C'est sur ces vers, inspirés par Virgile et parodiés par M. Molines, que Gluck a soupiré l'air: Objet de mon amour, air qui ne saurait vieillir pas plus que le coeur humain.
Calsabigi était déjà mort quand j'arrivai à Naples. On a recueilli en deux volumes ses oeuvres, qui renferment, indépendamment de ses ouvrages dramatiques, quelques dissertations judicieuses.]
[28: Je retrouve dans mes paperasses la dissertation suivante dont les principaux documens m'ont été fournis par le chevalier De Angely, Napolitain recommandable à plus d'un titre, et versé dans tous les genres d'érudition; qu'on me permette de la reproduire dans la forme sous laquelle elle a été publiée dans un journal étranger:
SUR POLICHINELLE.
Tout le monde connaît Polichinelle, on sait qu'il vit, mais c'est tout; on ne s'inquiète guère d'en savoir davantage. Son histoire mérite pourtant qu'on s'en occupe. Quand un individu fixe sur lui l'attention, et à plus forte raison l'admiration publique, il n'est pas indifférent de savoir d'où il vient et de quels parens il sort, soit pour le louer d'avoir soutenu l'honneur d'une race illustre, soit pour le féliciter d'avoir appelé la gloire sur une famille ignorée avant lui.
Polichinelle est d'origine napolitaine, je le savais; mais j'ignorais à quelle province il appartenait, et à quelle époque il était apparu pour la première fois sur la scène du monde. J'avais consulté Bayle, Moréri, Montfoncon, le nobiliaire du père Anselme, le dictionnaire de la Fable, le dictionnaire de la Bible, la Biographie universelle, peine inutile! Mes recherches sur cet objet ne me conduisaient à rien. De guerre lasse, je me disposais à sortir de la bibliothèque royale où cet intérêt m'avait conduit, quand un personnage dont la physionomie sérieuse portait cependant je ne sais quel caractère de malice, et qui prenait des notes à côté de moi, m'adressa une question, à quel propos? n'importe. Remarquant que cet homme, qui ne prononce pas aussi correctement qu'il s'exprime, avait un certain accent étranger, l'accent italien, et lui ayant entendu dire qu'il était de l'académie des Arcades de Rome, je présumai qu'il pourrait me donner satisfaction sur l'objet qui m'occupait; je ne me trompais pas.
«—L'origine de Polichinelle, me répond-il, est plus ancienne que celle des plus nobles familles de l'Europe, et elle se prouve par des monumens plus authentiques encore que ceux dont celles-ci se prévalent.
«Les érudits ne sont pourtant pas tous d'accord sur ce point, tout incontestable qu'il me paraisse. Exposons leur opinion avant de vous donner la mienne.
«Vous avez sans doute entendu parler de l'abbé Galiani qui fut homme d'esprit, quoique érudit, ou érudit, quoique homme d'esprit. Il est du nombre de ceux qui prétendent que Polichinelle n'est qu'un homme nouveau. Dans un ouvrage très-original, qui a pour titre del Dialetto Napolitano, du patois napolitain, ce docte veut que Polichinelle, dont c'est la langue primitive, ne soit qu'un paysan qui pendant les vendanges parcourait les environs de Nola avec une troupe de paysans ivres comme lui, divertissant les passans par ses quolibets et par ses bouffonneries. Ainsi la farce et la tragédie auraient la même origine, et Polichinelle aurait commencé comme Eschyle.
«Il y a bien quelque chose de vrai là-dedans quant au fait; mais quant à l'époque il y a erreur. Que de siècles cette opinion n'enlève-t-elle pas à l'antiquité de Polichinelle qui, si elle s'accréditait, pourrait à peine entrer dans un chapitre noble d'Allemagne!