Elle se mit à pleurer, et m'embrassa si tendrement que je lui pardonnai et m'imaginai être encore à Crespon.
Du Rosan revint et pressa. Je lui dis que Roselie n'ayant pas de bien, il falloit voir, avant toutes choses, si elle seroit reçue dans la troupe.
—Non, madame, reprit-il comme un homme fort amoureux, je ne demande rien; sa petite personne est un assez grand trésor.
Je ne l'écoutai pas, et lui dis que le lendemain j'irois à la comédie, que Roselie seroit dans ma loge, fort parée, qu'il la fît remarquer à ses camarades, et qu'après la pièce ils me vinssent tous prier de venir sur le théâtre, quand tout le monde seroit sorti, pour faire dire quelques vers à la fille.
Cela fut exécuté; on joua le Menteur; Floridor, après la pièce, nous conduisit sur le théâtre, et pour me réjouir, je dis avec la petite fille des scènes de Polyeucte, que nous avions dites ensemble plus de cent fois.
Les comédiens étoient dans l'extase, et sans autre examen vouloient recevoir Roselie, mais je m'y opposai.
—Il faut, leur dis-je, consulter le public. Faites-la afficher, qu'elle joue cinq ou six fois, et puis vous verrez.
Du Rosan trouvoit cela bien long, et moi je le trouvois bien court. Il falloit, le lendemain des noces, renoncer pour jamais à ce que j'aimois; je m'y résolus pourtant et ne voulus point empêcher l'établissement de ma chère enfant; je m'étois aussi aperçue qu'elle ne haïssoit pas du Rosan.
Elle joua publiquement sur le théâtre de l'hôtel de Bourgogne, et dès la première fois, le parterre la fit taire à force d'acclamations. Les comédiens la reçurent dans les formes, et lui donnèrent en entrant une demi-part.
Elle n'avoit point d'habits de théâtre, ils sont fort chers; je lui donnai mille écus pour en avoir, et du Rosan lui en donna autant. Il commença à presser son mariage; je reculois toujours; tantôt c'étoient des habits que je lui faisois faire, tantôt c'étoit du linge; je voulois faire la noce chez moi.