Au nord la province de Boulébané, comprenant cinq cantons : Lèze-Bondou, Lèze-Maio, Ferlo-Balignama, Ferlo-M’Bal, Ferlo-Niéri.

Au sud la province de Koussan-Almamy, formée par six cantons : Nagué-Horé-Bondou, Do-Maïo, Tiali, Niéri, Diaka, Ferlo-Maodo.

Avant l’arrivée d’El-Hadj-Oumar dans le Bondou, l’administration de ce vaste pays s’exerçait d’une façon régulière. Il y avait du moins, sinon de fait, mais en pratique, une organisation politique et administrative complète. Mais depuis que le prophète, en le dépeuplant, a entièrement tout détruit, le gouvernement a passé par deux phases bien distinctes : absolu sous Boubakar-Saada, il disparut absolument sous Oumar-Penda et Saada-Ahmady pendant les guerres contre le marabout Mahmadou-Lamine, pour redevenir absolu sous Ousman-Gassy.

Avec Malick-Touré, l’almamy actuel, on peut dire que le Bondou, tout en conservant ses lois et coutumes anciennes, est en réalité gouverné par l’administration française. Il n’est pour ainsi dire plus qu’une simple province de notre vaste empire soudanien, qui s’administre elle-même, il est vrai, mais sous le contrôle et l’autorité du représentant de la France.

Quoi qu’il en soit, nous ne pouvons faire autrement que d’exposer ici quels étaient le gouvernement et l’administration du Bondou avant les bouleversements qui ont suivi El-Hadj-Oumar et notre installation définitive dans ce pays. Comme nous l’avons dit plus haut, sa constitution est bien encore dans la forme ce qu’elle était autrefois ; mais en fait, il serait bien difficile de dire là où s’arrête l’autorité de l’almamy et là où commence celle de nos agents.

Le gouvernement du Bondou est une monarchie héréditaire. Le plus âgé de la branche mâle monte sur le trône, mais il lui faut assez d’influence pour être couronné par les Sissibés, sinon il court les chances d’une guerre ou d’un bannissement perpétuel. Aujourd’hui, cet article fondamental n’est plus observé. L’almamy est nommé par l’autorité française et reconnu ensuite par les Sissibés. Il n’est plus tenu aucun compte du principe d’hérédité. Ainsi, l’almamy actuel Malick-Touré n’arrive qu’en sixième ligne dans l’ordre de succession régulier. Certes, nous ne pouvons nier que cette façon de procéder n’ait de grands avantages pour notre politique générale dans le pays. Mais aussi, nous ne pouvons nous empêcher de reconnaître qu’elle pourrait, à un moment donné, avoir de graves conséquences. Car, il ne faut pas se le dissimuler, le noir est essentiellement routinier et très attaché à ses traditions. Aussi serait-il puéril de croire un seul instant que les Bondounkés soient partisans des modifications que nous avons apportées dans leur constitution. Bien au contraire, elles blessent profondément leur amour-propre national. Sans doute, ils tolèrent bien l’almamy que nous leur donnons : ils ne peuvent faire autrement ; mais il ne jouit d’aucune autorité et il n’est absolument considéré que comme un simple intermédiaire par les politiques et comme un véritable captif des Français par les intransigeants. En réalité, il ne se maintient sur le trône que parce que nous le couvrons de notre protection.

Almamy (le puissant), tel est le titre que prend l’élu des Sissibés. La cérémonie du couronnement se fait aussitôt que l’assemblée a prononcé. Elle se fait remarquer par des danses et des chants continus, accompagnés de fréquentes décharges de fusils.

L’almamy perçoit comme impôts la dixième partie de la récolte de chaque village. Autrefois, il était loin de se contenter de ce revenu, et il imposait à ses sujets des redevances extraordinaires, parfois exorbitantes. Son bon vouloir en fixait le chiffre. Aussi se livrait-il à de véritables exactions dont les conséquences étaient la ruine et l’émigration de villages entiers. Si nous ajoutons à cela que les princes de la famille royale en faisaient tout autant, s’il n’avait pas assez d’autorité et d’énergie pour modérer leurs appétits, on conviendra aisément avec nous que c’était là un état de désordre et d’anarchie administrative absolument déplorable et dont le résultat a toujours été d’entraver le développement normal de la richesse du pays. Il n’en est plus ainsi actuellement, et l’almamy ne perçoit que l’impôt qui lui est dû.

De même, les caravanes qui traversaient le Bondou étaient obligées de payer au souverain une contribution proportionnelle à la quantité de marchandises qu’elles avaient. Elles circulent aujourd’hui librement. Les traitants français eux-mêmes devaient donner à l’almamy un vêtement complet de belle étoffe.

L’almamy était souverain absolu, sans conseil aucun. Cependant, dans les grandes circonstances, telles que déclaration de guerre ou autres, il réunissait les Sissibés et se concertait avec eux sur les moyens d’entreprise.