquer et brûler Sabicassé, sur le Niéri-Kô, dont la population, composée de Sarracolés, avait embrassé la cause du marabout. Sabicassé fut pris la veille de Tabaski, vers onze heures du soir, et Ousman-Gassy rentra à Sénoudébou avec un grand nombre de captifs.
Quelques jours après, Mahmadou-Lamine expédiait de Dianna contre le Bondou une colonne d’environ 1,500 hommes dont il avait donné le commandement à son neveu Fâ-Kaba, à Mahmadou-Fatouma et à Mahmadou-Sanoussi. Cette colonne passa par Kaparta, Belpounegui, à l’ouest de Koussan-Almamy, entre ce village et Boggal, par Coutanabé, Boulébané, et vint surprendre Oumar-Penda à Fissa-Daro. Le village fut emporté et l’almamy du Bondou tué par des hommes même de sa suite, dit-on, que le marabout avait grassement payés pour commettre ce forfait. Son cadavre fut mutilé et sa tête portée au marabout par un cavalier de Mahmadou-Fatouma. Mahmadou-Lamine exhiba à ses troupes ce sanglant trophée pour raffermir la foi de ceux qui commençaient à perdre confiance en lui et pour bien montrer à tous qu’il avait eu raison de l’almamy du Bondou. De Fissa-Daro, la colonne de Fâ-Kaba fit un long détour à travers la brousse pour retourner à Dianna, afin d’éviter la poursuite des guerriers de Sénoudébou qui, prévenus de ce qui venait de se passer, arrivèrent trop tard pour venger leur souverain. Ils ne purent que lui rendre les derniers honneurs.
Oumar-Penda n’avait même pas régné une année. Il laissa six enfants qui sont encore vivants et résident à Allahina et à Kydira. Ce sont : Bokkar-Oumar, Ousman-Oumar, Toumané, Ciré-Bokkar, Sega-Oumar et Moussa-Yéro.
Saada-Ahmady (1886-1888).
Saada-Ahmady, fils d’Ahmady-Saada et petit-fils de l’almamy Saada-Ahmady-Aïssata, succéda à Oumar-Penda et fut reconnu par la France et les Sissibés, bien que, pendant les événements qui avaient ensanglanté le règne de son prédécesseur, il se fût montré peu dévoué à la cause du Bondou. Pendant son court règne, il fit peu pour reconquérir son autorité et ne nous seconda que mollement dans la guerre que nous fîmes à Mahmadou-Lamine pour l’en débarrasser. Tout l’honneur de ce qui se fit à ce moment-là de courageux et d’utile revient à son cousin Ousman-Gassy, qui, au cours de ces années de troubles, ne cessa jamais de se montrer le digne fils de Boubakar-Saada.
Après la défaite de Fissa-Daro et la mort d’Oumar-Penda, Ousman rentra absolument désespéré à Sénoudébou. La colonne du marabout, de son côté, avait suivi la route de Diauré et de Guéoul. Arrivée dans la plaine qui entoure ce dernier village, elle y rencontra la population de tous les villages du Ferlo-Baliniama qui avaient été reconstruits depuis la retraite de Mahmadou-Lamine à Dianna ; ses habitants, en apprenant les événements de Fissa-Daro, s’étaient enfuis et se dirigeaient vers le Ferlo-Fouta. Les hommes de Lamine ne manquèrent pas de se précipiter sur ces malheureux incapables de se défendre. Ils en tuèrent un grand nombre, emmenèrent les autres en captivité et s’emparèrent de plus de 200 bœufs. Ils rentrèrent à Dianna avec leur butin en passant par Kouddy, Badé et Bani.
Dans le courant d’août, Saada-Ahmady, le nouvel almamy qui n’avait pas encore quitté sa résidence de Samba-Médina-Gouro, expédiait son cousin Ahmady-Ciré avec 4 ou 500 hommes contre Dalafine, dans le Tiali, où s’étaient réfugiés tous les Peulhs Hamanabés, partisans du marabout. Dalafine fut pris après une opiniâtre résistance et bon nombre de rebelles y perdirent la vie. Les Bondounkés y firent environ 120 captifs, femmes et enfants, et s’emparèrent de plus de 400 bœufs.