7o Peulhs. — La race peulhe est une race d’origine sémitique. Ses représentants n’ont rien de commun avec les noirs. Les caractères anthropologiques se rapprochent tellement de ceux de la race blanche la plus parfaite que nous n’hésitons pas à la considérer comme l’échelon intermédiaire le plus parfait et le plus élevé entre le blanc pur et le noir.
Nous n’avons pas ici à traiter cette importante question. Il faudrait un volume tout entier pour résumer seulement ce que l’on sait aujourd’hui du Peulh. Nous ne nous occuperons que des Peulhs du Bondou. Il y sont relativement peu nombreux et habitent particulièrement le Tiali et le Do-Maïo. Leurs griots font remonter leur origine bien avant Mahomet. Ils seraient, d’après eux, issus d’un descendant de Cham qu’ils nomment Ilo-Falagui.
Les familles des Camanadjios, des Sandaradjios et des Fouladjios auraient, d’après eux, pour ancêtre Nemrod-Boun-Canana (Nemrod, fils de Chanaan).
Ces trois familles jouissent dans le Bondou d’une assez mauvaise réputation. Le tamsir Bodéoul se plaisait souvent à dire qu’il ne pourrait jamais sortir des Djios des musulmans bien fervents.
Bien que la race peulhe ne soit pas aussi fanatique que la race toucouleure et particulièrement que les Torodos, elle a cependant donné des hommes illustres dans l’histoire politique et religieuse du Soudan. Nous citerons particulièrement Cheickou-Ahmadou-Tidjiania, le fondateur du royaume du Macina, dont les descendants régnèrent sur ce pays jusqu’en 1861, époque à laquelle il fut conquis par El-Hadj-Oumar, qui fit mettre à mort son dernier roi, Ahmadou-Mahmadou ; Boubakar, le conquérant du Fouta-Djallon, dont les fils sont encore almamys de ce pays ; Suleyman-M’Bal, qui fit une guerre acharnée aux Déniankés des bords du Sénégal, et enfin Abdoul-Kader, qui, de simple marabout, parvint à se faire élire almamy du Fouta sénégalais et eut avec les souverains du Bondou des démêlés que nous avons racontés plus haut.
Les principales familles peulhes qui habitent le Bondou sont : les Irlabés, les Kolébés, les Hamanabés ou Camanadjios, les Foulabés ou Fouladjios, les Sandarabés ou Sandaradjios, les Ouolarbés, les Séléyabés, les Yalalbés, les Ourourbés, les Halaïbés, etc., etc.
Les Hamanabés, les Foulabés et les Sandarabés sont venus du Fouta sénégalais et s’étaient établis dans le Dô-Maïo (Haut-Bondou) depuis Tomboura jusqu’à Baledji. Ils conservèrent leurs habitudes et leurs mœurs, et restèrent complètement étrangers aux mœurs des Sissibés, sous la domination desquels ils étaient.
Bien avant les guerres intérieures du Bondou, ils avaient formé de grands villages et avaient réuni des troupeaux considérables. Ils avaient même parmi eux des hommes influents, qui furent condamnés à mort de crainte qu’ils ne fissent soulever leurs compatriotes. La ville de Torogua fut pillée et incendiée par les ordres de l’almamy Toumané-Mody, ses habitants se croyant assez forts pour fomenter une émeute contre les Sissibés. Ils sont toujours restés dans l’obéissance depuis cette époque.
Les Peulhs émigrés du Fouta-Djallon habitent le Tiali, au sud du Bondou, et une partie du Niéri. Ils ne se sont jamais mélangés avec les Peulhs du Fouta sénégalais, qu’ils ont toujours méprisés et regardés comme des hommes sans foi ni loi. De plus, le Peulh du Fouta-Djallon est de race absolument pure, et il est fier de son origine, tandis que les autres sont plus ou moins mitigés, et bien qu’ils se disent Foulbés comme ceux-ci, doivent être plutôt considérés comme des Toucouleurs.
Les premiers Peulhs du Fouta-Djallon qui émigrèrent dans le Bondou y vinrent à la suite de Boubou-Malick-Sy, lorsque celui-ci alla y chercher des troupes pour venir en aide à son père alors en guerre contre le tunka de Tuabo. Dans la suite, d’autres familles vinrent se joindre à ce premier noyau, et quand ils furent relativement nombreux, ils se dispersèrent ; une partie vint habiter le pays compris entre Sénoudébou et N’Dangan, c’est-à-dire les villages de Lally, Sittabenta, Bayéga, etc., etc., et l’autre partie se fixa dans le Tiali et le Niéri.