Je ne croyois pas qu'ils me tiendroient si tôt parole. Je les vis arriver le lendemain à midi dans un grand et vieux carrosse de la marquise de la Grise; il en sortit elle et sa fille, monsieur le lieutenant général, sa femme et sa fille, et l'abbé de Saint-Siphorien. Il étoit bon homme, et tout le monde vouloit l'avoir.

Je vis leur carrosse par la fenêtre. J'étois véritablement dans mon négligé: une robe de chambre de taffetas incarnat, un fichu, une échelle de rubans blancs, des cornettes à dentelles avec des rubans incarnat sur la tête, pas une mouche, mes petites boucles d'or; je descendis en bas et les reçus avec la même joie que si j'avois été bien parée.

—Mesdames, leur dis-je, vous m'aurez vue de toutes les façons.

—Je ne sais, madame, dit le vieil abbé, laquelle de toutes ces façons vous est le plus avantageuse, mais je sens bien qu'il y a quarante ans j'aurois mieux aimé la bergère que la princesse.

On se mit à rire. Je proposai d'aller dans le jardin, et je les menai jusqu'au bois, afin de donner le temps à mon cuisinier de mettre à la broche; une demi-heure après, on nous vint dire qu'on avoit servi; le dîner fut petit et bon.

—Vous n'avez, mesdames, leur dis-je, que le nécessaire, vous en trouverez toujours autant, j'ai envie que vous y reveniez souvent.

Je trouvai mademoiselle de la Grise plus jolie que jamais, et sous prétexte de lui montrer quelque chose sur le clavecin, je l'entretins en particulier.

—Ma belle enfant, lui dis-je, vous ne m'aimez point.

Elle se jeta à mon col, au lieu de me répondre.

—Parlez-moi avec franchise, seriez-vous bien aise de venir passer huit jours avec moi?