Le postillon, à qui nous n'avions pas indiqué l'auberge où nous voulions descendre, nous conduisit alle Crocelle, auberge à laquelle il nous avait vendus d'avance, et qui est située sur le quai de Chiaja.

LIVRE XI.

AOÛT À DÉCEMBRE 1797.

CHAPITRE PREMIER.

Six semaines à Naples.—Mauvaises relations de la cour de Naples avec la république française.—La légation française.—Le général Caudaux; le chevalier Acton, premier ministre du royaume de Naples.—Le banquier Berio.—Le chevalier Hamilton, ambassadeur d'Angleterre; lady Hamilton.

Bien qu'étendu dans un bon lit, me croyant encore en route, je me sentais cahoté dans les ravins des Apennins, quand mon camarade me réveilla. «N'entendez-vous pas le tonnerre? me criait-il.—Le tonnerre!—Oui, le tonnerre. Il fait un vacarme affreux depuis une demi-heure; et dans ce moment il pleut à verse.—Il pleut! je suis curieux de voir cela.» Depuis mon départ de Venise, en effet, je n'avais pas vu tomber une goutte d'eau. J'étais altéré de tout mon corps. Me jetant à bas du lit, je cours au balcon, et là,

dans le simple appareil D'une beauté qu'on vient d'arracher au sommeil,

je reçois avec délices les torrens d'eau tiède que le ciel me prodiguait. Comme personne ne courait les rues pendant ce déluge, ma toilette ne scandalisa personne, en supposant que quelqu'un fût disposé à s'en scandaliser, dans un pays où le quart de la population était encore moins vêtu que moi.

Cet orage dura peu. Au bout d'une demi-heure le ciel était tout-à-fait nettoyé, et le soleil brillait de tout son éclat. Alors le tableau que présente le golfe de Naples se développa devant moi dans toute sa magnificence. Après en avoir joui pendant quelques instans, pensant qu'il était à propos de faire un peu plus de cérémonie pour me présenter chez notre ambassadeur, j'endosse un habit bleu, j'ajuste à un ceinturon aussi riche que celui d'un commissaire des guerres un sabre aussi grand que celui d'un apprenti général; et coiffé d'un chapeau militaire surmonté du panache qui m'avait attiré tant de témoignages d'estime sur la route, je me rends chez le représentant de la république française.

Ce poste était alors rempli par le général Canclaux. De major au régiment de Conti qu'il était lorsque la révolution éclata, ce gentilhomme, qui n'avait pas cru utile d'émigrer, ni honnête de quitter les drapeaux, était bientôt parvenu au grade de général de division. Envoyé contre les Vendéens, sans faire preuve d'un génie supérieur, il avait commandé avec succès l'armée de la Loire, et battu les rebelles à plusieurs reprises. Servant toutefois encore mieux l'État par son caractère conciliant que par ses talens militaires, il avait fortement contribué à cette pacification qui en 1795 semblait avoir rattaché la Vendée à la république.