Enfin Roselie mit au monde une petite fille que j'ai fait bien élever, et à l'âge de seize ans je l'ai mariée à un gentilhomme de cinq ou six mille livres de rente; elle est fort heureuse. Sa mère, au bout de six semaines, redevint plus belle que jamais, et alors je resongeoi aussi à ma beauté. Je m'ajustai fort, et allai à la comédie avec deux dames de mes voisines. Roselie y parut comme un petit astre; mais elle fut bien étonnée, et moi aussi, lorsqu'elle vit sur le théâtre du Rosan qui faisoit le personnage de Maxime dans Cinna.
Il nous reconnut aisément et vint nous voir dans notre loge. Il ne se sentoit pas de joie, et il me parut que Roselie n'étoit pas fâchée. Je lui dis où je demeurois, et lui permis de me venir voir. Nous le vîmes dès le lendemain, et il ne finissoit point sur la beauté de la petite fille; sa passion se réveilla.
—Madame, me dit-il, ma fortune est faite; je n'ai encore qu'une demi-part, mais je l'aurai bientôt tout entière; c'est huit mille livres de rente. J'épouserai Roselie, si vous me la voulez donner, et je me flatte que faite comme elle est, si elle n'a point oublié à dire des vers, je la ferai recevoir dans la troupe.
Je lui répondis que je lui en parlerois, et qu'il revînt dans trois ou quatre jours.
Je lui en parlai dès la même nuit, en l'embrassant de tout mon cœur:
—Voyez, lui dis-je en pleurant, si vous me voulez quitter.
Elle dit assez froidement qu'elle feroit tout ce que je voudrois.
Cela ne me plut pas, et je résolus de la marier. Je la fis coucher dès le lendemain dans une chambre séparée; cela la toucha, elle me crut en colère; quand tout le monde fut couché, elle me vint trouver dans mon lit, et me demanda cent fois pardon.
—Eh! madame, me dit-elle, quand je serois mariée, ne m'aimeriez-vous plus?
—Non, ma chère enfant, lui dis-je, une femme mariée ne doit aimer que son mari.