Cet arbre fut dès lors appelé Doua-Luigo, ou « arbre de prière » en langue mandingue, d’où l’on a fait Doubaléhi et Doubalel. C’est ainsi que ce beau végétal est connu aujourd’hui des Européens au Soudan.
Le courtisan, convaincu de la puissance du marabout, ne tarda pas à se convertir à l’islamisme. Il devint le meilleur ami d’Hamdiatou, et dans la suite lui donna sa propre fille en mariage. C’est de cette union que naquirent les Diakités. Ils ne sont donc pas des Diakankés purs, mais plutôt des métis de Diakankés et de Mandingues.
Les Diakités jouissent chez tous les peuples du Soudan, et particulièrement chez les Diakankés, d’une grande influence, tant au point de vue politique qu’au point de vue religieux. Ils sont considérés comme des descendants de Mahomet, et comme tels chargés, partout où ils se trouvent, de dire les prières. Ils jouissent, à ce point de vue, des mêmes faveurs que les chérifs maures et, comme eux, reçoivent de nombreux cadeaux des fidèles au nom du prophète de l’Islam.
Les Diakités, ou Kabalankés, ont donné dans le Bondou plusieurs personnages fameux par leur sainteté et leur profonde connaissance du Coran. C’est d’abord Fodé-Amar-Kaba, marabout renommé qui vivait du temps de l’almamy Saada. Il habitait le village de N’Dioum-Alfakha, dans le Ferlo-Maodo. Il émigra en 1857, à la suite d’El-Hadj-Oumar, et s’établit à Mongua, dans le Guidioumé, où il mourut en laissant un fils nommé Demba-Kaba. Celui-ci était chef du village fondé par son père lorsque éclata la guerre entre Moriba-Saffré, chef de Paraoual, et les fils d’El-Hadj-Oumar : Bassirou, de Koniakary, et Mountaga, de Nioro.
Ne se voyant plus en sûreté dans Mongua, Demba-Kaba alla se réfugier dans le Nioro, où il s’établit avec toute sa famille et ses captifs à Kamandapé, où il mourut. Ses descendants habitent encore ce village.
Signalons également le marabout Fodé-Mahmadou-Iéïlani, qui habitait le village de Iéïlani, à quelques kilomètres au sud-ouest de Sanoundi, dans le Diaka. Il quitta ce village vers 1882 et vint s’établir à Kaparta. C’est de là qu’il émigra en 1886, durant la guerre contre Mahmadou-Lamine, pour se réfugier dans le Niani, où il habite encore avec sa famille le village de Kouonko.
4o La famille des Souaré est de date plus récente. Elle reconnaît comme premier ancêtre un marabout qui avait fait le pèlerinage de La Mecque et qui, à son retour, fut appelé par ses compatriotes Fodé-El-Hadj-Sy-Ouaré, d’où on a fait Souaré.
Voici quelle est l’origine de ce diamou (nom de famille) :
En revenant de son pèlerinage de La Mecque, le marabout Fodé était accompagné de quelques talibés qui avaient fait le voyage avec lui. Bien entendu, tous ne marchaient pas aussi rapidement, et il y avait toujours quelques retardataires. Chaque fois que ceux-ci arrivaient après leur chef dans un village, ils avaient l’habitude de demander aux habitants si Fodé-El-Hadj n’était pas passé chez eux ; à quoi ceux-ci répondaient toujours qu’il y avait plusieurs pèlerins de ce nom qui traversaient tous les jours leur village, et qu’ils ne savaient pas, par conséquent, lequel les talibés demandaient. Précisant alors, ils répondaient : « Celui que nous demandons, c’est Fodé-El-Hadj-Sy-Ouaré, c’est-à-dire Fodé, le pèlerin qui a un cheval tacheté de blanc. » De là l’origine du nom de Souaré. Ces Diakankés sont encore des marabouts. Ils habitent particulièrement le village de Bokolako.
5o La famille des Sylla est également une famille de marabouts. Ils se sont croisés avec des Sarracolés du Diafounou. Ils ont donné quelques lettrés fameux dans le Bondou, et, entre autres, le nommé Fodé-Maram-Birahim, qui vivait à Bani-Israïlia vers 1856 et qui mourut à la suite d’El-Hadj-Oumar dans le Nioro. Son fils, Fodé-Sékou, était également un profond marabout. Il quitta Bani en 1886 et émigra dans le Niani pour fuir la colonne française qui venait de s’emparer de Dianna, et contre laquelle il avait combattu.