Dès l’âge de quinze ans ils se rendent à Saint-Louis, dans nos postes, à nos escales. Là ils accaparent les emplois indigènes les plus lucratifs, les places les mieux rétribuées, et aussi, autant que possible, celles qui exigent le travail le moins pénible. La presque totalité des matelots indigènes, des laptots, qui composent au Sénégal les équipages de nos avisos et l’armement des chalands des négociants sont Sarracolés. Les meilleures places de domestiques, de maîtres d’hôtel, d’employés indigènes de commerce à Saint-Louis sont occupées par des Sarracolés. En revanche, on n’en trouve pas un seul parmi les spahis et à plus forte raison parmi les tirailleurs sénégalais. Le service y est trop pénible et la solde trop faible.
Dès que, dans ces diverses situations, il a acquis une certaine aisance, il rentre dans son pays et devient à son tour propriétaire et chef de case.
Chez lui, le Sarracolé est bon agriculteur. Maître impitoyable, il exige un travail considérable de ses captifs et sait en tirer tout le rendement dont ils sont capables. Comme le Peulh, il possède toujours de grands troupeaux et est un éleveur de première force.
Le peuple sarracolé a eu son heure de puissance et de gloire ; il formait, paraît-il, il y a quelques siècles, un vaste empire au cœur du Soudan occidental. Les débris de cet empire sont aujourd’hui épars sur le continent africain sous les noms de Soninkés, Markankés, Sarracolés, à l’état tantôt de familles, tantôt de confédérations plus ou moins importantes. Musulman convaincu, il est, par suite de sa vie nomade, un des plus fervents propagateurs de l’islamisme en Sénégambie. Aussi embrassa-t-il avec enthousiasme la cause de son compatriote Mahmadou-Lamine. Les plus fidèles talibés de ce faux prophète étaient Sarracolés.
Ceux du Bondou furent des premiers à aller se ranger sous sa bannière. Le pays qu’ils habitaient est aujourd’hui presque complètement désert. Mais on peut être certain que quelques années de paix seulement suffiront pour les y ramener.
6o Diakankés. — Les Diakankés, si l’on en croit la légende, peuvent être considérés comme une des races les plus anciennes du Soudan. On fait remonter leur origine aux temps les plus reculés. Il nous a paru curieux de recueillir quelques-unes des opinions qui ont cours à leur sujet dans le Bondou. On pourra voir, en lisant les quelques lignes qui suivent, que l’imagination est loin de faire défaut aux griots et aux marabouts.
Donc, d’après certains griots et marabouts, leur origine remonterait jusqu’au temps des patriarches. Le tamsir Bodéoul disait même qu’ils avaient été des captifs d’Abraham, qui leur aurait donné la liberté peu avant sa mort, et qu’ils auraient embrassé l’islamisme dès la fondation de cette religion par Mahomet. D’autres soutiennent qu’ils descendent de captifs de Moïse ou de Salomon. D’autres enfin prétendent, et ceci serait plus vraisemblable, que leurs ancêtres auraient été simplement des captifs de Mahomet ou des califes qui lui ont succédé.
Quoi qu’il en soit, les Diakankés, comme les Sarracolés avec lesquels il convient de ne pas les confondre, présentent d’une façon absolument certaine des caractères indiscutables d’une race sémitique quelconque. Ainsi ils ne sont pas aussi noirs que les indigènes de race mandingue ou ouolove. De même leurs caractères anthropologiques se rapprochent sensiblement de ceux de la race blanche. Nous serions, pour nous, assez tentés de les considérer comme une race de mélange, analogue à la race toucouleure, mais chez laquelle l’élément peulh dominerait davantage.
Quant à leur pays d’origine, il est généralement admis qu’ils sont venus de l’est ; mais d’où ? c’est là le problème qu’il serait intéressant d’élucider. Tout ce que l’on sait, c’est qu’avant leur arrivée dans le Mandé ou Manding ils habitaient, dans le Macina, un village nommé Diaka, d’où leur est venu le nom de Diakankés (hommes de Diaka) sous lequel les désignaient les peuplades de races mandingues. Ils émigrèrent de ce village, on ne sait trop à quelle époque, et vinrent s’établir dans le Mandé en un endroit qui fut désigné sous le nom de Diakaba. C’est de ce village que sont sorties les principales familles diakankées qui habitent le Bondou, le Dentilia et le Niocolo. Elles ont formé dans le Bondou une petite agglomération de villages auxquels on donne le nom de Diaka.
Le Diaka est le canton le plus méridional du Bondou. Il confine à l’est au Tiali, au sud au pays de Gamon et au Tenda, à l’ouest au Ouli et au Ferlo-Maodo, et au nord au Niéri et au Ferlo-Balignama.