Les assemblées ont encore généralement lieu dans la grande cour de la maison de l’almamy ou sur la place du village. Les étrangers en étaient rigoureusement exclus, à moins qu’ils ne fussent eux-mêmes chefs de distinction ou qu’on ne voulût leur faire honneur.
L’almamy, assis sur une peau de mouton à laquelle sont cousus de nombreux gris-gris qu’il doit toucher des pieds, afin de ne pas permettre que de mauvaises pensées s’emparent de son esprit, préside l’assemblée qui forme cercle autour de lui. A sa droite se tient son ministre, qui prend souvent la parole pour lui. Ce ministre est choisi ordinairement en dehors de la famille des Sissibés. Il a toute la confiance du souverain et loge tous les étrangers de distinction qui viennent le visiter. Il reçoit pour cela une part des impôts perçus.
L’almamy est obligé de fournir les chevaux à ses courtisans, aux princes sissibés et aux captifs de la couronne. Ceux qui n’en ont pas sont dispensés d’aller à la guerre.
Les chefs de province étaient toujours de la famille des Sissibés. C’était le plus âgé des princes de chacune des deux branches royales qui était le chef de la province qui appartenait à sa famille. L’un des deux était de ce fait toujours ou presque toujours almamy.
Chaque province était, comme nous l’avons dit plus haut, divisée en cantons. Chaque canton était commandé habituellement par un Sissibé ; mais ce n’était pas là une règle absolue, car le chef de canton ne tenait son autorité que de l’almamy qui pouvait le révoquer à son gré et le remplacer par qui bon lui semblait, pourvu que ce fût un homme libre et notable.
Les villages étaient et sont encore commandés par un chef relevant du chef de canton. A la fondation du village, le premier chef était nommé directement par l’almamy. C’était toujours celui qui l’avait fondé ou bien celui qui avait creusé le premier puits, si l’endroit où il s’élevait se trouvait sur une hauteur. Dans le cas contraire, si l’emplacement se trouvait sur les bords d’un marigot, d’un lac ou d’une rivière, la dignité de chef était conférée à l’homme qui, le premier, avait procédé au débroussaillement. Ses successeurs étaient toujours choisis dans sa famille, et on peut dire, d’une façon générale, que le commandement se transmettait par voie d’hérédité collatérale. L’almamy conservait, toutefois, le droit de révoquer le chef qui lui déplaisait. Le nom donné au village était presque toujours celui de son fondateur, à moins qu’il n’en eût lui-même choisi un autre.
Dans le cas de minorité d’un chef, l’almamy nommait des notables pour gérer les affaires du canton ou du village jusqu’au moment où l’héritier serait devenu majeur.
Si à la mort d’un chef de canton ou de village, il n’y avait pas d’héritier légitime, l’almamy nommait parmi les habitants un conseil de notables chargé de l’administration des affaires jusqu’au moment où les habitants ou lui-même eussent choisi un nouveau chef.
Les chefs de villages et de cantons pouvaient être, par mesure de discipline, révoqués par l’almamy. Il pouvait aussi, selon la gravité de leurs fautes, les traduire devant le conseil des marabouts et leur infliger des amendes.
Les chefs de provinces percevaient dans leurs commandements respectifs des amendes pour fautes légères. Ils étaient chargés de percevoir les dîmes dues à l’almamy, et quand tout était concentré dans leur chef-lieu, ils allaient avec les chefs de cantons et de villages porter à l’almamy ce qu’ils avaient pu faire rentrer.