1o Fadoubés. — Nous avons parlé plus haut de cette peuplade à demi sauvage, lorsque nous avons traité de l’ethnographie des habitants primitifs du Bondou. Nous ne les citons que pour mémoire, car ils tendent chaque jour davantage à disparaître et se fondent avec les peuplades environnantes.

2o Malinkés. — Ils ont été en partie chassés du Bondou par la guerre impitoyable que leur ont faite les almamys. Refoulés vers l’est et vers l’ouest, ils n’y sont plus représentés que par un petit nombre d’individus disséminés dans quelques rares villages des bords de la Falémé et du Do-Maïo.

3o Bambaras. — Après la destruction du royaume bambara du Kaarta, quelques Massassis, qui avaient échappé au massacre ordonné par El Hadj-Oumar, vinrent avec leurs familles et leurs captifs chercher asile dans le Bondou. Ils y construisirent les deux villages d’Allahina et de Kidira. Mais, depuis la prise de Nioro par M. le colonel Archinard et la dislocation de l’empire toucouleur du sultan Ahmadou, la plupart d’entre eux sont retournés dans leur mère-patrie, et le jour est proche où il ne restera plus dans le Bondou qu’un petit nombre de représentants de cet important rameau de la race mandingue.

4o Ouolofs. — Les Ouolofs étaient autrefois assez nombreux dans le Bondou. Ils formaient de beaux et riches villages. Originaires du Oualo, du Djoloff, du Cayor et du Saloum, ils y avaient été attirés par la fertilité du sol et par la protection que leur promettaient les almamys. Mais leurs beaux lougans, leurs riches greniers et leurs nombreux troupeaux ne devaient pas manquer d’exciter la cupidité des Sissibés. Aussi furent-ils toujours pressurés à outrance. Les exactions dont ils ont toujours été victimes de la part des chefs du pays les ont poussés à émigrer vers le Ouli, le Niani et le Sandougou. Les guerres de Boubakar-Saada et celles de Mahmadou-Lamine ont achevé de les chasser du Bondou. Aussi y sont-ils actuellement peu nombreux. Ils commencent cependant à revenir un peu, surtout depuis l’avènement de Malick-Touré et depuis que nous dirigeons les affaires du pays. On ne saurait trop faire pour les y attirer de nouveau. Le Ouolof est, en effet, une race intelligente et surtout la plus laborieuse de toutes celles qui habitent nos possessions de la Sénégambie et du Soudan. Ce sont, de plus, d’excellents éleveurs et des agriculteurs consommés.

5o Sarracolés. — Les Sarracolés du Bondou sont originaires du Guoy, du Kaméra, du Guidimakha et du Kaarta. Ils habitent particulièrement le Ferlo, c’est-à-dire le pays compris entre Safalou et Kerkité.

Le Sarracolé, comme son nom l’indique d’ailleurs (Sarracolé veut dire homme blanc), est une des races d’origine blanche qui habitent l’Afrique occidentale. Du reste, le type sarracolé pur ne peut laisser aucun doute sur son origine sémitique. Le visage est, en effet, ovale, les yeux grands, le nez droit et souvent même aquilin, les lèvres généralement minces ou peu lippues, le teint moins noir que chez les peuples de race mandingue, les membres supérieurs n’ont pas enfin cette longueur démesurée qui est la caractéristique du nègre proprement dit. La femme offre encore plus prononcés les caractères de la race blanche que l’homme. Le visage est régulier, le prognathisme insignifiant, le nez petit, nullement épaté, les cils et les sourcils abondants et bien dessinés. Les jambes ne présentent pas ce caractère masculin que l’on trouve si prononcé chez la femme malinkée et la femme bambara. Les cuisses sont bien faites et les bras bien modelés. Enfin les extrémités sont d’une finesse remarquable et les attaches élégantes. Le teint est plutôt fortement bronzé que noir.

Cependant on comprend que, vivant au milieu de populations noires, le Sarracolé, par suite de croisements multiples, ait dégénéré et qu’il ait fini par prendre à ses voisins quelques-uns de leurs caractères anthropologiques. Néanmoins, avec un peu d’habitude, il est facile de ne pas se méprendre et de distinguer rapidement un Sarracolé d’un Toucouleur, d’un Ouolof ou d’un Malinké.

Ce qui surtout nous permet de le considérer comme bien supérieur aux autres races africaines, à part la race peulhe, bien entendu, c’est son intelligence éveillée, son aptitude toute particulière pour le commerce et son âpreté au gain. Je ne sais qui a dit que le Sarracolé était le juif du Soudan. Jamais comparaison ne fut plus exacte. Ce sont, en effet, les Sarracolés qui sont les colporteurs de l’Afrique occidentale. Chaque année, après l’hivernage, dès que la saison des pluies est terminée et que les sentiers sont devenus praticables, ils quittent leurs villages et de cultivateurs deviennent dioulas (marchands ambulants). Ils vont à domicile porter aux populations sédentaires tout ce dont elles peuvent avoir besoin.

Au début de ses opérations, la pacotille du dioula est des plus modestes : quelques pièces de guinée, du sel, de la poudre, des pierres à fusil, des fusils de traite, des kolas, de la verroterie, et voilà tout. Toutes ces marchandises sont soigneusement emballées et portées par un de ces vaillants petits ânes qui sont le plus précieux auxiliaire, le compagnon de fortune du dioula. Mais peu à peu, grâce à son instinct du lucre et à une sévère économie, sa petite fortune ne tarde pas à augmenter. Avec les bénéfices qu’il a réalisés, il achète un, deux, puis plusieurs captifs, et il ne cesse son métier de dioula que lorsqu’il a pu en acquérir un assez grand nombre pour faire cultiver ses lougans. Il reste alors dans son village et devient un notable plus ou moins influent. Il a réalisé son rêve : il est maintenant propriétaire et chef de case.

D’autres Sarracolés, qui n’ont pas un goût aussi vif pour les pérégrinations ou qui ne possèdent pas les ressources nécessaires pour la première mise d’une pacotille de dioula, emploient d’autres moyens pour arriver à cette situation tant désirée de chef de case.