«Quelqu'un, disait-il, me soutenait l'autre jour, au café de Foy, qu'il y avait de l'exagération dans la critique que je faisais des vers de Richard Coeur-de-Lion; et que, si négligés qu'ils fussent, ils ne l'étaient pas plus que ceux du commun des opéras comiques.—Je le nie, répliquai-je; on ne trouve des vers pareils dans aucun autre opéra, pas même dans aucun autre opéra de Sédaine. Bien plus, on n'en trouverait pas de pareils parmi les vers qui servent d'enveloppe aux bonbons.—Oh! pour cette fois, vous voulez rire.—Je parle très-sérieusement.—Vous mériteriez qu'on vous prit au mot.—Essayez.—Tout de bon?—Tout de bon. Faites venir deux sacs de bonbons de deux fabriques différentes, l'un de pistaches à la rose du Fidèle Berger, l'autre de pastilles au chocolat du Grand Monarque. Si la majorité des vers du confiseur, que nous prendrons au hasard dans ces sacs, est plus mauvaise que celle des vers de l'académicien, que nous leur comparerons dans l'ordre où ils sont rangés dans son Richard, je paie les bonbons; sinon, vous les paierez.»

Le pari accepté, on procède au tirage; et après la comparaison faite, les habitués du café prononcent à l'unanimité que les vers de Richard sont communément moins bons que ceux des deux poëtes de la rue des Lombards.

Ce qui ajouta encore au piquant de cette facétie, c'est qu'en la racontant Hoffman avait soin d'intercaler dans son récit le procès-verbal des débats, et d'y inscrire les vers sur le mérite desquels l'audience avait prononcé après confrontation.

Dialecticien non moins habile que critique ingénieux, il ne sortit jamais sans honneur des polémiques où il se trouva engagé. On comptait parmi les antagonistes qu'il a complètement battus, ce Clément qui s'était acharné sur Delille, Saint-Lambert et Voltaire, et ce Geoffroi qui s'acharnait après tout le monde.

Dans sa querelle contre Clément, il défendait les intérêts d'autrui, ceux de l'auteur des Vénitiens, dont le succès avait réveillé l'humeur hargneuse de ce vieux pédant. Les trois lettres qu'il publia dans cette occasion sont des modèles de critique judicieuse et de bonne plaisanterie. Mais il s'était contenté de repousser avec des armes légères le trait décoché avec plus de malveillance que d'énergie par un bras impuissant. Telum imbelle sine ictu.

Dans sa querelle avec Geoffroi, celle-là s'engagea à l'occasion de l'acharnement avec lequel ce zoïle critiquait Adrien, il employa des moyens plus puissans. On fut surtout étonné de l'étendue de l'érudition qu'il déploya en cette occasion, où il ne négligea pas toutefois d'employer ses armes ordinaires.

Sa victoire sur le plus renommé des rédacteurs du Journal des Débats fut constatée par les démarches que les propriétaires de ce journal firent pour l'attacher à leur entreprise. La spéculation leur fut profitable.

Engageant son talent sans aliéner son indépendance, Hoffman ne traitait que des matières de son choix; mais par cela même il les traitait avec toutes les ressources que la conviction peut fournir à l'esprit.

Ennemi des paradoxes et des préjugés, il a fait une guerre infatigable à tous les genres de charlatanisme. Le magnétisme, la mnémonique, la crânologie, le romantisme, ont été tour à tour l'objet de ses railleries, et il ne les a épargnées ni à M. de Schlegel, ni à l'abbé Fenaigle, ni au docteur Gall, ni à Mme de Genlis.

S'il exigeait qu'on lui laissât toute liberté pour attaquer, il voulait aussi qu'on laissât toute liberté aux autres pour répondre: rien ne le prouve comme le fait suivant.