Ce spectacle, qui se joue tous les jours dans la rue, varie selon les talens de celui qui sert d'interprète à Punch auprès du public. (Extrait des Voyages du prince PLUCHER MUSCAU.)
Polichinelle se retrouve en Espagne, en Portugal et aussi en Allemagne. Empreint du caractère national, en Allemagne, où il s'appelle Casparelle, c'est un philosophe, un métaphysicien presque aussi profond que le docteur Faust qui figure comme lui sur le théâtre des Marionnettes, si l'on en croit Mme de Staël.
En Portugal, Polichinelle conserve ses moeurs; mais c'est un inquisiteur qui là remplace le diable, dans les griffes duquel cette espèce de don Juan finit toujours par tomber, ainsi que le veut la morale.
Complétons cette notice par deux mots sur le Polichinelle en général. Appliquée à un sujet si intéressant, l'érudition ne saurait être fatigante.
Polichinelle est le type du laid. En fait de difformités, il doit être ce qu'est l'Apollon en fait de perfections; comme, en fait de gaucherie, ce qu'est Terpsichore en fait de grâce. Bossu par derrière et par devant, juché sur ses jambés de héron, armé des bras du singe, il doit se mouvoir avec cette raideur sans force, cette souplesse sans ressort qui caractérise le jeu d'un corps qui n'a pas en soi le principe du mouvement, et dont les membres, mis en action par des fils, et non par des nerfs, ne sont pas attachés au tronc par des articulations, mais par des chiffons.
Dans notre siècle, où tant de gens sont sortis de leur sphère, on a vu Polichinelle se produire sur le plus magnifique de nos théâtres, sur le théâtre de l'Opéra. Le danseur qui s'était chargé de ce rôle est un des hommes les plus merveilleux qui aient paru sur cette scène si féconde en merveilles. Il mettait à imiter la marionnette encore plus de fidélité que la marionnette n'en met à imiter l'homme. Il n'avait rien d'humain. À la nature de ses mouvemens et de ses chutes, on ne l'eût pas cru de chair et d'os, mais de coton et de carton: rien de plus savant que ses gestes et que ses attitudes, soit quand, adossé à la coulisse, il y semblait accroché plutôt qu'appuyé, soit quand, s'affaissant tout à coup sur lui-même, il semblait avoir été abandonné par la main ou par le clou qui le soutenait. Son visage était un vrai visage de bois; il faisait illusion à tel point que les enfans le prenaient pour une marionnette qui avait grandi.]
[29: Ceci est évidemment pris d'une tragédie de Shakespeare; dans Henry V, une vivandière donne des détails à peu près pareils de l'état où elle a trouvé sir John Falstaff.]
[30: Sainte Catherine. Au neuvième siècle, des moines trouvent au mont Sinaï un cadavre épargné par la corruption, effet que plus d'une cause naturelle peut produire. Cette momie est aussitôt proclamée vierge, martyre et sainte, sous le nom d'Aicatarine, ce qui veut dire pure et sans tache, et vite on lui bâtit une chapelle; mais il lui fallait une légende. Voici celle que lui a rédigée le cardinal Baronius, l'un des plus judicieux légendaires:
Catherine naquit, à Alexandrie d'une famille noble et même royale, puisque Ceste, son père, était tyran d'Alexandrie, qualité qui, au sens de Simon Métaphraste, l'un de ses pieux historiens, équivaut à celle de roi. Suivant Pierre de natalibus, ou tout bonnement Pierre Noël, autre historien de même espèce, une vision détermina Catherine à se faire baptiser. Ayant rêvé que la bonne Vierge la présentait à l'enfant Jésus, qui la repoussait parce qu'elle n'avait pas reçu le baptême, elle se hâta de recevoir ce sacrement, et, sans trop s'en douter, fit, comme on dit, d'une pierre deux coups, car elle reçut tout d'un temps le sacrement de mariage; l'enfant Jésus se montrant de nouveau à elle, la prit pour épouse en présence de sa mère et des anges, et en signe de ce mariage, auquel il ne manquait que le contrat, il lui mit au doigt un anneau qu'elle y retrouva à son réveil. Catherine avait un esprit très-pénétrant; elle étudia la théologie, et, qui plus est, la comprit: elle eut été en état d'argumenter en Sorbonne. Aussi dans Alexandrie, où les ergoteurs n'étaient pas rares, ergotait-elle avec le premier venu, comme de nos jours Mme de Krudner, de mystique mémoire, avec le premier qu'elle rencontrait. De là ses trois colloques avec Maximin.
Maximin II commandait alors en Égypte. Païen comme l'avait été Constantin son collègue, il persécuta d'abord les chrétiens, en faveur desquels il finit aussi par donner un édit, quand il crut, comme l'autre, avoir intérêt à se les concilier. La fureur commence les persécutions, la politique les termine.