J'étois coiffée avec mes cheveux noirs à grosses boucles, mes grands pendants d'oreilles de diamants, une douzaine de mouches, un collier de perles fausses plus belles que les fines, et d'ailleurs, en me voyant tant de pierreries, on n'eût jamais cru que j'eusse voulu rien porter de faux.

J'avois changé à Paris ma croix de diamants, que je n'aimois point, contre cinq poinçons que je mettois dans mes cheveux; ma coiffure étoit garnie de rubans jaune et argent, ce qui faisoit fort bien avec des cheveux noirs, point de coiffe, nous étions au mois de juin, un grand masque qui me cachoit toutes les joues, de peur de hâle, des gants blancs, un éventail, voilà ma parure; on n'eût jamais deviné que je n'étois pas une femme.

Je montai dans mon carrosse, avec madame Bouju à onze heures et demie, pour aller à Bourges; j'arrivai chez madame la lieutenante générale qui alloit monter en carrosse; elle voulut, en me voyant, remonter chez elle, mais je l'en empêchai quand je sus qu'elle alloit à la messe à l'église cathédrale; c'étoit la messe des paresseuses, toutes les belles de la ville y étoient et tous les galants; je montai dans son carrosse et nous y allâmes.

On me regarda tant et plus; ma parure, ma robe, mes diamants, la nouveauté, tout attiroit l'attention. Après la messe, nous passâmes entre deux haies pour aller à notre carrosse, et j'entendis plusieurs voix dans la foule qui disoient: «Voilà une belle femme»; ce qui ne laissoit pas que de me faire plaisir.

La compagnie priée nous attendoit au logis; monsieur le lieutenant général me vint donner la main à la descente du carrosse, et je trouvai dans l'appartement la marquise de la Grise et sa fille, monsieur et madame Gaillot et l'abbé de Saint-Siphorien, qui avoit une abbaye à deux lieues de Bourges; c'étoit un vieillard qui avoit beaucoup d'esprit, et qui se sentoit encore de la galanterie du temps passé.

—Madame, me dit-il, on m'en avoit beaucoup dit, et j'en trouve encore davantage.

Je répondis à ces civilités, et embrassai madame de la Grise qui me parut bonne femme; elle n'avoit pas plus de quarante ans et ne faisoit point la belle; tout son amour-propre s'étoit tourné sur sa fille qui le méritoit bien.

C'étoit de ces petites beautés fines qui n'ont que la cape et l'épée, de petits traits, un beau teint, de petits yeux pleins de feu, la bouche grande, les dents belles, les lèvres incarnates et rebordées, les cheveux blonds, la gorge admirable, et quoiqu'elle eût seize ans, elle n'en paroissoit que douze. Je la caressai fort, elle me plut, je la baisai cinq ou six fois de suite, la mère étoit ravie; je raccommodai sa coiffure qui n'étoit pas de bon air, je lui dis avec amitié qu'elle montroit trop sa gorge, et je lui montrai à attacher sa collerette un peu plus haut; la pauvre mère n'avoit point la parole pour me remercier.

—Madame, lui dis-je, j'ai auprès de moi une femme qui m'a élevée, qui est fort adroite, c'est elle qui me coiffe, et il me semble qu'on me trouve assez bien.

Toute la compagnie s'écria qu'on ne pouvoit pas être mieux coiffée, et qu'on voyoit bien que je venois de Paris où les dames ont le bon air.