Le comble du dortoir fut incendié plusieurs fois. En 1300, la foudre tomba sur l’église, dont les toits furent brûlés, ainsi que ceux du dortoir. Guillaume du Château répara le dommage pendant le temps qu’il gouverna l’abbaye. En 1374, le feu du ciel incendia encore l’église et le dortoir, plusieurs logements du monastère et presque toutes les maisons de la ville; Geoffroy de Servon commença la restauration du dortoir, laquelle fut achevée en 1391, par Pierre Le Roy, qui reconstruisit la pyramide de la tour octogonale du réfectoire, dite Tour des Corbins. «Le temple..... orné, il passa au logis du monastère, et là il fit rebastir le haut de la tour du réfectoire, qui estoit tombé depuis peu.»
Depuis cette époque (fin du quatorzième siècle) jusqu’au commencement du seizième siècle, le dortoir ainsi que les bâtiments du monastère furent soigneusement entretenus; mais, sous les abbés commendataires, on cessa de bâtir et même de restaurer. Il fallut plusieurs arrêts du parlement de Normandie pour contraindre les abbés à faire les réparations nécessaires.
Au milieu de luttes de toute nature qui troublèrent l’abbaye, un relâchement si profond se produisit dans les mœurs des moines, qu’ils furent remplacés, en 1622, par les religieux de la Congrégation de Saint-Maur; malheureusement, les nouveaux habitants du Mont-Saint-Michel mutilèrent le dortoir. En 1629 on divisa en deux, dans la hauteur, cette magnifique salle, en établissant de nouvelles cellules et, sous prétexte de les mieux éclairer, on élargit les ébrasements intérieurs des fenêtres, en sapant les colonnettes qui les encadraient et les arcatures qui les couronnaient.
La transformation de l’abbaye en prison, profanant l’église et les lieux réguliers, augmenta les mutilations ruineuses. Comme les autres salles du monastère indignement habitées, le dortoir fut divisé en deux étages de chambres pour les prisonniers et surmonté d’un grenier; sur la face nord, on construisit des latrines immondes qui, heureusement, tombent en ruines. La toiture actuelle est moderne; on voit au-dessus du formeret dont nous parlons plus haut, sur la face interne du pignon ouest, les filets saillants destinés à empêcher l’infiltration des eaux pluviales entre le mur et la couverture; ils déterminent sûrement la forme primitive du pignon et du comble anciens.
Les salles de la Merveille, sauf le cellier et les galeries intérieures du cloître, devaient être pavées en carreaux de terre cuite, coloriée et émaillée, dont nous avons recueilli des débris dans les fouilles qui ont été faites sur divers points de l’abbaye.
Le comble du dortoir était couvert en tuiles vernissées, jaunes et noires; nous avons également trouvé quelques morceaux de ces tuiles dans les ruines du degré descendant à la fontaine Saint-Aubert.
VIII
CLOÎTRE
e cloître, commencé par Thomas des Chambres, fut achevé par Raoul de Villedieu en 1228, selon dom Jean Huynes.
La forme générale du Cloître est un quadrilatère irrégulier, composé de quatre galeries, qui entourent le préau découvert, ou aire du cloître (voir le plan, en L fig. 145).