Dans cette courte campagne, le capitaine Fortin fit preuve d’une connaissance approfondie du pays, des mœurs et des habitudes militaires des indigènes. D’une énergie sans égale, il montra les qualités les plus précieuses d’un véritable homme de guerre, et le succès qui couronna ses efforts démontra d’une façon évidente combien était parfaite la tactique qui présida à ses opérations.

Aujourd’hui Toubacouta appartient aux Anglais. Nous le leur avons cédé par le traité du 10 août 1889, qui règle la situation réciproque de la France et de l’Angleterre dans le bassin de la Gambie.

Quelques semaines après, la colonne victorieuse rentrait à Kayes, où il lui fut fait une réception digne de ses travaux.

Peu après, Saada-Ahmady, l’almamy du Bondou, qui n’avait pas cru devoir marcher avec nous contre le marabout, et qui, s’étant déclaré ouvertement contre notre politique, s’était enfui avec son frère Yssaga-Ahmady dans le Bosséa, auprès d’Abdoul-Boubakar, fut déposé par le colonel Gallieni. Sur la proposition du capitaine Fortin, Ousman-Gassy fut placé sur le trône du Bondou.

Juste récompense du zèle et du dévouement dont il n’avait cessé de faire preuve pour la cause française.

Ousman-Gassy (1888-1891).

Ousman-Gassy fut nommé almamy du Bondou par la France, en dépit de toutes les lois d’hérédité en vigueur. Il fut néanmoins reconnu par les Sissibés. Les qualités dont il avait fait preuve faisaient espérer qu’il pourrait faire beaucoup pour le relèvement du Bondou. Il en fut malheureusement tout autrement. Dès qu’il fut investi du pouvoir suprême, il s’endormit littéralement à Sénoudébou dans un paresseux far niente. Entouré de ses femmes et de ses griots, il devint apathique et absolument incapable d’énergie. Il ne fit jamais rien pour donner à ses sujets une bonne administration, et son autorité ne se fit plus sentir que pour exiger des villages des redevances exorbitantes, destinées à subvenir aux dépenses de sa maison et à calmer la rapacité de ses parents. Aussi le Bondou continua-t-il, comme par le passé, à se dépeupler. Des villages entiers émigrèrent, particulièrement dans le Niani et le Niocolo, pour se soustraire à ses exactions et aux exigences des princes sissibés.

En 1889, il fit aux frais du budget de la colonie du Soudan un voyage en France resté célèbre. Mais il n’en tira aucun profit ni aucun enseignement. Les merveilles de la capitale ne lui causèrent pas la moindre émotion et les principales villes de France ne furent jamais pour lui que des villages à peine plus grands que Bakel ou que Kayes. Non seulement il ne ressentit aucune émotion, mais encore il éprouva, au contraire, de profonds regrets d’avoir laissé à Sénoudébou son sérail et les chantres de sa gloire militaire. Les grosses flatteries des griots lui manquaient, et il en souffrit visiblement.

Quoi qu’il en soit, il demeura toujours notre fidèle allié, et en 1890, quand le colonel Archinard fit appel à tous nos alliés du Soudan pour marcher contre Nioro, il vint un des premiers se ranger, avec ses cavaliers, sous notre drapeau. Mais il était bien changé, mou, sans entrain et sans autorité sur ses hommes ; il n’avait plus rien du vaillant guerrier qui combattit si brillamment le marabout Mahmadou-Lamine et qui plusieurs fois lui fit éprouver de sérieux échecs. Ce fut au cours de cette campagne qu’il mourut dans le Nioro, à Touridda, d’une fièvre pernicieuse, dans la nuit du 13 janvier 1891.

L’almamy Ousman-Gassy était chevalier de la Légion d’honneur et commandeur de l’ordre royal du Cambodge.