Pendant leur séjour dans le Manding, ils réussirent à convertir à l’islamisme bon nombre de familles malinkées qui veulent aujourd’hui se faire passer pour diakankées. Mais on ne saurait les confondre avec les représentants purs de cette race dont elles n’ont aucun des caractères anthropologiques, car les croisements entre ces deux unités ethniques ont toujours été excessivement rares.

Les principales familles diakankées du Bondou se sont, pour ainsi dire, conservées absolument pures de tout mélange. En voici les noms et ce que nous avons pu démêler à leur sujet de plus vraisemblable au milieu de fables et de légendes plus extraordinaires les unes que les autres.

1o Les Diaby-Gassama sont les descendants de Mody-Fatouma, qui fut père de Fodé-Diakoï-Saloum dont les fils habitent Diddé et ses environs, Bokko, près de Safalou, Diddé-Coutta, près de Bentenani, et Touba-N’ding, près de Dianna. Mody-Fatouma eut encore deux fils : Diako-Laye, qui fonda le village de Touba du Fouta-Djallon, et Fodé-Boulaye, qui fut le fondateur de Dianna dont un des arrière-petits-fils, Fodé-Ismaïlia, est aujourd’hui le chef.

Durant leur séjour à Diakaba, les Gassama adoptèrent pour ainsi dire une nombreuse famille malinkée qui prit le nom de Sambou-Gassama, de celui de son chef Sambou.

Celui-ci avait émigré du Mandé dans le Ouli à la suite du chef Koly-Tengrela, et était venu s’établir au village de Soutouko, non loin de Sini. Peu après son installation, arriva à Soutouko un marabout diakanké, qui se nommait El-Hadj-Fodé-Souaré, qui convertit sans peine Sambou à l’islamisme. Il lui persuada de quitter le Ouli, et l’entraîna dans le Diaka, où il fonda le petit village de Médina-Diaka dont les habitants ne doivent pas, par conséquent, être considérés comme de purs Diakankés.

La famille des Gassama a dans tout le Bondou une grande réputation de ferveur religieuse. Elle a donné un grand marabout, Fodé-Diakoï-Saloum, qui fit trois fois le pèlerinage de La Mecque et construisit les mosquées de Diddé et de Koussan-Almamy, qui furent détruites par les bandes d’El-Hadj-Oumar.

2o Les Dibassy-Fadiga sont, après les Gassama, la famille la plus importante du Diaka. Ils descendent d’un nommé Toullé-Fadiga, qui vécut dans les temps les plus reculés de la légende. Certains marabouts prétendent qu’il existait au temps du roi Salomon, dont il aurait été captif, et que ce dernier l’aurait libéré après lui avoir fait apprendre l’hébreu.

3o La famille des Diakités n’a peut-être pas une origine aussi ancienne que les deux précédentes, mais elle jouit chez les Diakankés d’une grande autorité religieuse et politique, bien que cependant elle ne soit pas de race absolument pure et qu’elle soit fortement mâtinée de mandingue. On les désigne encore sous le nom de Kabalankés, du nom de leur ancêtre Kaba-Mody-Satan, qui lui-même, dit la légende, descendait d’un nommé Hamdiatou ou Hamza, oncle de Mahomet. Cet Hamdiatou, nous apprend-on, serait parti de Médine, près de La Mecque, pour visiter les contrées du sud et du sud-ouest et les convertir au culte du Coran. Ce fut ainsi que, de pays en pays, il arriva dans le Mandé, à la cour du grand roi mandingue Soun-Djatta, qui le reçut fort bien ; et chaque fois que le marabout pèlerin venait prêcher dans la cour royale, Soun-Djatta lui faisait remettre en cadeau une petite baguette d’or. Chaque fois aussi, en retour de ses libéralités, le marabout faisait toujours des vœux et récitait des prières pour le bonheur et la prospérité du roi mandingue. Il ne put cependant pas, malgré tout ce qu’il fit, le convertir à l’islamisme.

A cette époque se trouvait à la cour de Soun-Djatta, parmi les hommes de sa suite, un courtisan qui ne pouvait pas souffrir le marabout et qui l’accusait de tromper le souverain. Il ne pouvait lui pardonner que Soun-Djatta le comblât de cadeaux, et allait répétant partout que ses prières n’avaient absolument aucune vertu. Aussi se tenait-il toujours à l’écart, au pied d’un arbre qui était mort depuis longtemps, et ne répondait-il jamais aux oraisons du pèlerin.

Un jour le roi, avant de partir pour une dangereuse expédition, demanda à Hamdiatou de faire une prière solennelle pour la réussite de son entreprise. Celui-ci adressa alors à Dieu une invocation telle, disait-il, que Soun-Djatta reviendrait sûrement vainqueur dans sa capitale et avec un riche butin. Le courtisan ne put s’empêcher de prendre à partie le marabout à ce sujet en présence de toute la cour. Il l’invectiva violemment et lui dit, en terminant : « Marabout, je ne le regarderai jamais que comme un vil imposteur tant que, par tes prières ou par tout autre moyen, tu n’auras pas fait pousser des feuilles à cet arbre qui est mort depuis des années. » Et, ce disant, il frappa vivement et à plusieurs reprises sur les racines qui lui servaient de siège. Hamdiatou adressa alors à Dieu une fervente prière, lui demandant de faire ce miracle pour convaincre l’infidèle. En peu de jours il fut exaucé, et l’arbre se couvrit d’un vert feuillage qui devait persister toute l’année, une nouvelle feuille devant remplacer immédiatement celle qui venait de mourir.