Depuis le commencement du seizième siècle jusqu’à nos jours, et après les incendies de 1564 et de 1594 qui causèrent de si grands dommages, les logis de l’abbaye ont subi des modifications importantes, particulièrement en ce qui concerne leurs couronnements, ce dont on peut se rendre compte en comparant l’état actuel de la face sud avec le projet de sa restauration.

II
BELLE-CHAISE

'est à Richard Tustin que l’on doit la construction de Belle-Chaire ou Belle-Chaise, à l’est de l’église.

Ce bâtiment se compose de deux salles superposées, entre lesquelles, dans la partie est de la salle des Gardes, a été ménagée une chambre pour le logement des portiers.

Au treizième siècle, l’entrée de l’abbaye se trouvait sur la face nord de Belle-Chaise, sur laquelle s’ouvre une magnifique porte composée de pieds-droits, ornés chacun de trois colonnettes, qui supportent les voussures de forme ogivale. Les bases, les chapiteaux sculptés simplement et surmontés de tailloirs circulaires, ainsi que les profils des moulures profondément refouillées, affectent les formes caractéristiques de l’architecture normande du treizième siècle.

Le tympan de la porte, soutenu par un arc en segment appareillé, est décoré de trois arcatures aveugles, dont les écoinçons sont ornés de trèfles gravés.

La porte était fermée par deux vantaux, intérieur et extérieur; de ce dernier vantail on voit encore, scellés sur les pieds-droits latéraux, les colliers en fer embrassant les montants, avec lesquels les deux vantaux pivotaient en s’ouvrant extérieurement.

On devait arriver à la porte par des rampes ou un degré; elle devait aussi être précédée d’un ouvrage défensif se reliant aux remparts que Richard Tustin éleva, en même temps que Belle-Chaise, au nord et à l’est du Mont.

La porte de l’abbaye s’ouvre au nord sur la salle des Gardes, d’où l’on ne peut pénétrer dans la cour de l’église, au sud, et dans celle de la Merveille, au nord, qu’en traversant cette salle, dont l’accès pouvait être facilement défendu. C’était dans la salle des Gardes que les arrivants devaient déposer leurs armes, avant d’entrer dans les bâtiments du monastère, à moins d’être dispensés de cette obligation par la permission spéciale du prieur de l’abbaye: «Adhæret huic portæ domus prima custodiarum, ubi ab ingressuris, si qua habeant arma, deponuntur, nisi ea retinere permittat monasterii prior, qui arcis prorector est[29].» Geoffroy de Servon[30] obtint ce privilège en 1364 et en 1365, par lettres patentes du roi Charles V, afin de préserver l’abbaye à une époque où, les pèlerinages étant très fréquents et très nombreux, l’ennemi pouvait, sous les habits du pèlerin, s’introduire dans la place et tenter de s’en emparer.