Il ne se donne pas même la peine de regarder après elle, et, poussant un de ses grands éclats de rire, il s'écrie: «C'est une bonne fortune que de perdre une femme; on est bien fou de la garder, quand on peut s'en débarrasser à l'aide d'un couteau ou d'un bâton, et puis la jeter à la mer.»

Au second acte nous trouvons Punch en partie fine avec sa maîtresse Polly, à qui il ne fait pas la cour d'une manière très-décente, et à qui il assure qu'elle seule peut le rendre heureux, ajoutant que s'il avait autant de femmes que Salomon, il les tuerait toutes par amour pour elle. Un ami de Polly vient lui faire une visite. Il ne le tue pas, mais il se moque de lui; et comme il s'ennuie et que le temps est beau, il déclare qu'il veut en profiter pour faire une promenade à cheval.

On amène un étalon fougueux sur lequel il caracole pendant quelques minutes d'une manière ridicule, mais qui, à force de ruer, finit par le jeter par terre. Il crie au secours, et son ami le docteur, qui par le plus heureux hasard vient précisément à passer, accourt à son aide. Punch est couché presque sans vie, et gémit d'une manière terrible. Le docteur s'efforce de le consoler; il lui tâte le pouls, et lui dit: «Où êtes-vous blessé? Ici?—Non, plus bas.—À la poitrine?—Non, plus bas.—Vous êtes-vous cassé la jambe?—Non, plus haut.—Où donc?[29]» En ce moment, Punch donne au docteur un grand coup sur une certaine partie du corps, se lève en riant, et se met à danser et à chanter cet impromptu:

C'était là que j'étais blessé;
Mais ma guérison est entière:
Sur le doux, gazon renversé,
Pensez-vous que j'étais de verre?

Le docteur, furieux, se sauve, mais revient au bout d'un instant, avec sa grande canne à pomme d'or, et dit: «Tenez, mon cher Punch, je vous apporte une médecine excellente et qui ne convient qu'à vous.» Puis il fait aller sa canne sur les épaules de Punch bien plus vigoureusement que la défunte Judy.

«Oh! là! là! s'écrie celui-ci; mille remercimens, je suis déjà parfaitement guéri. D'ailleurs, mon estomac ne supporte pas la médecine; elle me donne tout de suite mal à la tête et aux reins.—Oh! c'est seulement parce que la dose n'a pas été assez forte! interrompt le docteur: prenez-en encore un peu, et vous vous sentirez beaucoup mieux.—C'est ce que vous autres docteurs dites toujours; mais essayez-en un peu vous-même.—Nous autres docteurs ne prenons jamais nos propres médecines; quant à vous, il ne vous en faut plus que quelques doses.»

Punch parait vaincu; il se laisse tomber et demande grâce; mais l'imprudent docteur se penchant sur lui, Punch, avec la promptitude de l'éclair, se jette dans ses bras, lutte avec lui, et finit par s'emparer de la canne, dont il se sert selon sa coutume.

«Maintenant, s'écrie-t-il, j'espère que vous voudrez aussi goûter un peu de votre merveilleuse médecine, mon cher docteur; un tout petit peu seulement, mon digne ami…, comme ceci… et comme cela… Ô mon Dieu! il me tue, s'écrie le docteur.—Cela ne vaut pas la peine d'en parler; c'est l'usage; les docteurs meurent toujours quand ils prennent leurs propres drogues. Allons, encore un coup, cette pillule sera la dernière.» En disant ceci, il lui enfonce la canne dans l'estomac en disant: «Sentez-vous le bon effet de cette médecine dans vos entrailles.» Le docteur tombe mort, et Punch dit en riant: «Mon bon ami, guérissez-vous si vous le pouvez», et il sort en dansant et en chantant.

La justice se réveille enfin, et envoie un constable pour arrêter Punch; il le trouve de la meilleure humeur du monde, et occupé à faire ce qu'il appelle de la musique avec une grosse cloche à boeufs.

«M. Punch, dit le constable, laissez là pour un moment la musique et le chant, car je viens pour vous faire déchanter.—Que diable êtes-vous donc, mon ami?—Ne me connaissez-vous pas?—Pas le moins du monde, et n'ai aucune envie de vous connaître.—Je suis le constable.—Et permettez-moi de vous demander qui vous a envoyé chercher?—C'est moi qui suis envoyé pour vous chercher.—Allons, je n'ai pas besoin de vous, je puis faire mes affaires tout seul. Je vous remercie bien.—Oui, mais par hasard le constable a besoin de vous.—Diantre! eh pourquoi donc, s'il vous plaît?—Oh! seulement pour vous faire pendre; vous avez tué Scaramouche, votre femme, votre enfant, le docteur!…—Que diantre cela vous fait-il? Si vous restez encore ici, il vous en arrivera tout autant.—Ne plaisantez pas, vous avez commis des meurtres, et voici le mandat d'amener.—Moi j'ai aussi un mandat pour vous, que je vais vous signifier tout à l'heure.»