Ici Punch prend la cloche qu'il a tenue jusqu'alors cachée derrière lui, et frappe un coup si fort sur le derrière de la tête du constable, que celui-ci tombe mort. Punch se sauve en faisant un entrechat et en chantant:

Tant va la cruche à l'eau qu'enfin elle se casse;
Mais un joyeux luron de rien ne s'embarrasse.

L'exempt qui, après la mort du constable, est envoyé pour arrêter Punch, a le même sort que lui, et enfin le bourreau est obligé de se charger lui-même de l'expédition. Cette fois Punch est pris par sa propre faute; car, sans y faire attention et sans voir le bourreau, il se jette lui-même dans ses bras. Pour la première fois cette rencontre semble l'abasourdir; il s'humilie et va jusqu'à faire la cour à Jack Casch: il l'appelle son vieil ami, et lui demande des nouvelles de son épouse mistriss Casch. Mais le bourreau lui fait bientôt comprendre que désormais il ne peut plus y avoir d'amitié entre eux; il tâche de lui faire sentir l'énormité de son crime en tuant tout le monde, et même sa femme et son enfant.—Quant à ceux-ci, dit Punch, ils étaient à moi, et chacun a le droit d'en user comme il lui plaît.—Et pourquoi avez-vous tué le pauvre docteur?—J'étais dans le cas de légitime défense, mon cher M. Casch, car il voulait me tuer.—Comment?—Oui, m'offrant de ses drogues.» Mais tous les prétextes ne servent de rien; trois à quatre valets de bourreau arrivent qui lient Punch et l'entraînent dans la prison.

Dans la scène suivante nous le voyons dans le fond du théâtre, avançant la tête devant une grille de fer et se frottant le long nez contre les barreaux. Il est très-chagrin et très-fâché, ce qui ne l'empêche pas de chanter une chanson à sa façon pour passer le temps. M. Casch et ses valets dressent une potence devant la prison. Punch devient triste; mais au lieu, de se repentir, il n'éprouve qu'un accès d'amour pour sa Polly. En attendant, il ne tarde pas à reprendre courage, et débite même plusieurs bons mots sur la beauté de la potence, qu'il compare à un arbre que l'on a sans doute planté devant sa fenêtre pour lui procurer une agréable perspective: «Qu'il sera beau, ajoute-t-il, quand il commencera à porter des feuilles et des fruits!» Quelques hommes apportent une bière qu'ils déposent au pied de la potence. «Eh bien! qu'est-ce que cela veut dire? demande Punch. Ah! c'est sans doute la corbeille pour déposer le fruit de cet arbre.»

Dans l'intervalle, Casch est revenu; il salue Punch et ouvre la porte de la prison en lui disant poliment que tout est prêt, et qu'il n'attend que ses ordres. On pense bien que celui-ci n'est pas trop pressé d'accepter l'invitation. Après une assez longue discussion, Casch s'écrie enfin: «Il faut que vous sortiez pour qu'on vous pende.—Vous ne serez pas assez cruel pour cela, dit Punch.—Pourquoi avez-vous été assez cruel pour tuer votre femme et votre enfant?—Mais cela n'est pas une raison pour que vous aussi soyez cruel et m'ôtiez la vie!» Casch tire Punch par les cheveux, et c'est en vain que celui-ci demande grâce et promet de se corriger. «Non, mon cher Punch, dit froidement Casch, ayez seulement la bonté de placer votre tête dans ce noeud coulant, et tout sera fini.»

Punch feint de la maladresse et place toujours sa tête de travers. «Mon Dieu, s'écrie Casch, que vous êtes maladroit! Voici comment il faut s'y prendre.»

Le bourreau lui montre comment il faut faire. «Je comprends, dit Punch, et puis il faut tirer.» Aussitôt, serrant ferme le bourreau, il le pend lui-même et se cache derrière le mur. Cependant deux hommes arrivent pour enlever le pendu; et, convaincus que c'est le criminel, ils le mettent dans la bière et l'emportent pendant que Punch rit dans sa barbe et danse de joie.

Mais le diable arrive en personne pour s'emparer de lui. C'est en vain que Punch lui fait la très-juste observation qu'il est bien bête de vouloir emporter le meilleur ami qu'il ait sur la terre, le diable n'entend pas raison et étend sur lui ses longues griffes. Il paraît déjà sur le point de partir avec sa proie, comme jadis avec Faust; mais Punch ne se laisse pas si facilement imposer. Il saisit courageusement son fouet meurtrier et défend sa peau même contre le diable. Une bataille terrible s'engage, et… qui se le serait imaginé! Punch, si souvent près de sa fin, reste vainqueur; il embroche le noir démon sur la pointe de son fouet, le lève en l'air, et, dansant joyeusement avec lui, il chante:

Punch n'a plus désormais rien à craindre du sort; Il peut vivre content, puisque le diable est mort.

La demeure de Punch est une boite placée sur quatre pieds, et décorée à l'intérieur d'une manière convenable. Ce théâtre se dresse en peu de secondes en tel lieu qu'on désire, et cache sous la draperie l'âme de Punch.